Ceci est une révolution… Mais pas pour tous

Une étude Boston Consulting Group, effectuée en juin 2018 sur un échantillon de plus de sept mille adultes, se penche sur la relation entre les travailleurs et l’intelligence artificielle. Les résultats montrent surtout une plus grande méfiance de la part des Français, dont les employeurs sont parmi les plus réticents à ouvrir leurs portes à cette technologie.

Pourtant, le machine learning libère l’homme de bien des tâches rébarbatives, de répétitions sans queue ni tête. La machine saura bientôt prendre de meilleures décisions purement stratégiques, libérées du biais cognitif. Pour schématiser, on imagine la prise de décision humaine augmentée d’une analyse d’évènements et de performances passés. Des métiers dans les ressources humaines et la comptabilité par exemple s’en retrouveront grandement touchés.

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C’est justement sur cette tension que joue la presse, en nourrissant régulièrement l’anxiété de se voir remplacé par une machine un beau matin. Fort heureusement, selon l’étude, les habitants de l’Hexagone restent sceptiques face à cette nouvelle révolution industrielle. Avec les Anglais, nous pensons que l’adoption de l’intelligence artificielle sera limitée et n’est pas prête de bouleverser l’ensemble de notre économie. En somme, pas très convaincus les Gaulois.

Le collègue flemmard, lui accueillera l’innovation les bras ouverts, puisqu’elle réorganise le temps et les efforts. En fait, ces paresseux de l’open space n’ont pas forcément tort. Ainsi il évite le stress, l’accumulation de tensions inutiles, il serait donc plus apte à fournir l’effort au moment opportun et se concentrer sur le qualitatif. N’est-ce pas ce dont nous rêvons tous au final ?

Les laissés pour compte de l’intelligence artificielle

Assurément, le machine learning améliorera la distribution des tâches, la hiérarchisation des priorités et fluidifiera les organisations complexes. En revanche, elle amplifiera d’autres problématiques. Flemmards ou pas, les travailleurs vivront une plus grande disparité : les candidats hautement diplômés, issus d’un milieu privilégié lui-même au sein d’un pays développé, risquent d’être encore plus avantagés. L’intelligence artificielle n’a donc pas encore trouvé la recette d’un monde du travail plus inclusif.

Ses plus fervents détracteurs lamentent la disparition de corps métiers entiers. En effet, les travailleurs qui n’arriveront pas à suivre la cadence de ce monde du travail augmenté seront en difficulté. On voit apparaître un darwinisme d’un nouveau genre, se basant sur la capacité à s’adapter à la vie de bureau 2.0. Les formations accessibles seront essentielles pour assurer la transition vers de nouveaux métiers et mettre les collaborateurs au diapason.

D’autres opposants à l’intelligence artificielle, peut-être plus éclairés par une première expérience sur leur lieu de travail, diront qu’une déshumanisation de notre vie de bureau est en marche. Après tout, si les décisions sont calibrées par des algorithmes, l’humain pourrait bien perdre sa place dans les comités exécutifs. Heureusement, des applications comme Comeet travaillent à contresens de cette tendance pour remettre l’humain au cœur des relations en entreprise et faciliter le contact entre les collaborateurs.

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Il est clair qu’avec la baisse des tâches opérationnelles, les compétences comportementales, aussi dites douces, auront plus de poids. Nous le savons, les soft skills recherchées par certains recruteurs, feront la réussite professionnelle de demain. Ils sont déjà stimulés et encouragés chez les plus jeunes. Pour suivre cette évolution, un nouveau format de leadership, plus dans l’échange et la maîtrise des compétences socio-émotionnelles, ne manquera pas d’émerger. Une nouvelle rassurante qui montre bien que les robots ne sont pas prêts de prendre le dessus.

L’éthique de l’intelligence artificielle

Au fil des discussions autour de l’innovation au sein des entreprises, la suspicion domine. Quelles sont les réelles motivations de ceux qui la mettent en place ? Des business modèles à succès comme ceux d’Amazon et d’Uber montrent bien une déresponsabilisation de l’entreprise envers ses salariés. Le fait que ces géants jouissent d’un tel succès confirme et assoit la tendance du profit à tout prix aux dépens du reste. Une vision court-termiste porte l’efficacité et la production accélérée au firmament. Pour se faire, la surveillance s’installe, omnisciente, pour mieux nourrir la gloutonne analyse de données. Nous nous rapprochons lentement mais sûrement d’une dystopie orwellienne.

Face au désengagement des entreprises envers leurs salariés, ce sont ces derniers qui à leur tour se désolidarisent. Les règles changent : ni la sécurité de l’emploi ni la longévité de l’entreprise ne forment des indicateurs d’un travail bien fait. Pour en revenir à notre question maîtresse, les travailleurs seront-ils tentés de laisser les machines faire le boulot à leur place ? Oui, si les présentations sont mal faites. Et c’est l’entreprise instigatrice elle-même qui en souffrira le plus.

La bonne nouvelle ? L’entreprise de demain sera faite d’humains performants !

L’innovation ne peut être qu’une béquille, pour régler des problèmes organisationnels ou pallier un manque de ressources. Réduite à ce rôle, l’intelligence artificielle ne saurait bien porter son nom. Car par « artificielle » est désignée une chose créée par l’Homme. Le changement sera global et en profondeur, et nous l’espérons, prendra en compte tous les pans de la société. Tout sera à redessiner : les modes de travail, les indicateurs de réussite, eux-mêmes découlant de nouveaux objectifs à court et long terme.

 

Les flemmards ne sont pas à diaboliser, au contraire il s’agit de s’en inspirer pour devenir acteurs avec discernement dans le monde du travail augmenté. Après tout, le propre du flemmard est de se poser les bonnes questions pour peser le pour et le contre d’une action complexe. La recherche du moindre effort pourrait bien lancer l’IA sur des pistes bien plus prometteuses que l’enchaînement d’actions vides de sens en hyper-vitesse.

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Fascinée par la relation entre l'humain et la tech, je décrypte les tendances innovantes qui tentent de répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations de digital nomade, avec ou sans connexion.