Pouvez-vous vous souvenir de la dernière fois où vous avez vu ce symbole : # ? À tout hasard, c’était il y a moins de 10 minutes. Et probablement pas sur le cadran de votre téléphone. Bingo. C’est que le hashtag est partout, et que son histoire est un peu folle. Ça tombe bien, aujourd’hui nous partons en voyage à travers sa vie. #TropCool.

Comment on fait les hashtags ?

Fermez les yeux. Nous sommes le 23 août 2007, le premier iPhone est commercialisé depuis 2 petits mois seulement, Kylian Mbappe n’a alors que 8 ans et personne ne se doute que la face de l’Internet est sur le point de changer. Tout se passe dans la tête d’un ingénieur de la Silicon Valley, Chris Messina. Depuis quelque temps, Chris travaille avec Twitter sur une optimisation de la plateforme à l’oiseau bleu. Parmi toutes les améliorations possibles, il y en a une que Chris aimerait voir être mise en place. En effet, entre ses tweets, ceux de ses amis ou ceux d’inconnus, Twitter est un joyeux bazar. Les gazouillis s’entrechoquent, deviennent difficiles à suivre. Notre ingénieur suggère alors, dans un tweet innocent, de catégoriser les messages à l’aide d’un symbole : le croisillon ou « hash » (ou encore « pound ») dans la langue de Shakespeare. Le patron de Twitter accepte l’idée, sans y croire. Formidable, le hashtag vient de naître.

Ci-dessus, un moment d’histoire digitale #momentEmotion

Est-ce que ce fut un succès ? Absolument pas. Tout du moins pas avant qu’un triste évènement, un incendie à San Diego qui sera suivit par les twittos sur # SanDiegoFire, rende populaire notre ami croisillon. Peu à peu, le réflexe apparaît chez les early-adopters de Twitter. À tel point que la firme décide en 2009 d’en faire son porte-étendard et se dote enfin d’un moteur de recherche pour naviguer entre les hashtags. #ChrisEstContent

Petit hashtag deviendra grand

La belle histoire était lancée, et les hashtags allaient bientôt inonder le web. D’abord comme un truc « cool » qu’il faut utiliser. Puis peu à peu, la plateforme grandit, comme une ancre dans l’océan Twitter. Le hashtag c’est une bouée, un marqueur, un phare qui permet d’orienter les utilisateurs dans les nouveaux usages qui naissent avec le réseau social. Le mot-dièse fédère et forme la culture balbutiante de Twitter. Il est un code à apprendre pour créer les autres. #FollowFriday, #ThrowbackThursday apparaissent et fixent des rituels, des usages, des rendez-vous qui rapprochent les utilisateurs. Ces derniers se les approprient et créer leurs propres hashtags ensuite, partout, et tout le temps. Instagram, encore start-up, l’adopte aussi.

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Mais la vraie force du hashtag, sa puissance fédératrice, apparaît aux yeux de la société dans les premiers jours de janvier 2011. Quand, en 140 caractères qui veulent tout dire, une jeune égyptienne « Alyouka » appelle la jeunesse à se rassembler sur la place principale du Caire pour ce qui sera l’un des points de départ des Printemps arabes. Au bout du tweet, « #jan25 ». Ce sera une bannière pour ceux qui y participent, une loupe pour ceux qui veulent suivre les évènements en direct, racontés par ceux qui les font. On ne s’en rend alors pas compte, mais #25jan vient de faire rentrer le mot-dièse dans une autre dimension. Pour certains, c’est la naissance du cyberactivisme. Pour d’autres, c’est la preuve que le digital n’est pas un outil immatériel, uniquement virtuel. Ce qui est sûr, c’est que le hashtag est devenu adulte. Il fait partie de la société, il est politique. Il nous renseigne sur le monde et fait partie de son mouvement. # ÇaBouge

Un symbole, des formes

Les années 2010’s avancent et voilà que le hashtag fait maintenant partie de la vie digitale de tous les jours. Il rentre dans notre langage. Certains en font un mot, d’autres une ponctuation ou un post-scriptum, un peu tout à la fois. Mais au fond, qu’importe : le hashtag a trouvé sa forme, elle est ce qu’on en fait.

Pendant les élections présidentielles de 2012, avec #RadioLondres, le hashtag est une porte. Il nous fait rentrer dans l’isoloir, il donne aux électeurs les résultats (provisoires) de l’élection. Il intronise un président (provisoirement on a dit). Tout ça avant les premières estimations des chaînes de télévisions. Tout ça avant l’horaire officiel et légal. À travers lui, Twitter est un canal d’informations à part entière. Il rend obsolètes les chaînes d’infos en temps réel. Il pousse les députés à modifier la loi interdisant toute diffusion sur les réseaux sociaux de résultats provisoires avant l’horaire légal. Qu’on se le dise, le hashtag venait de mettre son grain de sable dans la grande messe électorale, réglée comme une horloge depuis 1958.

Et puis notre ami croisé est aussi une scène ouverte. Chaque évènement devient l’occasion pour les Twittos de se ruer sur le # TrendingTopic et tenter de se faire repérer par la toile entière, d’apparaître dans « les meilleurs tweets de la semaine de Twog », de recevoir des « t’as cé-per » de la part de leurs amis. Avec un hashtag on a le droit à ses 140 (puis 280) caractères de célébrité. #AndyWarhol

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Et puis surtout, le hashtag sort de la sphère Twitter pour être adopté par tous les utilisateurs et toutes les plateformes. Il est un double langage, un prétexte pour l’humour, une didascalie de notre vie.

Une bannière pour le meilleur (et pour le pire ?)

Nous l’avons dit : le hashtag a un potentiel rassembleur formidable. C’est une scène ouverte face au monde, et pas uniquement pour rigoler. C’est aussi et surtout un catalyseur pour les mouvements politiques, les combats pour les droits sociaux. La vague #MeToo/#BalanceTonPorc en est plus qu’un exemple, c’en est une preuve. Une preuve que le hashtag permet de concentrer le discours de millions d’internautes sous une seule et unique idée, pour devenir la bannière d’un mouvement. Formidable puissance d’un tout petit « # » qui, lorsqu’on l’ajoute à une phrase, la fait alors résonner de millions de voix de celles et ceux qui luttent pour leur droit. Ainsi, le hashtag est devenu notre pancarte que l’on emmène le long d’Internet. En manifestation aussi. On la porte sur notre profil, certains la scandent. Sur Internet, c’est un signe de reconnaissance, mais aussi un lieu de débat, parfois une arène où se retrouvent les partisans et détracteurs d’une idée pour (plus ou moins) débattre.

Enfin, cette pancarte n’est pas réservée aux citoyens. Les marques y ont aussi vu sa force et la visibilité qui va avec. Alors, elles guettent chaque #TrendingTopic pour y montrer un bout de leur produit, elles rendent leur campagne de communication #hashtagables. Mieux, elles soumettent le hashtag aux droits à l’image. Attention à vous si vous souhaitez faire la promotion de votre boutique ou de votre marque en utilisant, par exemple, #JeuxOlympiques pendant la compétition. Vous risqueriez de recevoir dans les jours qui suivent un courrier du Comité International Olympique, avec une amende en cadeau. Et plutôt salée. #MarketingPartoutJusticeNullePart

 

Voilà, le voyage est terminé, pour le moment. Il en a vu des choses pour un petit bonhomme de 11 ans, ce hashtag. Et personne ne l’aurait probablement prédit. Sauf peut-être Chris Messina qui, à la question que lui posait un journaliste à propos de son expérience chez Twitter répondit : « J’ai travaillé avec Twitter, mais pas chez eux. Et d’ailleurs le hashtag n’a pas été créé pour Twitter. Il a été créé pour internet. »

Adrien Deydier
Adrien Deydier
Explorateur moderne
Je navigue sur les mers agitées du web à la découverte de nouvelles terres nettes pour Internet. Pirate mais pas hacker, en quête d'idées précieuses et de trésors au fond des mots.