Quand le roi cherche à se rhabiller

Tandis que beaucoup appellent au boycott et que les utilisateurs cherchent des portes de sortie, la valeur en bourse du groupe fluctue au gré des actualités. Entre poursuites en justice, diffusion de la tuerie en Nouvelle-Zélande qui a indigné les internautes, et pannes techniques, le réseau a connu des jours meilleurs. De notre côté de l’Atlantique, la législation et les gouvernements s’échauffent et ont déjà annoncé décocher des coups contre les géants du web, dont fait bien sûr partie Facebook. Un nuage de sanctions financières pour évasion fiscale approche à vue d’œil, avec en premier lieu, la lourde amende infligée à Google par l’Europe au début de l’année. La belle saison des réseaux sociaux comme place publique pourrait bien toucher à sa fin. Car il semblerait que le général Zuckerberg soit devenu petit soldat, à la botte de ses soutiens financiers. Certains s’accordent même à dire que le roi nu serait installé sur un trône éjectable.

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Pendant ce temps, le pionnier lui-même annonce dans un post, une évolution de la structure actuelle de Facebook vers une messagerie cryptée, sous l’exemple de WhatsApp. Cela aux dépens du fameux mur qui avait fait les recettes de la firme et des annonceurs. Parmi les développements évoqués, on retrouve :

  • La réduction de la permanence du contenu, inspiré des Stories Instagram.
  • L’interopabilité, c’est-à-dire la capacité à utiliser plusieurs applications ensemble.
  • Le stockage crypté et sécurisé des informations.

Dans le post en question, Mark Zuckerberg se réfère à l’envie des utilisateurs d’échanger comme s’ils étaient dans leur salon (conversations de salon et non sur la place publique). Tout compte fait, il évoque un phénomène qui existe depuis la nuit des temps, le comportement suivant le contexte. Après tout, la maxime ne dit-elle pas que pour vivre heureux, il faut vivre cachés ? Si le grand air appelle à l’évasion et à la déconnexion, la liberté viendrait-elle de l’ombre d’un sas de sécurité, occulté du jugement des masses ? Au final, la connexion sous clef serait-elle le secret d’une relation numérique authentique ?

On ne fait plus le mur pour s’envoyer des mots doux

Sur Facebook, les échanges se font de plus en plus privatifs, via des groupes fermés et thématisés, où l’accès dénote une certaine exclusivité. On se donne rendez-vous ou l’on débat via des DM (messages directs) sur Instagram. On partage nos clichés de vacances avec la famille (Papi et Mamie inclus) sur le groupe WhatsApp familial. On est si habitués à l’information en silo que l’on a pris l’habitude de les créer par nous-mêmes. Afficher sa vie au grand public oui, mais à condition de filtrer, les vrais profils sont dans la messagerie.

L’évocation des échanges cryptés pointe vers des démarches sécurisées, ce qui laisse supposer la monétisation de cette sécurité renforcée, comme la réservation et les paiements sans quitter l’application. Cette évolution rappelle le positionnement des applications à succès peu utilisées en France à l’instar des Asiatiques WeChat et Line qui permettent le paiement de ses factures et les transactions à l’étranger. Un véritable petit compagnon de vie, bien au-delà de l’envoi de GIFs ironiques, tourné vers les usages de demain.

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Ce changement pourrait-il vraiment se réaliser ? Si Facebook est devenu la place publique moderne sur laquelle l’on vend et on revendique, ce pivot pourrait démonter le modèle économique lucratif du réseau. La porosité entre annonceurs et réseaux sociaux qui s’opère depuis plusieurs des années a construit une relation co-dépendante. Les premiers gagnent en lectorat tandis que les seconds servent la soupe sous forme de bulles de filtre. Facebook a roulé sa bosse ainsi jusqu’à maintenant. Mais l’heure semble être au pivot : Konbini se repositionne sur Snapchat pour traiter d’informations avec rapidité et profondeur, délaissant le content snacking qui, il fut un temps, bourgeonnait à foison sur Facebook. Dans la guerre à l’attention, quel équilibre trouvera un éventuel Facebook privatif dans la fratrie du groupe avec Instagram et WhatsApp ? Il est certain que le pionnier de la sociabilisation en ligne devra trouver sa nouvelle poule aux œufs d’or.

Mais pour nous simples utilisateurs du Vieux Continent, l’équation reste complexe. Nous sommes entrés dans une ère de culture immédiate et à la demande, notre comportement schizophrène sur les réseaux sociaux exemplifie de nos vies ultra connectées et personnalisées au gré de nos humeurs. Les exemples de digital détox sont futiles, après une semaine ou deux de vacances, la plupart des adeptes reprennent de plus belle, avec tendinite du pouce et douleurs aux cervicales à l’appui. Car ce sont nos usages et nos habitudes qui sont concernés, et l’incapacité à la déconnexion pointe vers un autre besoin, celui de revoir la copie des réseaux sociaux à notre manière.

Alors comment pouvons-nous déjouer l’emprise des Facebook, Instagram, Snapchat, WhatsApp et consorts sur notre vie moderne ? Vous avez 3 heures.

L’âge de raison des réseaux sociaux

Il n’est plus question de se demander s’il faudrait fermer son compte Facebook ou pas, la réponse est oui. Mais pouvons-nous nous le permettre à l’heure qu’il est ? Certains crient d’approbation, d’autres se taisent. Nous avons appris à fonctionner avec Facebook en tant qu’humains doués de qualités, mais aussi habités de faiblesses. Les créateurs de contenu à succès vous le diront : c’est notre humanité qui nous sauvera. Car jusqu’à ce que les utilisateurs des réseaux sociaux soient des robots, l’attention (carburant des géants du numérique) sera toujours intimement liée à l’émotion. Alors, pour ceux qui ne peuvent s’en défaire, usons des réseaux en toute conscience, nous pouvons nous-mêmes tenter de les faire évoluer.

 

Continuons de nous connecter pour apporter humour et poésie aux jours moins cléments, sans pour autant cesser d’interpeller, de contester et de dénoncer. Apprenons à vivre toujours plus éveillés dans notre contexte et de tenter de comprendre celui des autres qui peuple cette planète. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la queue de la boulangerie demain matin.

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Je manie le verbe numérique pour partager les bonnes pratiques social media, et les écueils à éviter. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations, avec ou sans connexion, pour mieux vivre le nomadisme digital !