Nuit d’Italie, mille et une folies

Tamatoa de Vaiana serait sûrement ravi de cette caverne d’Ali Baba. Le compte, à première vue, a des allures un peu brouillonnes et semble manquer de cohérence esthétique et d’uniformité. Mais pour qui prend la peine d’observer, de fouiller, de scruter, il recèle en réalité des trésors d’inspirations. C’est une véritable mine d’essais, de one shot, de série de clichés capsule, de shoot de collections de prêt-à-porter, de collaborations atypiques. Ne dit-on pas que la beauté se trouve dans les yeux de celui qui regarde ?

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En somme, c’est une ode au baroque, une « perle irrégulière », « un monde où tous les contraires seraient harmonieusement possibles ». Les formats sont si différents les uns des autres que le compte ressemble aux savants collages qu’on pourrait retrouver dans le carnet de tendance d’un créateur de mode. Petit florilège d’inspirations graphiques. Asseyez-vous confortablement et savourez chaque scroll comme une gourmandise.

Clic clac Kodak et papier glacé

Le format carré Instagram s’est vite prêté à ses débuts au format polaroid des années 90s. Un petit air nostalgique qui donnait son charme au cliché, mais qui est vite devenu mainstream. Ici, on reste dans la même époque et on ressort l’appareil photo argentique Kodak. Avec des clichés rectangulaires tantôt au format portrait tantôt au format paysage, on a l’impression de feuilleter un album photo chiadé, la poussière en moins.

Certains clichés flirtent avec la photo et les magazines. Ils se paient même le luxe de nous rappeler le temps ludique sinon béni où on découpait dans les magazines et on se rêvait Matisse de la mode avec des collages plus ou moins harmonieux.

 

 

On retrouve aussi le média papier dans un esprit kitsch de magazine de mode avec cet ensemble de photos le tout emballé de colorblock fluo. Le média « virtuel » se donne alors des airs de média papier.

 

 

 

On finit ce petit retour en arrière sur les débuts des années 2000s et le foisonnement de sites « streetstyle » qu’on pouvait trouver à l’époque avec cette série de photos en pied digne d’un « Outfit Of The Day ».

 

 

Mon royaume pour un retable Instagram

Le petit bijou que nous réserve le compte Instagram Gucci, c’est sa « galerie » virtuelle de tableau. Rien d’officiel ici, mais si vous glanez tous les objets de votre convoitise, vous vous retrouvez rapidement à jouer les Peggy Guggenheim. Les formats sont dignes des retables d’église du quattrocento à la sauce moderne. En dehors du style qui détonne avec ce qu’on peut voir sur la toile où il s’agit souvent de photo ou d’illustrations au style BD, c’est le format qui donne une bouffée d’air frais.

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On se retrouve avec des formes rondes, des formes arrondies sur le haut et rectangulaires sur le bas. Des enfilades de tableaux qui semblent se répondre comme des diptyques ou des triptyques religieux. On trouve même des trompe-l’œil architecturaux.

Les posts se payent même le luxe de remonter dans l’Histoire de l’Art avec une référence aux vases d’antiquité grecque à figures noires.

On pourra aussi savourer les sujets tout aussi riches d’interprétations. Ici la peinture de forme ovale semble nous offrir une luxueuse synthèse d’Amelia Earhart et d’Artémis. On laisse votre imagination vagabonder et rebondir au fil des tableaux et savourer de la peinture sur la toile… du web.

Kaléidoscope

 

Dans la panoplie esthétique du compte Instagram Gucci, il y a des inclassables. Il y a des styles et des formats si divers que seul un kaléidoscope pourrait faire se rencontrer. Alors, rapprochez-vous ! Voilà, un peu plus près. C’est bon vous y êtes. Fermez un œil et observez à travers la petite lucarne Instagram. Parmi les madeleines de Proust esthétique, on retrouve ce jeu de puzzle de notre enfance façon Rubik’s cube appelé « le taquin ».

On s’amusera aussi de cette création quelque peu dérangeante qui joue sur les points de fuite et les déformations comme le ferait une anamorphose.

Ce post nous délivre un speed painting à la manière d’un tutoriel accéléré. Le process du peintre se déroule sous vos yeux avec délectation.

On a déjà pu observer des mosaïques d’images sur Instagram constituant une image plus grande et imposante, mais ici on élève le niveau. Chaque mosaïque est une vidéo avec sa propre animation faite au matte painting. Ici, l’une des mosaïques :

 

On vous laisse sur votre fin. Tout du moins c’est ce qu’on vous souhaite, car la liste est loin d’être exhaustive et il ne tient qu’à vous de succomber à un excès de gourmandise visuelle.

 

Le compte Instagram Gucci n’en a sûrement pas la prétention, mais offre un véritable petit laboratoire esthétique aux airs de cabinet de curiosité savoureux. Chaque style, chaque format est un bonbon dont on se délecte. Il a qui plus est la richesse de jouer avec les codes, les médias, l’art et les formats. Il s’y prend si bien qu’il semble malgré lui plus transmédia, plus « transformats » que tous ceux qui se sont autoproclamés comme tels.

 

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED