Le deuil online

Commençons par le début (de la fin), lorsque quelqu’un meurt, la tristesse et le deuil doivent se mêler à de la paperasse et à l’organisation de l’enterrement, deux choses qui ne vont pas naturellement de pair. L’émotion peut vous pousser à faire de mauvais choix « stratégiques », en termes de prestataire notamment. Mais la start-up nation est là pour vous aider. Vous avez la flemme de vous déplacer chez le notaire ? Ce dernier vous effraie ? Les papiers en eux-mêmes vous tétanisent ? Qu’à cela ne tienne, « Testamento » est un site qui vous permet de rédiger un testament (légalement valable bien évidemment) en quelques clics, vous libérant ainsi de ce poids institutionnel qu’est la rencontre avec Monsieur le Notaire. Vous avez donc maintenant un testament, mais étant donné que vous êtes quelqu’un de prévoyant (et bienveillant) vous ne voulez pas laisser le fardeau de l’organisation de votre mise en bière à votre entourage. C’est cette fois l’entreprise « Chapitre 2 » qui vient à votre rescousse, plateforme sur laquelle vous pourrez en 15min planifier les détails de votre enterrement, de la musique jusqu’à vos dernières volontés. Si malheureusement vous n’avez pas pu, faute de temps ou de volonté, orchestrer à l’avance cette triste cérémonie, il existe des sites d’accompagnement destinés aux proches. La mairie de Paris elle-même a créé la plateforme « Révolution obsèques » qui propose un prix unique de 789€ pour une offre complète et entièrement digitale. Mais ce tarif, bien qu’en dessous des prix du marché, n’est pas forcément accessible à toutes les bourses, et c’est là qu’interviennent les collectes funéraires en ligne, qui sont de plus en plus nombreuses sur internet.

La mort éco-responsable

L’empreinte écologique est un indicateur que l’on regarde de plus en plus dans notre vie de tous les jours, du simple recyclage d’ordures jusqu’à un rythme de vie 0 déchet. Tout le monde et tous les domaines sont concernés, celui de l’au-delà y occupe donc naturellement une place. La digitalisation des papiers administratifs est déjà une démarche écoresponsable, mais on peut maintenant aller plus loin dans le processus. L’entreprise HEISO par exemple, qui fonctionne exclusivement en B2B propose des urnes écologiques, fabriquées avec des matériaux naturels, qui en plus de ça ont des aspects originaux qui vous permettrons d’avoir une urne plus singulière que l’intemporelle urne en céramique. Bien sûr, un enterrement 100% écolo est actuellement impossible mais des solutions sont déjà présentes. Le principal choix écologique est celui du cercueil, que l’on peut trouver aujourd’hui en cellulose, mais l’aspect carton n’est pas encore bien perçu par l’opinion publique. Plus futuriste, vous pouvez jouer les Jacques Mayol et faire votre grand et dernier plongeon à bord d’une urne biodégradable en mer. Une photo sous-marine est envoyée à la famille ainsi que la position GPS de l’urne.

Le digital au service de la mort

Mais revenons sur terre, et donc sur internet, que va devenir votre myriade de comptes sur les réseaux sociaux ? Pas de panique, tout est prévu, et vous avez même le choix. Véritable magna des réseaux, vous ne pouvez pas laisser votre communauté orpheline du jour au lendemain ? Deadsocial vous permet de planifier à l’avance et pour une longue durée des posts pour vos différents réseaux, ainsi, vous pourrez donc vous-même fêter le centenaire de votre mort 130 ans avant. Si au contraire, vous êtes un fervent admirateur des actions d’Edward Snowden et que vous utilisez QWANT pour empêcher les GAFA et autres sites d’obtenir des informations sur votre personne, AdVitam, en plus d’organiser votre enterrement, vous propose de supprimer toute trace de vous sur les réseaux sociaux. Si vous souhaitez l’entre-deux, c’est aussi possible, ce cher Mark vous propose via Facebook de désigner un héritier, qui prendra les rênes de votre compte et pourra en disposer comme vous le souhaitez.

La technologie au service de la mort

Pour être un véritable défunt 2.0, l’entreprise Digital legacys propose un QR code apposé directement sur votre pierre tombale, QR code qui redirige vers un site internet qui fait office de livre de condoléances en ligne. Une fois en ligne, vous n’avez qu’à ouvrir une autre page pour vous retrouver sur le « jardin du souvenir », plateforme virtuelle qui vous permet de créer gratuitement un espace pour le défunt et d’y inviter des gens pour venir écrire un mot dans le « livre d’or », le dépôt de fleur ou de bougies est néanmoins payant.

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Le virtuel c’est bien, mais que diriez-vous de l’espace ? L’entreprise Américaine Elysium Space vous propose ses services funéraires célestes, et vous envoie directement en orbite ou sur la lune, le tout en garantissant 0 pollution orbitale. Vos proches pourront même suivre votre voyage stellaire et se vanter de connaître quelqu’un dans l’espace. Comptez 2 500$ pour aller en orbite, et aux alentours de 10 000$ pour fouler le même sol que Neil Armstrong. Dans un esprit tout aussi lunaire, l’ex docteur Philip Nitschke (Dr Death pour les intimes) présente son tout dernier projet : Sarco. Ce « sarcophage » du futur permettra à des individus de se donner la mort dans un cadre « euphorique ». Le système est simple, tout d’abord vous devez être âgé de 50 ans au moins et remplir un formulaire sur internet qui attestera de votre sanité d’esprit. Si vous êtes considérés comme agissant de manière réfléchie, un mot de passe vous sera envoyé pour 24h pour débloquer la machine. Une fois à l’intérieur, vous décidez grâce à un logiciel de VR le dernier endroit que vous voulez voir pour ensuite appuyer sur un bouton qui remplira ce « cocon » de nitrogène, la mort étant assurée en moins d’une minute et sans douleur. Dr Death, qui a brûlé son certificat de médecin pour pouvoir travailler pleinement sur l’aide au suicide, a en plus prévu de diffuser les plans de sa machine sur internet pour que les gens puissent la fabriquer avec une imprimante 3D.

 

Convaincus ou non par ces informations, vous avez maintenant les clés en main pour une mort 2.0 en bonne et due forme. Mais avec les avancées scientifiques et technologiques, aurons-nous vraiment besoin de nous soucier de notre mort ? Ne serons-nous pas des semi-machines immortelles ? Dmitri Itskov, jeune golden boy russe a pour projet d’ici 2045 de transférer nos cerveaux et consciences dans des robots, information qui intrigue tout autant qu’elle effraie. Et si nous sommes tous immortels, ne va-t-on pas finir par s’ennuyer ?

 

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.