Le parcours du combattant

Quand on parle de handicap, on voit souvent toutes les problématiques d’adaptation que cela engendre et la lenteur de la mise en place de solutions. D’autant que le terme rassemble plusieurs types de handicaps : il y a le sensoriel, le physique, le psychique, le mental et les maladies invalidantes. Le défi est de s’adapter à chaque particularité. Heureusement, à l’ère où la technologie bat son plein, le champ des possibles s’accroit de façon exponentielle. Il suffit de trouver des challengers !

Parce qu’une des réalités les plus frustrantes lorsqu’on a un handicap, c’est de ne pas pouvoir faire les choses simples du quotidien. Je n’ai pas de handicap et je ne vais pas prétendre comprendre le quotidien de ceux qui en ont un, mais ma grand-mère est malentendante, et ce depuis qu’elle est très jeune. Se dire qu’une simple prise de rendez-vous par téléphone chez le médecin relève du parcours du combattant, c’est aberrant à l’ère du numérique. Si les prises de rendez-vous par internet se démocratisent, elles ne se sont pas encore généralisées. On l’aura compris, lorsqu’on est sourd.e ou malentendant.e, la problématique majeure est de pouvoir comprendre et se faire comprendre. La communication est aussi nécessaire qu’elle peut s’avérer compliquée dans ce cas-là.

La communication est la clé

Comment voulez-vous prendre un rendez-vous, échanger avec un commerçant ou même avec un nouvel ami, s’il y a la barrière du langage ? Sans compter que la difficulté peut être orale, mais aussi écrite. Ce sont ces problématiques qu’ont tenté de résoudre certaines applications de la HandiTech. Braille Touch par exemple utilise un clavier différent de l’azerty pour permettre aux malvoyant.e.s ou nonvoyant.e.s de rédiger des SMS ou encore des mails.

Parallèlement, l’avènement des assistants vocaux va sûrement renforcer l’usage vocal dans la HandiTech, permettant ainsi de la démocratiser et de l’améliorer. En effet, les personnes ayant des problèmes de vue utilisent déjà des « lecteurs d’ écran » ou « screen reader », tel que VoiceOver, qui permettent comme leur nom l’indique de lire à « haute voix » les contenus textuels sur smartphone ou ordinateur. On peut aussi  espérer une démocratisation des synthétiseurs de voix, qui permettent de créer une voix artificielle, notamment utilisée par Stephen Hawking, ou encore des enregistreurs de voix.

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La Handitech, ce sont ainsi des outils de plus en plus complexes qui laissent entrevoir des usages multiples et transverses comme cet outil de prise de note Reason 8, permettant d’enregistrer les paroles de tous les intervenants lors d’une réunion. Pour les malentendants et sourds, une application au doux nom de Ava permet de sous-titrer des conversations avec le smartphone. L’outil permet ainsi de traduire le langage des signes en temps réel.

Dans le domaine de l’accessibilité via smartphone et plus récemment via iPad, Apple s’est distingué de ses pairs. Très tôt, en effet, le géant à la pomme s’est intéressé à l’accessibilité. On a mentionné plus haut VoiceOver arrivé des 2005 ; son ancêtre l’avait cependant devancé dans les années 1990 dans le domaine de la lecture de contenu textuel. Ce « speech manager » au nom sympathique d’ « Alex » était un lecteur dont la voix se voulait plus humaine et moins robotique, une voix qui n’est pas sans rappeler celle de Siri, l’assistant vocal multitâche et protéiforme. En effet, niveau accessibilité, Siri est plutôt conciliant, il accepte le dialogue oral ou écrit selon la convenance, il permet de programmer des rendez-vous, passer des appels et de lire du texte à voix haute aussi. Ce qui fait aussi l’adaptabilité des smartphones Apple, ce sont tous les outils déjà accessibles et installés de base : la loupe, la dictée, les changements de taille de police, de couleurs, le zoom. Sans compter que les préférences et les raccourcis peuvent être enregistrés afin que la personnalisation soit la mieux adaptée à son utilisateur.

Autre progrès non négligeable : celui de VoiceOver. On peut dire qu’il a eu une belle promotion. Il peut entre autres choses décrire des images sur internet, d’écrire en braille directement sans passer par un clavier physique, il est compatible avec des afficheurs Braille et il peut aussi être contrôlé via un appareil externe grâce au BlueTooth comme un joystick ou un interrupteur Sip/Puff.

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La barrière du langage peut se faire dès l’utilisation des mots, les problèmes de dyslexie par exemple sont souvent difficiles à identifier, mais peuvent aussi être un frein énorme à la scolarité ou dans le domaine professionnel. Il suffit de voir le nombre de lettres de motivation jetée à la poubelle, car pleine de fautes d’orthographe. La HandiTech trouve le remède, via un jeu vidéo cette fois-ci, DysApp, créé par un groupe de chercheurs, dirigé par Eric Lambert, et Tralalère, permet de détecter la dyslexie, la dysplasie et les autres troubles de l’apprentissage et de l’écriture. Elle a notamment permis aux professeurs de Julien de détecter à 10 ans sa dysgraphie dyspraxique. Il a ainsi pu poursuivre sa scolarité sans échec ; il est maintenant en Math Sup.

Amikeo, un programme d’applications sur tablette permet aussi de combler le fossé de la communication pour des personnes à handicap mental ou cognitif. Le procédé met à disposition une bibliothèque de pictogrammes et une synthèse vocale pour pallier au problème de langage. Si la personne désire se rendre à l’hôpital, elle peut sélectionner le pictogramme représentant un hôpital et la synthèse vocale verbalise le mot ou la phrase.

La liberté de circulation : un droit fondamental ?

Se déplacer peut littéralement être le parcours du combattant, en fauteuil, avec des béquilles, avec une canne de déplacement pour déficients visuels, etc. Avoir accès à son travail, au supermarché, aux instituts publics, à son école, aux musées, aux restaurants, à l’immeuble d’un ami ou à son propre immeuble, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour quelqu’un avec un handicap ça veut dire beaucoup.

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour quelqu’un avec un handicap ça veut dire beaucoup.

Maayan, photographe de mode américaine, était lasse de ne pas pouvoir sortir avec des collègues et amis comme tout le monde. Elle a créé AccesNow, une application et un site internet permettant aux personnes avec handicap de trouver les lieux et des sorties qui leur sont accessibles. L’application se fonde sur un principe collaboratif qui permet de mettre à jour régulièrement les informations et d’accroitre le nombre d’endroits accessibles. En France, une application similaire a été créée par Audrey Sovignet : IWheelShare. Récemment, la fondatrice a décidé de transformer l’application en chatbot uniquement, décision engagée permettant d’être plus collaboratif et plus personnalisé face aux handicaps des utilisateurs. N’hésitez pas à aller voir par vous-même, le chatbot, un élégant dandy du nom de Wilson, ne manque pas d’humour ! On note chez les frenchies une volonté croissante de rendre accessible le quotidien puisque l’application StreetCo s’est jointe à la cause, une application GPS piétonne collaborative qui a vocation de rendre le parcours du combattant à mobilité réduite sans obstacle.

Si le déplacement en fauteuil ou avec sa canne semble la plus indépendante des solutions, tout du moins à court trajet, il existe aussi des voitures semi-autonomes permettant aux personnes avec handicap de se placer de façon, elle, totalement autonome. Telsa Motors a en effet mis au point le système de smart pilot ; Renault-Nissan s’y met aussi en France. Cette technologie de la HandiTech est notamment le fruit de deux avancées : le machine learning, une intelligence artificielle complexe capable de s’adapter et d’apprendre par l’expérience, et le LiDar, un radar permettant un mappage 3D de la voiture et de son environnement. On peut aussi penser au service de taxis dans le domaine de la mobilité longue distance. Cependant un point noir a été attribué à Uber, poursuivi pour ne pas rendre accessibles ses taxis aux personnes à handicap. Il reste encore du chemin à faire niveau démocratisation des services les plus populaires et utilisés.

FabLab : un nouvel espoir d’indépendance

Il était une fois Nicolas Huchet. Nicolas avait un handicap, mais ça ne l’empêchait pas de rêver. Nicolas rêvait de faire de la batterie, mais sa prothèse d’avant-bras ne lui permettait qu’un mouvement réduit. Les prothèses les plus évoluées et sophistiquées brillaient de technicité, mais restaient hors de portée financière. A chaque problème, sa solution ? C’est ce que s’est dit Nicolas. Il entreprit alors de fabriquer lui-même sa propre prothèse. Durant sa quête, il découvrit un objet magique : l’imprimante 3D. Il recueillit aussi le savoir de grands sages et les parchemins de savants érudits grâce à l’open source. C’est comme ça qu’est né My Human Kit, une association de la HandiTech permettant le partage et la fabrication d’objets techniques pour pallier aux handicaps. Et son rêve se propage avec les HumanLab, des FabLabs, laboratoires de fabrications, qui ont pour but de permettre aux personnes en situation de handicap de trouver des solutions moins onéreuses et d’être l’acteur de leur propre indépendance.

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Il a semé une graine, semble-t-il, puisque le RehabLab a aussi vu le jour au Centre de Kerpape où on a à cœur de rendre le « patient » « acteur » de son propre changement. Les FabLabs redonnent une indépendance physique, mais aussi la liberté d’agir. C’est plus qu’un projet, c’est apporter une solution et redonner de l’espoir. Les personnes qu’on qualifiait d’handicapées, de moins capables, retrouvent du sens au terme « handicapable ». Avec les FabLabs, les personnes avec un handicap ont le pouvoir de reprendre le pouvoir. Cela leur redonne de l’autonomie et confiance en leur capacité. Le FabLab a aussi une dimension de sociabilité, l’aspect collaboratif recréé du lien pour certains qui étaient isolés socialement. D’ailleurs, dans la même veine, des FabLabs solidaires ont poussé dans toute l’Ile-de-France. Des jeunes en difficultés d’insertion collaborent avec des personnes en situation de handicap pour trouver des solutions à leurs problèmes. Ils ont par exemple créé à Montreuil, « l’œuf Horloge ». Il s’agit d’un dispositif qui change de couleur à différents temps de la journée, destiné aux personnes autistes. Cela leur permet de se situer dans la journée. C’est un apport technologique, financier et thérapeutique. Et on peut de nouveau se demander si tout est possible ?

C’est quoi être handicapé ? Avoir une difficulté motrice qui restreint nos gestes et nos actions de tous les jours ? Est-ce qu’on n’a pas tous été ou sera « handicapé » ? Audrey Sovignet, fondatrice de IWheelShare témoigne de la grande utilisation de son outil pour trouver des toilettes publiques accessibles et notamment par des personnes âgées. C’est vous dans le futur, c’est votre grand-mère. Si vous vous êtes déjà cassé un bras ou une jambe, vous savez la difficulté d’ouvrir une simple porte ou d’accéder au métro. Qu’en est-il des parents avec une poussette sans ascenseur à disposition, à la mobilité donc réduite ? Finalement, le handicap nous concerne tous. Quand certains s’attardent sur des débats excluants tel que le mariage pour tous, on se demande si la vraie question ne serait pas, elle, incluante : l’accessibilité pour tous.

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED