Prise de conscience : le réveil de la force ?

Ça sent le sapin pour les réseaux sociaux ? Peut-être. Tout commence avec l’utilisateur, l’être humain, en somme. Ce n’est pas un secret, l’homme est un animal social. Pas étonnant que les Starbucks et les espaces de coworking ne désemplissent pas. Même les millenials et les digital native ont compris ça. Ils désertent de plus en plus les réseaux. Selon une étude sur les écoliers en 2017 en Angleterre commissionnée par Digital Awareness UK révèle que 63 % estimaient qu’ils seraient heureux si les réseaux sociaux n’existaient pas. Les adolescents interrogés semblent désabusés. “You start doing things that are dishonest,” (« Vous vous mettez à faire des choses qui ne sont pas sincères »). Ils cherchent ce lien social qu’ils ne ressentent probablement pas à travers l’écran, ils cherchent un lien « réel ». Les digital native sont à la poursuite de l’authenticité.

Ces ados du nouveau millénaire révèlent aussi qu’ils se sentent oppressés par les réseaux sociaux et l’effet petit village qu’il peut y avoir où tout le monde sait tout sur tout le monde. Ils ont envie d’avoir leur jardin secret. Les réseaux sociaux donnent la sensation de toujours être en vitrine et devoir se vendre si bien qu’ils ne peuvent plus garder pour eux quoi que ce soit. Sans compter les trolls et les harcèlements potentiels qui ne laissent pas de répit dans les commentaires. Au-delà de la polémique des data, c’est bien leur vie privée qu’ils veulent préserver.

Vous sentez la perturbation dans la force ?

Si ces caractéristiques relèvent des comportements tout à fait humains, la perturbation dans la force vient aussi d’un certain ras-le-bol. À défaut d’un bore-out ou d’un burn-out, on pourrait appeler ça un social media-out. Selon une étude de Ampere Analysis, les 18-24 ans estimant que « les réseaux sociaux sont importants » sont passés de 66 % à 57 % en un an. Parallèlement, les 45 ans et plus valorisent de plus en plus les réseaux sociaux en passant de 23 % à 28 %.

Or, en marketing lorsqu’il y a un nouveau produit à faire adopter aux consommateurs, on identifie ceux-ci en différentes catégories. Parmi eux, les innovateurs, ouverts d’esprit, avides de tendances, débrouillards, voire visionnaires. Ce sont souvent les jeunes. Ils sont les premiers à adopter ou embrasser une tendance. Et il y a les retardataires aussi appelés la garde. (Rien à voir avec celle de Game of Thrones, ici) Ce sont ceux qui adoptent une tendance seulement après qu’elle ait fait ses preuves ou qu’elle soit devenue une norme. Si on se réfère à cette inversion de la tendance avec les réseaux sociaux, on peut raisonnablement penser que l’ère social média est sur une pente glissante.

Ce changement peut aussi s’apparenter tout simplement à une évolution cyclique naturelle. En effet, comme dans les mouvements d’art qui se sont succédés et réagissait en réaction au précédent. Il est donc possible que les réseaux sociaux arrivent à leur fin marquant ainsi l’avènement d’un cycle nouveau.

No social media : la menace fantôme ?

Alors la menace est-elle réelle ? L’univers de la sociabilité en ligne ferait-il sa mue ? Tandis qu’Ed Sheeran est devenu un étendard de la digital detox constante en abandonnant carrément son téléphone, certains artistes plus pragmatiques se réapproprient leur image, voire leur art. Pour lutter contre la piraterie des mers du Web, ils décident de dompter la vague et de surfer sur la Tech. Florence Foresti a rejoint une liste de célébrités dans une chasse au smartphone. Interdiction d’utiliser son téléphone pendant le spectacle grâce à un procédé qui verrouille votre téléphone dans une sorte de pochette appelée Yondr.

Mais pour le commun des mortels comme vous et moi, qu’en est-il ? Une journaliste se fait la porte-parole du « Yes We Can ». Elle témoigne du business grandissant que sa coiffeuse a réussi à monter sans site internet ni réseaux sociaux. Elle prône notamment le retour à des valeurs au sens large : la valeur du service (il s’agit d’une prestation de niche), la valeur du service client (elle donne de l’importance au rapport humain et essaye de s’arranger quand un client lui demande un rendez-vous de dernière minute). Et tout ça, grâce au bon vieux bouche-à-oreille IRL et la confiance qu’il témoigne !

Fort de ce bouche-à-oreille, quelques séries télé américaines ont déjà semé des graines de doute. Deux séries plutôt à destination des 18-24 ans, de type rom-com. La première Younger s’adresse souvent aux millenials. On trouve dans l’épisode en question un personnage qui refuse de prendre des photos d’elle à la fête de lancement pour les poster sur les réseaux sociaux. Ses raisons : il n’y a pas besoin de se survendre. Ce temps où il fallait se mettre en avant est révolu. Travailler son image autant n’est plus « cool ». Dans la deuxième, The Bold Type, une éditrice en chef du service digital décide de lancer une fête « No Social Media ». Téléphones interdits, personne ne pourra poster. Elle crée ainsi ce qu’elle appelle « l’expérience FOMO ultime ». FOMO signifie Fear Of Missing Out et fait référence à la peur de rater quelque chose : une fête, une sortie, etc. L’idée ici est que comme personne ne saura ce qu’il se passe, tout le monde sera mort de curiosité de savoir ce qu’il s’y passe. Le mystère pouvant ainsi encenser l’évènement de rumeurs plus folles les unes que les autres. Elle crée ainsi le désir en rendant l’évènement spécial, particulier, réservé à seulement certaines personnes. Le no social media serait-il la nouvelle mode ?

Nul doute que vous avez sûrement des proches, quel que soit leur âge, qui boudent les réseaux sociaux ou deviennent de plus en plus critiques à leur sujet. Des sociologues et des philosophes ont déjà pointé l’importance d’établir des règles dans les usages de nos appareils numériques. Des règles personnelles d’autodiscipline, mais aussi des règles de design éthique auprès des plus grandes entreprises comme les GAFA. Mais alors le vent tourne-t-il pour les réseaux sociaux ? Aspirons-nous à une vie plus calme et simple ? À travers la recherche d’authenticité, sommes-nous à la poursuite du bonheur ? Alors, selon vous, le social média blackout, ça peut chémar ?

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED