Comment t’es-tu impliqué dans la Grève pour le climat ?

Rodrigue. C’est ma mère qui m’en a parlé. Depuis que je suis tout petit, nous avons toujours été très impliqués pour le climat et fait attention aux effets que nous pouvons avoir sur la nature. La première manifestation à laquelle j’ai participé est celle du 15 mars dernier. C’est une de mes amies qui m’en avait parlé. Ça s’est bien passé et m’a donné envie de m’impliquer davantage.

Connaissais-tu Discord avant la Grève pour le climat ? Comment fonctionne le réseau ?

Rodrigue. Je connaissais déjà le réseau, mais je ne m’en servais pas. Quand j’ai appris qu’il avait un serveur dédié à la Marche pour le Climat, j’ai voulu y participer.

Il existe des groupes locaux pour chaque ville ou village, après il y a un groupe national avec plus de 1500 personnes dessus je crois. Nous sommes une centaine sur celui de ma ville, Rouen. Sur Discord, nous avons le choix de communiquer de façon textuelle ou vocale. Ensuite, nous pouvons rejoindre des catégories en fonction de ce que l’on veut faire, on se divise le travail. Par exemple, je m’occupe de la communication et j’ai quelques actions : j’aide à distribuer des tracts, j’ai une caméra, donc je tourne et monte des vidéos aussi. D’autres s’occupent de la sensibilisation, de la préparation des rassemblements, et plein d’autres choses encore.

Prochainement, nous allons tourner une vidéo où chacun parle et on appelle à la mobilisation pour le 20 septembre. Inspirée d’une vidéo du 15 mars, elle sera mise en ligne pour encourager plus de personnes à nous rejoindre. Nous avions déjà monté une vidéo récapitulative du 24 mai. Cette fois-ci, ce sera la première vidéo en amont de la manifestation.

 

Pourquoi t’en sers-tu et combien de temps y passes-tu chaque jour ?

Rodrigue. Le mouvement et Discord sont très liés. Je regarde de temps en temps, mais il y a beaucoup de messages – disons un toutes les 10 secondes. Je n’y passe rarement plus d’une heure dessus à la fois, sauf quand il y a quelque chose de crucial qui s’y passe.

Pourquoi préférez-vous Discord à un autre réseau social pour communiquer ?

Rodrigue. Il est vrai qu’au sein du mouvement nous communiquons beaucoup par Discord. Il y en a aussi qui utilisent Télégram, mais je ne suis pas dessus. Il y a bien sûr des pages et groupes Facebook, des comptes Instagram et Twitter dédiés au mouvement.

Vous coordonnez vos actions en ligne. Y a-t-il également des réunions en physique entre les rassemblements ?

Rodrigue. Nous nous rencontrons parfois dans la vraie vie, dans des parcs par exemple, avant une manifestation ou comme ça pour faire un point. Avant la manifestation 24 mai, il y avait aussi un atelier banderole.

Puis nous tenons des réunions vocales en ligne, où il peut y avoir jusqu’à presque 40 participants. Par exemple ce soir sur Discord j’ai une réunion vocale. Nous avons un ordre du jour, après un tour de table nous éclaircissons les questions des uns et des autres. En général, nous avons un. e modérateur.rice et tout le monde débranche son micro. Quand une personne veut parler, il met une petite étoile dans le salon textuel pour prendre la parole.

Le mouvement est controversé vis-à-vis des écoles, comment ont réagi tes professeurs ?

Rodrigue. Depuis le début, les professeurs du vendredi savent que je vais aux manifestations, je n’ai pas eu de problèmes particuliers. Pas un seul ne nous en a empêché, l’un de nos professeurs a même organisé un débat avec toute la classe sur le sujet. Cela montre bien qu’il comprend pourquoi on s’engage et s’intéresse au sujet. Cela dit, j’ai aussi vu sur YouTube que certains profs réagissaient mal.

Dans mon école, il y a beaucoup de jeunes qui ne vont pas aux marches. La plupart des enfants disent que leurs parents s’y opposent, d’autres se sentaient trop jeunes pour faire des manifestations, puis certains ne se sentent pas concernés par la situation.

Quant aux parents, il y a plusieurs types de réactions. Mes parents me soutiennent et eux aussi de leur côté agissent et font attention à ce qu’ils consomment. D’autres parents sont venus à la manifestation, ils sont d’accord pour que leurs enfants aillent aux manifestations tout en conservant un suivi scolaire. Enfin, certains parents sont sceptiques ou totalement contre.

T’es-tu déplacé pour le rassemblement pour les incendies en Amazonie ?

Rodrigue. Je n’ai pas pu suivre les actualités, car j’ai eu quelques problèmes de connectivité pendant mes vacances. Quand j’ai vu les incendies, je savais qu’il allait y avoir des actions. J’ai ressenti à la fois de la tristesse et de la colère. J’ai vraiment vécu un sentiment d’impuissance parce que je ne pouvais pas agir !

Aujourd’hui il existe près de 5 000 marches pour le climat partout dans le monde, as-tu l’impression de faire partie de quelque chose de plus grand que toi ?

Rodrigue. Je pense c’est un mouvement qui a énormément d’ampleur même s’il y a tout de même une minorité parmi les jeunes. Il faut que l’on continue à se mobiliser !

Qu’aimerais-tu voir pour l’avenir du climat ?

Rodrigue. J’aimerais que les gens se rendent compte que nous sommes réellement face à une urgence climatique. Ensuite, il faut qu’ils passent à l’action et qu’ils fassent passer le mot pour recycler tous les plastiques et que l’on minimise la déforestation par exemple. Il faut que les entreprises baissent leur consommation et leurs émissions, parce que l’on consomme beaucoup trop aujourd’hui. Peut-être faudrait-il une loi qui oblige à mieux se comporter envers la planète en général, pour que les gens fassent plus et que les mentalités évoluent.

Comment vous soutenir ?

Rodrigue. Déjà en encourageant les enfants à faire des actions s’ils en éprouvent l’envie. Même s’ils sont petits, vous pouvez déjà leur expliquer et leur faire prendre conscience des problèmes. De leur côté les professeurs peuvent sensibiliser les jeunes en encourageant les débats. Les écoles peuvent diffuser des informations pour aider les parents à y voir plus clair. Surtout, les adultes peuvent aller aux manifestations !

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Fascinée par la relation entre l'humain et la tech, je décrypte les tendances innovantes qui tentent de répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations de digital nomade, avec ou sans connexion.