La reconnaissance faciale, en vrai, c’est quoi ?

On imagine aisément le principe de la reconnaissance faciale, le terme étant assez évocateur. Les méthodes ont largement évolué au fil du temps et il s’agit aujourd’hui d’une combinaison d’intelligence artificielle et de deep learning. Mais rentrons un peu plus dans les détails des trois étapes qui constituent ces nouveaux logiciels d’identification biométrique. La phase de détection examine les caractéristiques physiques de la personne lors d’un passage devant les caméras, même dans une foule. Elle va ainsi sélectionner le ou les visages potentiels correspondants à la recherche demandée.

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Dans un second temps, le système va créer une empreinte faciale correspondante à un ensemble de points particuliers du visage, comme la bouche, le nez, le menton ou les sourcils. Les yeux sont d’une importance non négligeable pour une identification fiable et certains éléments, comme le port de lunettes de soleil, en réduisent grandement la précision. Il en est de même pour la luminosité dont une trop faible ou une trop grande quantité peut altérer la qualité des résultats.

Reste alors la phase de comparaison avec d’autres empreintes faciales. La plus grande qualité des logiciels actuels est la rapidité. Néanmoins, leur fiabilité est encore loin d’atteindre les 100 %.

Reconnaissance faciale, plus de la science-fiction

Payer par un simple passage devant une caméra n’est plus aujourd’hui du domaine de la science-fiction. Dans un monde où nous sommes toujours pressés et où la protection de nos données devient un enjeu majeur, la reconnaissance faciale a de beaux jours devant elle.

Imaginez une seconde toute usurpation d’identité impossible et la fin d’une liste de mots de passe toujours plus compliqués à retenir. Qui n’a jamais cliqué sur l’option « mot de passe oublié » ? Avec elle, pas de comptes piratés, ni d’informations personnelles dérobées. Tous les systèmes d’authentification verraient leur fiabilité optimisée et leur accès facilité.

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En France, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a donné son approbation pour l’utilisation de la reconnaissance faciale dans l’espace public. Les aéroports de Roissy, Orly et de Nice, ainsi que la gare du Nord ont équipé certains appareils de cette technologie afin d’améliorer et accélérer les contrôles de passeports. Le logiciel compare la photo et le visage 3 à 4 fois plus rapidement qu’avec une vérification par empreinte digitale.

 

Le groupe japonais NEC a également annoncé la mise en place d’un système de reconnaissance faciale pour assurer la sécurité des sportifs et du personnel encadrant à l’intérieur des zones restreintes. Une manière plus rapide et efficace de prévenir toute entrée frauduleuse que les précédentes techniques en vigueur.

Avec une menace terroriste et les alertes enlèvements qui n’ont cessé d’augmenter ces dernières années, il est tentant de perfectionner les algorithmes de reconnaissance faciale. Un logiciel capable de repérer d’éventuels suspects et de retrouver les personnes recherchées en balayant l’espace public peut s’avérer extrêmement rassurant. Mais cette parfaite utilisation ne cache-t-elle pas des débordements et des limites à ne pas franchir ?

Pas le droit à l’erreur

Il y a différents niveaux de complexité avec la reconnaissance faciale et nous sommes nombreux à l’utiliser quotidiennement. Les réseaux sociaux ne sont pas les derniers en la matière, à l’exemple des amateurs de filtres Snapchat qui s’en donnent à cœur joie. De même, le logiciel Picasa de Google ainsi que Facebook disposent d’un système pour identifier votre visage et celui de vos amis sur les photos.

Rien d’étonnant à ce que ce dernier soit la cible d’une action collective en justice qui l’accuse de compiler la plus grande base de données biométriques au monde. Même si Facebook se défend contre toute volonté commerciale, les scandales successifs après l’affaire Cambridge Analytica n’aident pas à rassurer l’opinion publique.

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Pour l’heure, l’inquiétude face à l’utilisation de la reconnaissance faciale va de pair avec une question de fiabilité. Que se passe-t-il en cas d’erreur ? Avec près de 500 000 caméras, Londres est l’une des villes les plus vidéosurveillées au monde. Ce qui n’a pas empêché l’échec du test d’un dispositif de reconnaissance faciale effectué depuis le 28 juin 2018. Comparés à un fichier de personnes recherchées, 98 % des « suspects » détectés n’avaient absolument rien à se reprocher.

Autres faux pas des logiciels de reconnaissance faciale, le Rekognition d’Amazon. Il est aujourd’hui dans la ligne de mire de l’Union Américaine pour les libertés civiles. Après avoir dévoilé qu’il avait été fourni aux services de police, l’ACLU a décidé de prouver son inexactitude. Il a comparé les visages des 535 membres du Congrès à ceux de 25 000 autres personnes pour un résultat qui a généré pas moins de 28 fausses correspondances.

Aujourd’hui, difficile de se baser sur les conclusions des logiciels de reconnaissance faciale, mais demain ? Il faut être très prudent, car comme l’affirme l’ACLU : « une identification, exacte ou non, pourrait coûter aux gens leur liberté ».

Big brother is watching you

Avec la reconnaissance faciale, la notion d’éthique prend une dimension toute particulière. Que se passerait-il si chaque caméra effectuait un contrôle d’identité, partout, à chaque instant ? Avec l’avancée sans limites de la technologie, la frontière entre réalité et paranoïa est de plus en plus fine. Pierre avait beau crier sans cesse au loup, il n’empêche qu’au final le loup était bien là !

Selon l’université de Georgetown,  près de la moitié des américains seraient fichés à leur insu dans des bases de données permettant la reconnaissance faciale. Elles seraient utilisées par les polices fédérales et locales avec pour sources principales les photos réalisées à la suite d’arrestations, mais également celles des permis de conduire. Un procédé inquiétant qui semble se démocratiser aux États-Unis, notamment pour effectuer le contrôle des frontières.

 

L’opinion publique se révolte de plus en plus contre ses débordements. Certains salariés de Google se sont mobilisés pour mettre fin à une collaboration avec l’armée concernant une technologie deep learning d’analyse vidéo. Même Brian Brackeen, président de la société Kairos conceptrice de logiciels de reconnaissance faciale, met le public en garde : « La reconnaissance faciale au profit de la surveillance gouvernementale est une incroyable violation de la vie privée et une pente glissante vers la perte complète de nos identités ».

Toutes les bonnes intentions de cette technologie pourraient avoir une tout autre incidence entre de mauvaises mains. Les dérives vers le harcèlement en ligne ou dans la vie réelle représentent également une menace tangible. Au cœur d’une polémique, l’application FindFace permet d’utiliser la photo d’une personne afin de retrouver plus facilement ses différents comptes de réseaux sociaux. Créée pour « mieux se connecter avec ses proches », elle permet aisément de découvrir l’identité de quelqu’un  pris en photo sans consentement. Combiné avec des technologies de géolocalisation ou autres, bafouer les limites de la vie privée devient d’une simplicité inquiétante.

À la pointe de cette technologie, la Chine dispose de 170 millions de caméras pour surveiller la population. Vous pensiez que cela était réservé aux intrigues des séries télévisées ? Vous ne verrez plus une caméra de la même façon…

Vers une réglementation

La reconnaissance faciale commence à porter ses fruits, mais est encore à un stade où elle ne peut être considérée comme une véritable preuve, une période propice pour la création d’une réglementation.

L’initiative est signée Brad Smith, président de Microsoft, qui a invité le gouvernement américain à instaurer un encadrement légal de son utilisation. « Imaginez qu’un gouvernement vous traque partout où vous marchez […] sans votre permission et sans vous en informer » met-il en garde. Il suggère, entre autres, la mise en place d’un comité chargé de se pencher sur le problème et soumet différentes propositions pour assurer le respect des libertés individuelles de chacun.

 

Une instigation bienvenue qui pourrait bien menée à voir les progrès de la reconnaissance faciale de façon plus positive. Car pour le moment, adepte de la théorie du complot ou non, bien des questions entourent son développement durant les années à venir.

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.