Pas de problèmes, que des solutions

Les séries d’anticipation dystopiques ont le vent en poupe : Handmaid’s Tale (stérilité et esclavagisme), The 100 (catastrophe nucléaire) et Black Mirror (la totale des travers des temps modernes). Nous espérons juste que vous résisterez à l’assaut d’un nouvel épisode le temps d’achever la lecture de cet article.

Aujourd’hui neurologues et psychologues étudient les schémas de pensée négative, un réflexe de survie, vestige d’une époque où rester aux aguets signifiait mieux se protéger. Ce que propose l’atelier d’écriture collective Bright Mirror, organisé par Bluenove, c’est de suspendre cet automatisme le temps d’une soirée. Alors ce soir-là, la consigne était d’envisager l’éducation de demain dans toute sa splendeur, vaste programme.

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Alors que la plupart des scénarios futuristes actuels rivalisent en prédictions catastrophiques, imaginer un avenir lumineux sans verser dans la niaiserie est un défi de taille. Techniquement parlant, la tâche n’est pas simple car l’interdiction du négatif, élimine pas mal de péripéties : les révolutions, les épidémies, cataclysmes et malheurs en tous genres. Après quelques conseils pour mettre nos plumes en route, nous filons vers le futur, temps de rédaction 30 minutes chrono. Rendez-vous de l’autre côté le 24 juillet 2050 au petit matin point de départ de chaque micro-nouvelle, lue au groupe à la fin de la soirée.

L’école à la croisée des connaissances

Le jour futuriste se lève, le thème de cet atelier Bright Mirror sera l’école. Nous partons ainsi sur le chemin d’une école réinventée, réenchantée, peuplée d’arbres et d’animaux. Elle s’appelle l’école du Monde, des générations, le programme Agora avec ses implants MOOC, l’Écosystème collectif d’origination de liberté éducative (ÉCOLE) ou même l’exoplanète X28.

L’école en 2050 est pour tous, petits et grands, car il faudra assurer l’adaptation des anciens dépassés par les nouvelles technologies. Ensuite, l’apprentissage est ad vitam à l’instar de la planète « Lifelonglearning » baptisée par Chi Sum et Manon ou le « CFUP » (centre de formation universelle permanente) pensé par Harmony, Mathilde et Laure. Des nouvelles matières ont vu le jour pour consolider les nouveaux axes de compétences. On devient expert en conduite de trains Hyperloop par exemple. Les nouveaux métiers font rêver : psychologue pour robot, philosophe data scientist ou formateur d‘équipage pour mars.

Bright Mirror

La nature, modèle de résilience

La nature partage sa science avec petits et grands, on apprend à lire l’écorce d’arbre ou à communiquer avec les végétaux. L’école fait une avec la nature. Dans l’école de Carine, Marianne et Manon, tandis qu’un arbre à palabres clame l’arrivée de chacun, la construction d’un paradisier se fait par biomimétisme. On organise des semaines sans consommation énergétique intitulées « Bright Nature » dans le récit Constance, Clémentine, Thanh et Jean-Marc. On a mis à jour les matières, l’empathie arboricole de Raphaël et Caroline remplace notre traditionnelle Sciences et Vie de la Terre. Les oiseaux nous racontent leur migration et on s’est même réconcilié avec les fourmis.

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Le changement climatique est toujours une préoccupation ou bien a tenu ses promesses. D’ailleurs, les humains ont migré, sur Mars ou Jupiter. On voit tout de même poindre la triste vision d’une Seine asséchée au travers du filtre positif imposé. Mais on ne s’est pas laissé pas abattre, Pierre et Jenny ont orchestré la construction de fermes urbaines à même le toit des habitations.

L’ultra-connexion bienveillante

Au fur et à mesure des récits, on distingue plusieurs clins d’œil à l’éducation nationale, « Parcours Sup » est passé par là. Nous réparons les failles de notre éducation. On parle d’implants, de processeurs, de puces pour mettre fin au par cœur et révéler l’« intuition augmentée. » En somme, la technologie qui en est à son balbutiement aujourd’hui transforme l’apprentissage.

En 2050, l’école est libérée de sa mission de transfert du savoir. Car l’enfant en est déjà maître par le transfert neuronal de données ou via le téléchargement sur des puces implantées à même notre corps. Avis aux bélonéphobiques, la peur de l’aiguille pour nous autres mortels.

L’éducation devient intuitive grâce à l’intelligence artificielle. Raphaël et Caroline imaginent un cursus sur-mesure, leur invention Edu Care identifie les points forts de chaque enfant pour leur attribuer des matières complémentaires.

Avec toutes ces avancées, l’institution devient un contenant et un lieu de rencontre et d’échanges. L’apprentissage se tourne alors vers autrui : « C’est le but avoué de Nowi : en rendant accessible toute l’information du monde, elle nous laisse le temps d’apprendre à la rendre utile, et nous rendre utile pour les autres » peut-on lire dans la nouvelle de Laura, Clémence et Marion.

On découvre un désir de coexistence harmonieuse avec une technologie bienveillante et sous-contrôle. Anne, Elvire, Angèle, Vincent et Adnan imaginent l’existence d’une école pour former l’IA : l’école Turing. Incarnée par des personnages à part entière, l’IA apprend la logique humaine par le biais des enfants. On entend même parler d’Alexa qui suit une formation à distance grâce à un don de dédoublement.

Bright mirror

La créativité, puissant moteur d’avenir

En 2050 la créativité se fait scientifique et cesse d’être cantonnée à sa traditionnelle position fantasque, en retrait de la réalité. Grâce à l’accessibilité de l’imaginaire via des procédés innovants, l’imaginaire de l’enfant contribue à la réalisation d’une utopie collective. Dans la nouvelle de Luc et Delphine, le schmibouldingue germe dans l’esprit d’un enfant pour ensuite fédérer tout un groupe intergénérationnel. L’objectif de fabriquer une machine volante que le père croyait impossible est atteint avec succès, prouvant que la créativité peut se muer en force fédératrice. La logique adulte est quelque peu mise à mal pour favoriser le développement de la créativité et du questionnement perpétuel dans lequel évoluent les enfants jusqu’à l’âge « de raison ».  L’éducation et l’imagination forment un cocktail instigateur de changement pour le meilleur.

Apprendre à ressentir

Au fil des lectures des nouvelles par leurs coauteurs de l’atelier Bright Mirror, on se rend compte de la grande place des émotions dans la conscience collective. L’optimisme émanerait-il d’une meilleure acceptation des émois de l’enfance, justement ceux que l’on apprend à occulter à l’âge adulte ?

Au sein de mon groupe, nous imaginons une nouvelle matière : la météo intérieure. Celle-ci prendrait le pouls de chaque enfant tous les matins, pour apprendre aux enfants à s’adapter les uns aux autres. D’autres parlent de se consoler d’un cauchemar grâce à un cours qui s’intitule « Améliorer ses rêves ou l’échappée volée » et de faire sonner la trompette à émotions.

Dans un autre groupe, Bettina, Guillaume et Yannig écrivent la puissance de l’empathie, un don que possède leur personnage, Victor. L’histoire de ce mini-superhéros anodin qui sait réparer les choses, que ce soit des humains ou des machines, en dit long sur ce superpouvoir sous-estimé. « Il sait ressentir les émotions des autres… Il a un sens inné pour détecter ce qui ne fonctionne pas, chez les gens comme pour les machines inertes », s’exclame sa maîtresse.  Bref, en 2025 nous serons plus à l’écoute de nous-mêmes ainsi que des autres, cela est certain.

Une citoyenneté ouverte

La dématérialisation, omniprésente dans tous les récits, donne l’accès aux connaissances de toute l’humanité. La géolocalisation est fluide, les robots viennent de Chine pour apprendre les notions humaines. Ce pays si différent du nôtre et qui fait l’objet d’une fascination futuriste répondra présent dans le siècle à venir. Il campe une terre d’origine de technologies avancées et un fabricant de robots hors pair. Certains imaginent même des villes chinoises gérées par des IA, qui elles, viennent se former en France auprès des enfants.  En 2050, la consultation citoyenne fait partie du quotidien et les anciens migrants ont trouvé une place dans la société. D’ailleurs dans le récit de Raphaël et Caroline, il n’y a qu’une seule école par ville afin favoriser la mixité sociale.

Dans la nouvelle d’Alice, Guillaume et Maïté, on repense même la Marseillaise : « Que nos âmes mêlées éclairent nos chemins » remplace la rengaine sanguinaire « Que ce sang impur abreuve nos sillons ». Tandis qu’Orelsan campe un vieux poète plein de sagesse et Mbape officie comme sélectionneur d’une équipe nationale d’handifoot.

 

Si vous ne croyez plus en notre bonne vieille éducation, filez lire ces quelques nouvelles sur la plateforme dédiée. Vous verrez que l’école de demain est multiple et florissante de solutions aux enjeux sociétaux actuels. Un lieu où l’intelligence est à la fois émotionnelle, intuitive, environnementale, solidaire… Et bien sûr artificielle. Ces récits fraîchement sortis de l’imaginaire collectif sont les porte-parole de la pensée positive. Je repars dans la nuit des images d’arbres à palabres et de capsules volantes plein la tête et des étoiles plein les yeux.

Comme disait François Tadei lors de l’ouverture de l’atelier, « nous avançons sur les épaules de géants », continuons ce chemin vers une société bienveillante grâce à nos talents pour l’innovation. Traitez-nous d’éternels optimistes, mais le temps d’une soirée on l’a entrevu ce monde où les enfants connaissent l’épanouissement et un futur plus que lumineux. À vous de jouer : aurez-vous le courage de songer à 2050 avec le sourire ou vous réfugieriez-vous dans un nouvel épisode de la dernière dystopie virale ?

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Je manie le verbe numérique pour partager les bonnes pratiques social media, et les écueils à éviter. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations, avec ou sans connexion, pour mieux vivre le nomadisme digital !