Tout le monde a déjà entendu parler du dark net, mais peu ont réellement parcouru ses pages non indexées où se monnayent des produits et des services dignes des films hollywoodiens. Il a d’ailleurs été largement mis en lumière par la récente série How to Sell Drugs Online (Fast). Tirée d’une histoire vraie bien moins romancée, la série retrace la vie d’un jeune nerd allemand qui est devenu l’un des plus gros vendeurs de drogue en ligne en passant du dark net au web classique. De plus en plus surveillé par les agents anti cybercriminalité, cet ensemble de réseaux cryptés voit ses plateformes continuer à se multiplier régulièrement. La bataille du dark net ne fait que commencer…

Condamne les fenêtres et éteint les lumières, je suis sur le dark net

Avant de vous lancer pleinement dans la découverte du côté obscur de votre ordinateur, il faut bien comprendre le vocabulaire utilisé. Car tout le web caché n’est pas forcément illégal. Une grande partie de ce dernier l’est pour des raisons de sécurité et de confidentialité. On l’appelle le deep web. Il fait référence aux différentes pages non référencées par Google et ses amis, comme celles où figurent vos données personnelles, bancaires ou autres.

Le dark net est une sous-couche du deep web accessible via un protocole et des logiciels spéciaux garantissant le complet anonymat de ses utilisateurs. Il est très apprécié par les amateurs de la théorie du complot, mais également les hackers et autres personnes souhaitant ne laisser aucune trace de leur passage sur la gigantesque toile de l’internet. Bien évidemment, on y retrouve aussi nombre de choses peu reluisantes comme des sites pornographiques illégaux, de la vente de drogues, de faux papiers et d’armes, ainsi que des services divers et variés qui ont leur place dans les plus macabres thrillers du dimanche soir.

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Un brin fascinant, mais surtout franchement inquiétant, le dark net n’est pas accessible au premier venu. Pourtant, le logiciel Tor qui signifie « The Onion Router » est un peu le navigateur du web caché. Sa principale particularité consiste à utiliser des chemins de serveurs aléatoires pour garantir la discrétion des utilisateurs. Il en est de même pour les sites. Avec une url généralement terminée par « .onion » et une série de chiffres, ils sont inaccessibles aux moteurs de recherches classiques.

D’autres outils tels qu’I2P ou ZeroNet existent pour y accéder, mais Tor est de loin le plus simple et le plus répandu. Une fois installé, un moteur de recherche spécifique vous propose différents sites et applications. Tout cela est finalement assez facile, mais attention aux escroqueries qui pullulent dans les recoins les plus sombres de cet internet. Les diverses plateformes de vente du dark net sont semblables à tous les sites marchands standard, si ce n’est que le bitcoin et autres cryptomonnaies y sont rois pour des transactions dans un complet anonymat. Les échanges proposés sont nombreux et peuvent aller à des services audiovisuels pirates à des drogues chimiques de toutes sortes, en passant par du trafic d’organes et des services d’assassinat. Vous l’aurez compris, le dark net n’est pas une sortie au parc pour se détendre le samedi après-midi, mieux vaut être vigilant dès lors que l’on navigue dans ses eaux troubles.

Le nouveau terrain de chasse des cyber unités de la police

Il y a quelques semaines, Catherine Chambon la sous-directrice de la lutte contre la cybercriminalité affirmait avoir les moyens pour identifier les responsables des plateformes de vente illégale sur le dark net. Cela faisait suite au démantèlement du plus important réseau français, avec l’arrestation de trois hommes à la tête du « French Deep Web-Market ». Un travail de longue haleine qui après 18 mois de surveillance a porté un coup fatal au forum qui mettait en relation plus de 6000 clients avec 750 vendeurs d’armes, de faux papiers et de drogue. L’ampleur de l’opération a mobilisé pas moins de 90 agents et permis des saisies de matériel informatique, d’argent en cryptomonnaies et de nombreuses données sensibles. Une action significative de l’unité cyberdouane de la direction nationale du renseignement qui a entrainé la suspension préventive de plusieurs autres plateformes similaires sur le dark net français.

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Déjà en 2018, les autorités françaises avaient réalisé un magnifique coup de filet en mettant fin aux agissements du forum Black Hand. Néanmoins, les plateformes ont continué d’apparaitre en nombre sur le dark net, multipliant le commerce de stupéfiants en tout genre ou données bancaires volées. Pourtant, à ce nouveau succès de la lutte contre la cyber criminalité s’ajoute la récente disparition du « Wall street market » qui offrait ses services illicites à près de 1,5 million de consommateurs. Le dark net n’en finit plus de trembler ces dernières années, mais de là à prédire sa fin, rien n’est moins sûr…

 

Réputé sans faille et 100 % anonyme, le dark net voit ses protections se fissurer petit à petit. Ce lieu presque imaginaire où se côtoient les crapules de la pire espèce est bien réel, et semble plus accessible qu’il n’y parait. De là à ce que la vielle dame d’en face et le comptable du deuxième soient des grands pontes du web caché, il n’y a qu’un pas. Vous ne regarderez plus vos voisins de la même manière…

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.