La scène se passe mercredi 6 mars, à deux jours seulement de la journée internationale de la Femme. C’est à l’école du numérique et du web, l’ECV Digital, à Paris, rue Buffon, que Merete Buljo et ses acolytes de Digital Ladies & Allies ont choisi de remettre le livre blanc Mixité & Performance numérique à Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État au numérique. Celui-ci est entouré notamment de Salwa Toko, Présidente du CNNnum et d’André Gatolin, Sénateur des Hauts-de-Seine. Face à eux, ce sont près de 200 personnes, membres de Digital Ladies & Allies, amis, influenceurs, venus être les témoins de cet échange, prêts à faire résonner le hashtag choisi, #LivreBlancDLA, afin de le hisser en TT (dit aussi Top Topic) sur le réseau Twitter le soir même. Pari réussi. À 21 h ce jour-là, pour être entendu sur Twitter, il fallait afficher fièrement ce nouvel étendard.

Une ambition politique

« La situation est grave. C’est grave pour le secteur et pour la société », commence Mounir Mahjoubi. Pourquoi faut-il plus de femmes dans la Tech ? Parce que dans un monde en pleine transformation numérique, ne pas avoir accès aux métiers du numérique, aux postes à responsabilité dans le numérique, à la création des futures applications numériques, c’est risquer un retour en arrière sociétal pour les femmes. C’est aussi une question de bon sens. Alors que les femmes représentent la majorité de la population française, pourquoi créer des solutions numériques qui les concernent, sans qu’elles puissent être à la source de la conception, d’un design pensé par des femmes et pour des femmes ? Cela éviterait aussi bien des écueils.

Pour Mounir Mahjoubi, récent candidat à la Mairie de Paris, il n’y a pour autant « pas de solution magique ». Celle-ci « ne peut pas venir d’en haut, mais de tous ». Et de continuer, « dans ce grand débat national, peut-on imaginer ce chemin sans le numérique ? Non ! ». Alors bien sûr, ce combat à mener aujourd’hui, commence dès la maternelle et se poursuit au collège et Lycée. Mounir Mahjoubi rappelle que désormais tous les élèves ont droit à 2 heures de numérique par semaine. C’est l’occasion pour les jeunes filles de voir qu’elles peuvent être elles aussi très fortes en informatique et qu’il s’agit d’un chemin possible, où l’emploi est au rendez-vous et les rémunérations attractives. Jusqu’à présent, devenir développeuse s’apparente à un chemin de croix, comme le rappelle Dipty Chander, développeuse web et fondatrice de l’association E-mma. « Pour accéder à ce métier comptant encore 95 % d’hommes, j’ai dû batailler, ne pas me décourager et faire face à ceux et celles qui prétendaient que ce n’était pas un métier pour moi », explique la jeune femme. Aujourd’hui, avec son association E-mma présente dans 12 villes de France, son ambition est de renverser la vapeur, en faisant la promotion de la mixité dans les métiers du numérique, au travers d’ateliers et de conférences. Et voici déjà une première initiative, une première voix qui s’élève pour faire bouger les lignes de la société et des idées reçues.

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Mounir Mahjoubi, face à un parterre de femmes et d’hommes investis dans cette mission de la mixité, a bien conscience des enjeux en présence et de la lourde responsabilité que le gouvernement porte sur le sujet. Pour l’accompagner ces prochains mois, il a à ses côtés Salwa Toko, qu’il a nommée Présidente du Conseil National du Numérique. C’est d’ailleurs elle qui rappelle ici la problématique civilisationnelle : « Qu’elles soient issues de classes dites populaires ou de classes aisées, les femmes n’accèdent pas aux métiers du numérique. Quels que soient les leviers pour renforcer la place des femmes dans la Tech, nous devons tous lutter contre deux fléaux : les stéréotypes et le sexisme ».

Des actions concrètes

Au-delà du constat politique et sociétal, et de la volonté des différents acteurs d’agir dans le bon sens, il y a désormais un flagrant besoin d’actions. C’est l’ambition du livre blanc Mixité et performance numérique porté par les Digital Ladies & Allies. Alors, comment fait-on pour que ce vœu pieux devienne une réalité ?

 

Tout commence avec l’éducation et la formation

De Colori, qui a pour but d’initier les enfants au code dès 3 ans et sans écran, à Start-up for kids, qui souhaite préparer les jeunes au monde de demain et donner confiance aux filles dès le plus jeune âge, en passant par IT4Girls et ses ateliers de coding et sans oublier E-mma qui a pour objectif de promouvoir la mixité dans la Tech au travers d’ateliers et de conférences, tout commence avec l’éducation. Ces entreprises menées respectivement par Amélia Matar, Sharon Sofer, Yaël Dehaese et Dipty Chander ont l’ambition d’agir dès le plus jeune âge, afin de casser les biais cognitifs en place et faire en sorte que les jeunes filles ne voient plus les métiers de la Tech comme des métiers d’hommes.

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Les entreprises ont aussi leur place dans cet éveil aux métiers de la Tech. Elles peuvent jouer un rôle essentiel dès la 3e. C’est ce que défendent les fondatrices de la plateforme Viens voir mon taf, Gaëlle Frilet, Mélanie Taravant et Virginie Salmen. Parties du constat que le stage de 3e est primordial dans l’orientation des jeunes en France, elles ont décidé d’être « le réseau des jeunes sans réseau ». Et parce qu’il est important de combattre l’autocensure forte chez les collégiennes, qui bien souvent s’interdisent d’aspirer à des métiers amenant à de longues études, ce stage est pour certaines l’occasion de la naissance d’une vocation. Les entreprises peuvent tout simplement s’inscrire sur la plateforme, et accueillir le temps d’une semaine ces adolescent.e.s en recherche d’orientation. « Il n’y a pas d’âge pour apprendre le numérique », précise Merete Buljo. La formation professionnelle peut aussi permettre à des femmes d’entrer dans de nouveaux métiers numériques et technologiques.

 

La visibilité et l’attractivité comme perspective

Comment faire pour que les mentalités évoluent, pour que les quelques femmes déjà présentes dans les métiers de la Tech servent de modèle et d’exemples à toutes les autres, pour qu’elles ne soient pas laissées sur le bas-côté de la transformation numérique ? Cela commence aussi avec un hashgtag, comme bien souvent. Et c’est Emmanuel Leneuf, à la tête du bien connu @FlashTweet, qui propose ce hashtag, le #FFWomenInTech. L’idée ? Faire un portrait en 280 signes d’une femme de la Tech qui nous inspire, tous les vendredis, pour mettre en lumière ces femmes qui font la Tech, permettre de les soutenir et de les suivre, via les réseaux sociaux, un canal de communication que les femmes se sont approprié, puisqu’elles représentent 60 % des utilisateurs.

Tandis qu’il est question également lors de cette soirée de « leadership authentique » avec Valérie Asselot, la coach du bureau, on parle aussi inclusion dans la France des territoires avec Anthony Babkin et son entreprise Diversidays. Ici, il s’agit de casser le plafond de verre, de défaire les stéréotypes, pour que les femmes ne soient plus des exceptions dans la Tech, mais bel et bien une constante.

Enfin, Imène Maharzi de OwnYourCash invite à parler d’argent, puisque bien souvent l’argent reste le nerf de la guerre. Alors que les startuppeuses perçoivent moins de 10 % des enveloppes financières actuelles, Imène souhaite faire en sorte que les femmes puissent elles aussi bénéficier de leviers financiers forts. Elles ont également la possibilité de passer de l’autre côté de la ligne, en investissant et en devenant ainsi des Business Angels afin de participer notamment aux projets d’autres femmes.

 

Des initiatives, il y en a bien d’autres, tout comme des idées. Elles sont dans le livre blanc Mixité & Performance numérique des Digital Ladies & Allies. Nous aurons à cœur de vous en parler dans les prochaines semaines. Car nous avons envie de vous en dire plus sur l’appli App-elles, contre les violences faites aux femmes, sur Prez-Application, qui veut utiliser la blockchain comme un outil légal contre ces mêmes violences. Nous souhaitons vous parler des Eclaireuses de Coding Days, ou encore de l’idée de Ming-Lie Wong, directrice Partenariats Corporate chez Paris&Co et de son ambition d’un Tech Talent Charter à la française, et de bien d’autres initiatives encore, mixtes, inclusives, éthiques.

L’histoire continue.

Aurore BISICCHIA
Aurore BISICCHIA
Conteuse numérique
Cofondatrice des Chuchoteuses, je suis une mordue de l'organisation, une adepte de la communication et un jukebox à mes heures perdues. Amoureuse des arts visuels, je milite pour que la série devienne le 11 ème art et demeure à tout instant passionnée des petits mots comme des grands.