Angelo Foley, c’est l’auteur du compte Instagram Balance Ta Peur. Il reçoit beaucoup de témoignages via la messagerie privée. Les gens lui confient leur peur la plus profonde. Angelo sélectionne tous les jours voire tous les deux jours un témoignage et le publie anonymement. En texte d’accompagnement, il tente de décortiquer la peur. Chaque fois, nous confie-t-il, il fait un effort d’empathie pour s’imprégner de la peur de la personne et essayer d’en comprendre le fonctionnement. Puis il essaie d’identifier la peur principale qui ressort pour mieux la déconstruire ensuite.

La démarche d’Angelo trouve un prolongement dans des podcasts de témoignages. Lorsqu’il y a une histoire qui a besoin de s’étendre davantage, il lui semble plus opportun de lui laisser un format plus libre et plus long. Parmi ces témoignages audio, les invités révèlent leur peur de faire confiance, leur peur de l’autorité, leur peur de l’ennui. Des peurs souvent refoulées, pas toujours comprises qu’ils livrent avec sincérité. Des peurs qu’on ne s’autorise pas, que notre éducation ou la société marginalise. La démarche d’Angelo et la bienveillance de sa communauté nous ont intriguées ; être vulnérable à l’ère du numérique, c’est encore possible ? On en parle avec lui, à cœur ouvert.

Parler de vulnérabilité, de peur, ça vient d’une réflexion personnelle, professionnelle ?

Angelo Foley : Un peu des deux à vrai dire. Je fais des ateliers et des conférences sur comment combattre sa peur et la dépasser. J’ai étudié l’intelligence émotionnelle et relationnelle donc les mécanismes de la peur, ça me parle, oui. Mais, à l’origine, je l’ai fait pour moi. Je ne trouvais aucun endroit où on pouvait en parler. Et j’avais aussi envie de pouvoir exprimer celles que je pouvais ressentir. Le premier post du compte Balancetapeur, c’est d’ailleurs ça, mes peurs personnelles. Évidemment, je n’avais aucune idée du résultat. C’était un coup de poker. Mais c’est comme ça que ça a commencé.

Est-ce que selon toi les gens se sentent plus libres de parler sur Instagram ?

Angelo Foley : Oui, je pense. Vous avez un pseudonyme, l’anonymat aide beaucoup à délier les langues, à mettre les gens en confiance. On a moins peur du jugement.

Ce qui m’a le plus surprise, c’est la notion de « safe space » sur ton compte. Pas de troll, pas de haine. Les gens se répondent même entre eux. Il y a une bienveillance ambiante qui détonne avec beaucoup de threads Twitter par exemple où la haine et la violence sont de mises.

C’est vrai que je n’ai jamais de trolls sur mon compte. Je ne sais pas si ça tient à l’atmosphère bienveillante justement. Ou à la façon que j’ai d’aborder le sujet. J’essaie de ne pas juger. J’essaie de comprendre comment chaque personne fonctionne et comment sa peur influence son fonctionnement. Il n’y a pas d’injonctions ou de dénonciation. Ni jugement moral ou de valeur. Chaque personne délivre son témoignage, chacun raconte sa propre histoire.

Qu’est-ce qui fait que le compte fonctionne bien ? Que la communauté soit aussi active et réactive ?

Angelo Foley : Je me demande si ça ne tient pas à l’aspect universel du sujet. Ce qui fait aussi que la communauté fonctionne, c’est que chaque peur est humaine. Il y a toujours quelqu’un qui se retrouve dans la ou les peurs de quelqu’un d’autre. Il y a quelque chose de rassurant là-dedans. Non seulement la communauté est là et bienveillante, mais en plus vous ne vous sentez plus seul à ressentir cette peur.

Est-ce que selon toi, ce genre de démarche aurait été possible IRL ? Par exemple comme lors de tes ateliers ?

Angelo Foley : Les ateliers, c’est différent. C’est souvent des particuliers qui sont déjà dans une démarche de connaissance de soi. Cela n’enlève rien à l’intimité et à l’humain, mais on n’est pas exactement sur la même dynamique. Ni sur la même échelle. J’ai des petits groupes de personnes lorsque je fais des ateliers. Là, c’est 7130 abonnés qui me lisent et lisent les témoignages. Du coup, IRL, ce serait assez compliqué de retrouver cette intimité qu’on retrouve en ligne malgré le nombre de personnes.

Qu’est-ce qui encourage les démarches comme la tienne ? Parler de sujet sensible, intime, de lever des tabous ?

Angelo Foley : Je ne dirais pas que c’est plus possible qu’avant, c’est simplement plus visible selon moi, évidemment grâce aux réseaux sociaux et au digital. Le développement personnel a le vent en poupe et je trouve ça super que les gens s’intéressent à prendre soin d’eux-mêmes. Mais l’autre versant, c’est qu’il s’agit aussi d’une nouvelle façon de renforcer son ego pour devenir encore et toujours une meilleure version de soi-même. Encore un besoin narcissique, selon moi. C’est comme tous les outils à double tranchant selon l’usage que l’on en fait. Pour moi, le développement personnel n’est viable que dans une vision d’épanouissement collectif. En tout cas, si c’est plus visible, c’est qu’il y a une envie commune et émergente de se comprendre et de déconstruire certains schémas.

Sur les réseaux sociaux, on est à la fois anonymes et à la fois à la vue de tous. Pourtant, il existe des espaces « virtuels » où la bienveillance est réelle. Dans cet océan de contenus et d’internautes, il semble qu’on puisse encore compter. L’individu a encore sa place et le réseau social reprend sa fonction éponyme de lien social. La preuve en est, en confiant leur peur comme on se raconterait des histoires effrayantes au coin du feu, la communauté de Balance Ta Peur évite l’isolement de chacun. Et peut-être oserons-nous dire qu’elle redonne un peu d’humanité à des échanges parfois déshumanisés. Après tout n’est-ce pas la vulnérabilité qui fait l’être humain. Et comme dit Angelo : « balance ta peur, ta vulnérabilité est ta force. »

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED