Loop, ça sonne comme ce jeu d’enfant où l’on se déhanchait sans toujours réussir à maintenir l’équilibre précaire du hula hoop. Mais ici, pas de hasard ni de hasardeux. Loop, qui signifie cercle, a bien pour but de s’engager dans une économie non pas linéaire, mais circulaire. Histoire de rétablir cet équilibre « vert » devenu précaire. Loop, c’est une initiative de Terracycle, entreprise spécialisée dans le recyclage des déchets dits « non recyclables » On peut dire que question déchets, ils en connaissent un rayon. C’est un site e-commerce circulaire conçu pour éliminer l’idée même de déchet.

Pour cela, les emballages à usage unique sont remplacés par des contenants durables. Parmi les partenariats de Loop, on compte Carrefour qui remplace ici les bouteilles d’huile olive en plastique par des bouteilles en verre. Ou encore Tropicana et Evian qui ont elles aussi troqué le plastique pour le verre. Les produits sont exclusivement partenaires de Loop. En somme, vous faites vos courses (en ligne) dans une démarche plus durable. Retour sur leur initiative présentée dans les locaux de Léonard par Laure Cucuron, General Manager de Terracycle et Loop, dans le cadre du festival Futur.e.s.

L’origine du mal

S’il y a quelques années, l’avenir de notre planète semblait un sujet risible ou alarmiste, le constat inquiétant de la dette écologique n’est aujourd’hui plus à prouver. Laure Cucuron nous explique que l’origine de la majorité de nos déchets jetables est systémique. Plusieurs critères sont rentrés en jeu pour converger vers notre façon de consommer actuelle.

Il y a notamment eu l’avènement du plastique, parce que « le plastique, c’est fantastique. » Sa promesse de facilité, de praticité, de coût moindre pour le consommateur. Plus besoin de rendre les bouteilles à la consigne, de nettoyer, de s’encombrer de vaisselles pour un pique-nique. Des contenants plus légers, puis hop ! À la poubelle, on n’en parle plus. Tout ça avait de quoi faire rêver, la ménagère notamment ! Une vie de tâches simplifiées, c’est tentant.

Sans compter que le marketing s’en donnait à cœur joie à coup de slogan déresponsabilisants et désinvoltes : « Throwaway living » ou l’art de jeter, ou encore « toss’em away » qu’on peut traduire par « jetez-les ». On peut dire que c’est une véritable culture du « jetable », de l’usage unique, qui s’est développée au fil des décennies créant jusqu’à une addiction au jetable.

Alors comment changer des habitudes ancrées depuis plusieurs générations pour sauver une planète qui n’attend plus ?

Loop emballage

Loop : acteur du changement, le consom'acteur

Loop se place notamment sur le marché des courses en ligne. Et par la même occasion, il responsabilise le consommateur à titre individuel. Pas de passage par le supermarché.

  1. La commande :

On passe commande en ligne. Pas de frais mensuel ni de système d’abonnement. Il suffit simplement de payer la consigne des produits que vous choisissez. En dehors de ça, il faut aussi compter les frais de livraison cependant.

  1. La livraison :

Vous recevez vos produits dans un sac Loop, un sac que vous garderez et où vous entreposerez vos emballages vides, une fois vos produits terminés. Donc, pas de papier bulle ou de piles de cartons.

  1. Une consommation différente :

Vous consommez vos produits comme à votre habitude sauf qu’au lieu de les jeter à la poubelle, vous les stockez dans le sac Loop prévu à cet effet.

  1. La collecte :

Lorsque vous avez terminé vos produits, vous alertez le site Loop que vous désirez qu’on vienne collecter votre sac. Et Loop vient les récupérer.

  1. Le reconditionnement :

Les contenants vides sont nettoyés et remis en circulation pour servir de nouveau.

On constate donc moins de déchets aussi bien dans la livraison, que dans l’emballage ou la fabrication des contenants. La plupart des contenants sont en verre ou en aluminium sur le site, mais certains restent en zone grise. On aimerait aussi les « ingrédients » des contenants par exemple.

Qui plus est le système de consigne permet au consommateur de ne payer celle-ci qu’une fois s’il recommande le produit ou de se la faire rembourser s’il ne le recommande plus. Un coup d’œil rapide sur un produit phare de la marque partenaire The Body Shop permet de confirmer le gain : l’huile d’arbre à thé permet de constater une économie de 2 euros représentant la consigne. C’est un peu comme si on vous remboursait une « taxe emballage ».

Loop offre l’opportunité au consommateur de changer ses habitudes et le cycle de consommation. Mais est-ce une solution pérenne ? La promesse de meilleurs lendemains ?

Loop Futur.e.s

Vers un monde meilleur ?

En 2050, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans, nous rappelle Laure Cucuron. Seulement 30 % des plastiques sont recyclés. Loop n’amène pas nécessairement LA solution, mais elle y tend. Laure Cucuron explique qu’elle ne cherche pas à décourager ceux qui font leur course en vrac ou au marché pour réduire leurs déchets, au contraire, elle les y encourage. Seulement les mœurs, ça met du temps à changer. Elle souhaite donner un coup de pouce en simplifiant les choses pour certains.

Ne soyons pas naïfs, nul doute que les entreprises sentent le vent tourner du côté de leur marché. Qui plus est, Loop offre un argument de poids, le coût. Car entre les coûts de productions, de transports, les emballages coûtent cher aux entreprises. Le consommateur les paye, mais aussi l’entreprise.

Et Loop conquiert lentement, mais sûrement le cœur des entreprises. L’entreprise s’internationalise : en France avec Carrefour, en Angleterre avec Tesco, bientôt en Allemagne et au Japon. Et de grandes marques les suivent : Coca-Cola, Milka, Pampers, Bic, Nivea, etc.

Par ailleurs, l’ambition de Terracycle se porte plus loin. Laure Cucuron nous rappelle que le recyclage n’est qu’un pansement. Qu’il faut traiter l’origine du mal et non juste les symptômes. En parallèle cependant, pour les matières qui sont déjà fabriquées, comme le plastique, et qui ne sont pas durables, il faut trouver des solutions. Il faut gérer les déchets déjà existants tout en travaillant à éliminer leur existence dans les productions à venir. Pour ça à terme, elle souhaite :

  1. Tout rendre recyclable
  2. Tout fabriquer à partir de matières recyclées
  3. Éliminer le concept même de déchet

Le discours se veut plus responsable et rejoint des courants de pensée minimalistes, low tech et zero waste assumés. La démarche est ambitieuse, mais pleine d’espoir. Dans les produits du site de e-commerce taggués « Bientôt disponible », on trouve notamment Signal qui lance une gamme de dentifrice solide à l’instar de marques alternatives avant lui comme Lush et son éthifrice. Si l’on peut rester frileux et crier au greenwashing, il convient d’admettre que la démarche est prometteuse et mérite d’être encouragée. Ne serait-ce que pour finir d’achever de convaincre les grands groupes que c’est la meilleure alternative.

 

Loop, c’est l’ambition de changer nos habitudes, de changer les habitudes des citoyens et des entreprises. Et elle conquiert du terrain, assurément. Est-elle LA solution ? Qui sait !? Elle peut cependant être une partie de la solution, une réinsertion du système de consigne, une transformation des façons de penser, la réintroduction d’une économie circulaire. Et si on rendait les consommations alternatives, enfin générales ?

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED