Assassin’s Creed, c’est un univers, une identité forte. Bref, difficile d’être insensible. Ici, on vous fait un retour sur l’exposition Behind the Game à la Gaité Lyrique qui a lieu jusqu’au 6 février, et sur le jeu de piste interactif des Invalides, L’Expérience Assassin’s Creed, qui s’est déroulé d’octobre à début janvier. On peut dire qu’Ubisoft, la boîte qui développe, édite et produit le jeu, fait fort niveau promotion. Si bien que la promotion ne ressemble plus à de la promotion. Je m’explique. L’évènement créé aux Invalides ne correspond à aucun des contextes historiques des jeux au niveau du scénario ; même si on retrouve les Invalides dans l’opus Unity qui date de 2014. Il n’a pas non plus de lien avec l’histoire d’Assassin’s Creed Odyssey, sortie en octobre 2018. L’univers se suffit à lui-même. L’identité de la marque est si forte qu’il n’est pas nécessaire d’être trop littéral ou trop affirmé dans la promotion. C’est bien signe d’un storytelling efficace me direz-vous. Certes. Mais là où Assassin’s Creed passe de marin d’eau douce à pirate en hautes mers du marketing, c’est dans son storytelling transmédia. En 2014, la licence avait frappé plus fort que n’aurait pu le faire Thor avec Mjöllnir. Non seulement elle avait organisé son évènement à la Comic Con, évènement phare de la communauté du gaming et de la culture geek. Mais en plus, elle avait invité des professionnels du Parkour à créer un environnement permettant de s’adonner soi-même au saut d’immeuble en immeuble et à l’escalade de façade. Bref, Ubisoft offrait à ses fans la possibilité de devenir leur personnage IRL et d’être aussi bad ass que lui ! Une cour de récré grandeur nature en somme digne de Ninja Warrior. Alors petit tour d’horizon sur les deux évènements parisiens.

Assassin’s Creed, l’exposition « Behind The Game » à la Gaîté lyrique

L’exposition invite le visiteur à interagir directement avec bon nombre d’outils. Dès le début, on est convié à participer, à agir tout en suivant le cheminement du processus créatif du jeu. On explore ainsi tout le travail fourni en amont. Pour un public déjà familier de ce genre de processus, rien de bien nouveau. Néanmoins pour un public néophyte ou les plus jeunes, il y a de quoi découvrir une vocation. L’exposition nous parle des recherches préliminaires historiques avec ces consultants historiens à travers une interface et une interview. Coté créa, on découvre les tests, les essais, les concept art, le character design. Le travail exploratoire qui permet la création de l’univers visuel et des personnages est expliqué sommairement dans une interview et appuyé par des planches de dessins réalisés par les différents artistes et exposés durant la visite. L’exposition nous dévoile la complexité de la création d’un jeu open world et tout l’écosystème à créer qui en découle. On comprend alors qu’il y a presque quelque chose de divin dans la création et l’organisation systémique de ce monde « virtuel ».

Outre la découverte du processus créatif, l’exposition nous invite aussi de façon plus intime à découvrir certains membres de l’équipe derrière la création d’un jeu. Essentiellement des directeurs ou chefs de projet au parcours intéressants et insolites pour certains. Cependant, on pourra déplorer l’absence d’interviews d’artistes ou un léger survol sur les questions posées à l’historien consultant. Nul doute que leurs interviews n’en auraient été que plus passionnées et donc plus passionnantes.

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La visite se paie aussi le luxe de vous immerger et de vous engager dans son monde. De l’ordinateur tactile aux écrans de plus de deux mètres qui vous encerclent pour vous faire découvrir la faune du jeu. Des murs tapissés jusqu’au plafond d’artefacts digitaux rappelant l’interface du jeu au motion capture vous invitant à reproduire les poses iconiques du personnage. De la création de votre assassin à votre image via la prise d’une photo à la salle entièrement recouverte d’écrans à 360 degrés vous immergeant dans des scènes mythiques des différentes saga au cœur même de l’action. L’exposition veut définitivement solliciter et stimuler le visiteur aussi bien mentalement que physiquement.

La visite est plutôt courte mais revêt différentes facettes qui permettent d’éveiller la curiosité du néophyte et d’amuser les plus initiés par différentes mises en scènes interactives. Si le processus créatif a suscité des vocations, en parallèle de l’évènement se déroulent aussi des interviews et masterclass.

En créant une exposition sur l’envers du décor, la licence prouve deux choses. La curiosité des joueurs initiés d’en savoir toujours plus sur l’univers du jeu qui leur est cher. La licence crée ainsi un lien privilégié avec le joueur, une relation où il fait lui-même la démarche de venir en apprendre davantage sur l’univers de son jeu. Mais la licence témoigne aussi de sa capacité à toujours amener le ludisme dans la vie réelle, de sorte à étirer encore le fil de sa propre métaphore. Un fil qui continue d’ailleurs de se tisser avec l’évènement des Invalides.

L’Expérience Assassin’s Creed aux Invalides

L’expérience aux Invalides se déroule à l’époque de Napoléon. La mission consiste à retrouver l’artefact mythique du jeu, la pomme d’Eden, le tout dans un contexte et un décor historiques au plus près des faits. Le tout en s’aidant d’indice recueilli grâce à une application de réalité augmentée sur son smartphone. Nous avons choisi d’interviewer l’un des comédiens sur l’évènement et de recueillir ses impressions et réflexions sur l’expérience ludique qui était offerte. Thomas Reneux était comédien et « gardien du secret » sur l’évènement Assassin’s creed.

 

Qu’est-ce que vous pensez de l’initiative prise par Cultival, éditeur de visites et sorties insolites, de créer ce jeu de piste augmenté Assassin’s Creed ?

Ça correspond tout à fait à leur démarche, créer des aventures interactives dans des lieux uniques. Si c’est l’initiative de Cultival à l’origine, Ubisoft ne s’est pas fait prier non plus. Ubisoft a un long passif de partenariats et de créations d’évènements en lien avec l’univers de sa licence. Il y a par exemple un escape game Assassin’s Creed, le trésor des templiers, à The Game, à Paris.  Et surtout, ils ont toujours ce crédo d’allier ludisme et Histoire : « Faire de l’histoire un terrain de jeu ».

 

En tant que comédien, game master d’escape game et game designer, qu’avez-vous pensé de la dimension ludique de l’évènement ?

C’est une belle performance, il faut le dire. La conception est rôdée, le jeu de piste est engageant. Le tout saupoudré de l’univers riche et excitant d’Assassin’s Creed, sans compter le cadre historique et la mise en scène théâtrale. Il faut savoir que non seulement l’aventure se situe dans un lieu historique celui des Invalides mais qu’elle se vit aussi dans un contexte historique. En effet, la conservatrice du lieu a participé à la conception de l’aventure pour toucher au plus vrai des faits historiques. Tout ça, sans compter sur la découverte de certaines pièces des Invalides qui sont habituellement interdites au public.

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Qu’est-ce qui fait selon vous que l’utilisation de la technologie apporte un plus à cette aventure ?

Je ne suis pas un fervent défenseur de l’usage du smartphone dans les jeux de pistes ; il y a toujours le risque d’un problème de batterie, par exemple. Cependant, en tant que joueur et adepte de la licence, créer un évènement Assassin’s Creed sans tech me paraissait inconcevable. Après tout, il s’agit d’un jeu vidéo à l’origine. La réalité augmentée est un vrai clin d’œil non seulement à la « vision d’aigle » du jeu mais aussi à « l’animus ». Si c’est le cumul de différents éléments qui fait la rareté de cette expérience, la réalité augmentée apporte une valeur ajoutée à l’aventure. On aime tous découvrir de nouvelles choses, avoir de nouveaux jouets, et le smartphone ici ajoute une dimension ludique et interactive supplémentaire.

 

Et qu’avez-vous pensé de l’aventure pour un public initié et non initié ?

C’était un équilibre difficile à tenir puisqu’il fallait plaire aussi bien aux fans de la licence qu’aux néophytes. Le pari est plutôt gagné puisque tout le monde s’y retrouve. Bien sûr, il y a toujours des fans qui veulent encore plus d’éléments de l’univers.

Assassin’s Creed multiplie indirectement et directement les évènements en lien avec son univers. L’expérience du jeu se vit aussi au-delà du jeu à travers les évènements et expériences offertes ici. C’est l’expérience dans l’expérience. Des fans de la licence ont aussi réalisé il y a quelques années un vidéo de Parkour en cosplay d’assassins. Que ce soit des évènements officieux, officiels, ou de sa propre initiative, la licence a réussi le pari rêvé de toute marque de laisser vivre son univers. Comme on plante des graines dans un jardin, elle n’a plus qu’à l’observer pousser et se développer. Mêlant transmédia, storytelling et inbound marketing, Assassin’s Creed qui « fait de l’histoire son terrain de jeu » semble aussi faire de l’IRL son terrain de jeu…vidéo.

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED