4/3 + 16/9 = 9/16 ?

À l’arrivée du téléviseur dans nos salons, on voyait en 4/3, et ce pendant longtemps, mais la fin du 20è siècle marque l’arrivée fracassante du cinéma dans nos salons. En effet, le format 16/9 nous vient tout droit du 7è art, et son arrivée sur la télévision nous a fait découvrir les fameuses « bandes noires ». Tombés amoureux de ce format, nous l’avons ensuite transposé à nos écrans d’ordinateur (qui, avant l’arrivée dans nos poches des smartphones, étaient le précieux de tout bon geek) au début des années 2000.

Mais comme on dit, « le passé c’est le passé », le sacro-saint 16/9è a donc lui aussi dû céder sa place. Et c’est son jumeau maléfique qui prend de l’ampleur, le 9/16è, notamment grâce au parrain des téléphones intelligents, j’ai nommé Steve Jobs. De par sa forme, le smartphone pousse à l’utilisation du 9/16è, et cette utilisation est exponentielle depuis la révolutionnaire année 2007.

vidéo réseaux sociaux

Adieu mon pays(age)

Tout n’était pas gagné pour ce nouveau format. En effet, nombreux sont ceux qui préfèrent, encore aujourd’hui faire basculer l’écran de leurs « intelliphones » afin d’UXer leurs visionnages en tout genre. Mais une nouvelle espèce a fait son arrivée sur les internet : les Millenials, la génération Y (puis Z), bref, tous ces « digital natives ». Ces jeunes personnes pour qui une journée ne se passe pas sans liker un post ou poster une story de son déjeuner. Et qui dit nouveaux consommateurs, dit nouveau mode de consommation, à eux donc la consommation du format vertical. Si l’on devait nommer l’élément déclencheur de cette épopée, ce serait Snapchat, et plus précisément ses stories qui sont à l’origine de tout ce phénomène, reposant sur un principe d’individualité. Bien sûr, vous pouvez « snapper » entre amis, mais, initialement, le concept était d’envoyer des photos et vidéos de soi. Avec un développement à forte croissance, comme le démontrent ces chiffres, le format utilisé par cette application a eu une influence considérable sur le reste des réseaux sociaux. On a donc vu apparaître le format des « story » sur Facebook et Instagram (ce dernier ayant quelque peu volé la vedette à Snapchat sur son propre terrain).

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Restons sur les réseaux. Vous l’avez sûrement remarqué lors d’une de vos nombreuses sessions de scrollage intensif, les vidéos inondent vos timelines. Elles sont de plus en plus qualitatives, captivantes et surtout demandent de moins en moins d’efforts pour les visionner. Aujourd’hui, tout est sous-titré, ce qui vous permet de visionner une vidéo sans que celle-ci nécessite le moindre son, idéal quand vous êtes dans le métro et que vous ne voulez pas importuner votre voisin de strapontin.

 

Vivre à la verticale sur les réseaux sociaux peut se décliner de multiples façons. Il y en a pour tous les goûts, allant des interviews aux webséries snapchat en passant par des vidéos sur YouTube. La verticalité a donc apporté non seulement une nouvelle forme, mais également de nouveaux contenus et par conséquent, de nouvelles manières de faire de la publicité.

Vertical, par amour du scroll

Comme dit plus tôt, une fois face à nos extensions de mains, on ne peut s’arrêter de muscler nos pouces. Et cela, les publicitaires l’ont bien compris. Si vous n’y avez toujours pas fait attention – ou peut-être n’avez-vous tout simplement pas toujours fait la distinction entre post et publicité -, concentrez-vous lors de votre prochaine binging-session. Aujourd’hui, l’essentiel du contenu publicitaire sur internet est adapté au format smartphone, car on passe plus de temps en ligne sur ces derniers que sur des ordinateurs. De surcroît, une expérience a confronté le format horizontal et vertical pour analyser la différence d’impressions entre les deux. Elle a prouvé que la vidéo verticale permettait plus d’engagement qu’une de ses comparses horizontales, et l’engagement, pour la publicité, c’est la clé (histoire que vous ne cliquiez pas sur « passer cette annonce » au bout de 5 secondes de vidéo par exemple, eh oui, on vous a vu).

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Parmi ceux qui ont su surfer sur cette vague de pub verticale, on retrouve NERF, qui avec l’agence Marcel (Arthur, pour ceux qui suivent) a créé « le snap le plus long ». Certains sont même allés plus loin, alliant l’art à la publicité (et Dieu sait que l’art influence la publicité), à l’image de Nespresso et son programme Nespresso Talents. Lancé en 2016, ce concours international est basé sur trois règles fondamentales : l’obligation de filmer en 9/16è, une durée inférieure à 3 minutes, et un thème (assez vaste généralement). Outre ces conditions, le lieu de tournage est libre, tout comme les protagonistes. Le documentaire peut même être de la fiction. Le but étant de donner de la visibilité à des artistes de tous horizons, qu’ils puissent raconter leurs histoires verticales en repoussant les frontières de la créativité.

vidéo verticale

Vertic’art

Si l’art et la publicité se confondent parfois, nous allons ici parler d’art « pur », l’art « ultra-moderne » dirons-nous. Et qui de mieux pour créer une plateforme de vidéo que des vidéastes ? C’est la question qu’ont dû se poser Valentin Reverdi et Sofyan Boudouni avant de lancer en 2017 l’application Vertical. Cette plateforme regroupe exclusivement des vidéos au format vertical (vous l’aurez deviné). Présente sur IOS et Android, elle rassemble cette nouvelle génération de Millenials, qui n’a pas le temps de tourner son téléphone pour visionner du contenu. Et pour toujours plus leur convenir, désormais grâce à Instagram il est possible de passer d’un scrollage intensif à une vidéo d’une heure (pour reposer son pouce) en un clic. IGTV est la nouvelle extension du plus photogénique des réseaux sociaux. Accessible depuis l’application ou en allant sur l’application dédiée, cette dernière fonctionne par un système de flux, toujours en maintenant le principe du swipe. À l’image de votre compte Insta, vous pouvez liker, commenter et envoyer ces vidéos à vos amis. Tout est donc centralisé grâce à l’application originelle, et le fait de pouvoir se créer un compte en cliquant simplement sur le bouton « créer une chaine » est un atout qui permet à Instagram de concurrencer YouTube.

Sur YouTube justement, on retrouve le rappeur/compositeur/acteur/réalisateur/styliste Orelsan qui a proposé en février dernier son clip « défaite de famille », filmé à la manière d’une story Snapchat. Ce clip est immersif dans le sens où l’on a l’impression de regarder la story d’un de nos amis (sauf que cet ami-là a plusieurs disques de platine à son actif). Dans un autre style, d’autant plus immersif, Clément Froissart nous plonge dans la mélancolie des relations amoureuses de l’adolescence avec son clip « Dreamers ». L’artiste ici vous fait vivre le clip « en direct », avec les étapes de fabrication de ce dernier, incluant les conversations avec la protagoniste.

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Toujours dans cette optique de vision à la première personne, deux artistes russes ont créé le projet 1968.Digital, qui expose en une série de vidéos comment l’année 1968 a changé le monde dans lequel on vit (eh non, il n’y avait pas que le mois de mai). Pour l’instant composée de quatre vidéos, la « première série destinée aux smartphones » vous offre un accès à l’intimité des grands de ce monde. Espionnez les recherches Google de François Truffaut, scrutez le fil d’actualité Twitter de Martin Luther King, ou découvrez les échanges de sms entre Hô Chi Minh et Võ Nguyên Giáp.

Le vertical, c’est la culture du selfie, oui, mais c’est bien plus que cela. Il est, pour toute personne curieuse et créative, un nouveau terrain de jeu qui offre de multiples possibilités. Certains pensent que ce format équivaut à regarder à travers une meurtrière, mais une meurtrière est une sorte de petite fenêtre après tout. Petite fenêtre dans laquelle sauront s’infiltrer les fins limiers du Web.

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.