Des pinceaux et des pixels

Laissez-moi vous raconter une drôle d’histoire. Il était une fois une bande de faussaires qui exerçaient en toute légalité et avec l’aide d’une intelligence artificielle. C’est en 2016 qu’un projet collaboratif émanant d’ING, Microsoft, l’Université de Delft ainsi que le musée de Mauritshuis voit le jour : The Next Rembrandt. Cette aventure qui a duré un an et demi et impliqué une équipe composée de chercheurs, historiens, artistes et autres développeurs consistait à recréer, 300 ans après sa mort, une œuvre de Rembrandt. Et le pari est réussi. Après avoir analysé 168 000 fragments de peintures provenant de 346 tableaux, l’IA a accouché au bout d’une centaine d’heures de travail d’un tableau très fidèle au travail du maître de 148 millions de pixels.

Faire renaître un artiste, c’est bien, mais que diriez-vous d’en devenir un ? Une fois de plus, c’est notre meilleur ami du web qui intervient : j’ai nommé Google. Que vous possédiez un diplôme en arts appliqués ou que vous dessiniez des maisons rectangulaires avec deux fenêtres et une porte au milieu, le site le plus visité du monde a une option pour vous. Vous possédez déjà des œuvres personnelles que vous voulez rendre psychédéliques ? Deep Dream est là ! Vous voulez tester votre capacité à dessiner vite et bien ? Quick, Draw ! est le site qu’il vous faut. L’application enrichie d’IA vous donne 20 secondes pour dessiner un modèle imposé et se charge de trouver (avec une bonne dose d’indulgence) ce que vous avez voulu représenter. Si vous savez ce que vous voulez dessiner, mais qu’il vous manque ce petit rien qui fera de votre dessin quelque chose de grand, Sketch- RNN vous accompagne, pas à pas, pour créer une merveille (ou pas). Vous avez toujours jalousé cette personne de votre entourage qui a la capacité de dessiner un cercle parfait, à main levée ? Et bien son règne est terminé, et cela grâce à AutoDraw. Cette IA qui se présente sous la forme de notre bien-aimé et regretté Paint, vous propose des formes parfaites correspondantes à vos dessins qui ne le sont pas.

Il n’y a pas que Google qui s’intéresse à l’intelligence artificielle. Il y a aussi Cambridge Consultants, qui a créé Vincent. Cette IA, nommée ainsi, vous vous en doutez, en l’honneur du peintre éponyme Vincent Van Gogh, a reçu grâce à la technologie du machine learning, une éducation poussée en histoire de l’art, le tout pour permettre à n’importe qui de transformer un simple croquis en une véritable peinture.

Une fois toutes ces œuvres produites, il serait dommage qu’elles prennent la poussière dans votre nuage en ligne, non ? Pas d’inquiétude, la solution, c’est SCRIBIT. Cet objet est capable de retranscrire une image sur une surface verticale à l’aide de deux clous, deux morceaux de ficelles et un smartphone. Vous pouvez directement depuis l’application lui envoyer une image qui non seulement la reproduira à l’identique, mais sera également capable de l’effacer aussitôt. Petit bonus, la sortie officielle de cette merveille du home staging 2.0 est prévue pour décembre 2018.

Robert Doisneau n’a qu’à bien se tenir

Vous trouvez les appareils photo actuels particulièrement performants d’un point de vue technique ? Laissez-moi vous dire qu’avec un soupçon d’intelligence artificielle, il passe clairement un cran au-dessus. À l’image de la start-up Arsenal, qui a créé le boîtier électronique éponyme. Une fois fixé au sommet de votre appareil reflex, ses petits neurones artificiels travaillent collégialement pour déchiffrer les images perçues dans l’objectif et isoler les éléments clés. Il est ainsi capable par exemple d’identifier un homme qui marche dans une plaine avec son chien par un temps pluvieux, et d’optimiser tous ces éléments pour un réglage parfait.

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Aujourd’hui, pour faire de belles photographies, il n’est plus nécessaire de posséder un appareil lourd et encombrant. Nous vivons désormais tous, ou presque, avec un appareil photo dans la poche. Et de ce côté aussi, les IA ne sont pas avares de bonnes idées. Aujourd’hui, les stars de l’innovation photo portent le doux nom de coprocesseurs dédiés aux réseaux neuronaux (NPU). Ces derniers intègrent des algorithmes qui devinent par de savants calculs quel type de scène vous êtes en train de photographier (une plage, un portrait, etc.), afin d’améliorer grandement le mode automatique des téléphones portables.

Seulement, pour capturer le moment parfait, il faut parfois prendre plusieurs fois la même photographie. Et devinez qui a encore trouvé la bonne idée ? C’est bien sûr le moteur de recherche le plus célèbre du monde. Ce dernier a délivré Nima, une IA capable de juger de la qualité d’une photographie. En résumé, fini les tris interminables sur une sélection de 120 photos de votre petit cousin Hippolyte.

Robot assistant réal

Même si les premiers pas de l’IA dans le monde de l’audiovisuel, notamment avec le court métrage Sunspring, étaient un peu bancals, cette dernière trouve sa place petit à petit. Elle est notamment utilisée dans les tâches d’accompagnement. La 20th Century Fox a par exemple développé une IA capable de déterminer les audiences potentielles d’un film uniquement à partir des bandes annonces. On a montré à cette IA des milliers d’extraits de films couplés à l’audience que ces films ont générés, afin qu’elle puisse déceler les scènes qu plaisent au public. Le point fort de cette technologie est que désormais lorsqu’un film est annoncé, plusieurs bandes annonces sortent, ce qui permet plus de champs d’analyse. A contrario, l’impact de cette dernière est limité, fonctionnant bien mieux pour un blockbuster que pour un film indépendant dont aucune scène n’a son pareil dans les films déjà existants.

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De son côté, le MIT Media Lab a enseigné à une IA les secrets des émotions humaines. Grâce à la méthode du Deep Learning et à un binge watching d’extraits de films digne des plus grands, l’IA a appris à analyser les éléments qui suscitent des émotions chez nous, dans l’objectif de parfaire les scénarios.

Quant à McCann Erickson Japon, la société a proposé le poste de directeur de création à une IA. Cette dernière, nourrie de spots de pub, est parvenue à en proposer de nouveaux (avec une vérification de l’humain avant toute validation, bien entendu).

Certains s’en servent d’autant plus dans le processus de création, à l’image de Jack Zhang et sa société de production GreenLight, qui a lancé en 2016 un projet de film d’horreur partiellement écrit par une IA. Elle a d’abord analysé des milliers de synopsis en les couplant avec leurs succès au box-office. De cette analyse est ressorti que le scénario devait parler de fantômes sous fond de relations familiales. Le projet a récolté plus de 30 000 $ canadiens et « Impossible Things » vous réserve peut-être une IAttaque cardiaque pour 2018.

Avant cela, vous pouvez vous payer une tranche d’hIlArité avec l’application issue tout droit d’un trublion de Reddit qui répond au doux nom de DeepFaker. Cette application, FakeApp, disponible gratuitement, permet de placer un visage sur des films existants. Et si l’on en connaît aujourd’hui l’existence, c’est parce que son créateur a placé un acteur légendaire de notre génération dans une multitude de films classiques, j’ai nommé l’oscarisé Nicolas Cage.

 

L’art a toujours évolué, et il continuera à le faire, avec ou sans les réfractaires. Mais l’avènement des Intelligences Artificielles reste une innovation considérable. Et comme l’autotune dans le monde de la musique, chacun est libre de l’utiliser comme bon lui semble. Petit bonus, pour les plus curieux qui veulent connaître leur alter ego en peinture à l’huile sans bouger de leur canapé, l’application Google Arts & Culture propose après un selfie plusieurs tableaux de maîtres qui vous ressemblent.

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.