Histoire du cours de couture

Nos grands-mères devaient suivre des cours de couture il y a de cela 60 ans afin d’obtenir leur certificat d’études. Cela faisait partie de leur bagage et de nombreuses femmes se constituaient elles-mêmes leur garde-robe, en même temps que celles de leur famille. Il faut dire qu’à cette époque, le fast fashion n’existait pas encore et pour se vêtir convenablement, il fallait se tourner vers des couturières de talent ou se vêtir soi-même avec ses propres talents. Mais voilà, le vêtement s’est démocratisé après-guerre, les cours de couture à l’école ont peu à peu déserté les classes, laissant la place à des enseignes multinationales de mode et de prêt-à-porter qui ont fait disparaître le sur-mesure, sauf pour la haute couture. C’est toute une génération qui a désappris à coudre, se tournant bien volontiers vers cette nouvelle industrie capable de vêtir tout le monde en un temps record. Résultat ? Nous avons tous quelque chose à nous mettre sur le dos, et ce n’est pas négligeable. Et nous sommes des milliers et des milliers à porter le même manteau, la même robe, le même pantalon, etc., et sommes devenus des enseignes publicitaires volontaires pour des marques aux pratiques de confection parfois douteuses. Et surtout, nous sommes entrés dans un prêt-à-jeter qui dérange de plus en plus les consommateurs.rices. Avec la disparition de ces cours de coutures dédiés aux filles, rappelons tout de même que l’évolution de la société française était bien sûr au rendez-vous et la question de l’égalité des sexes de rigueur.

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Avec l’arrivée d’internet, avec les forums, avec la généralisation de l’ADSL, quelque chose a changé au pays de la couture. Plus besoin de compter seulement sur la grande tante aux goûts un peu surannés pour se lancer de nouveau dans l’aventure. Des milliers de couturiers.ères et amateurs.trices de loisirs créatifs sont désormais présent.e.s pour partager, aiguiller et diffuser leurs propres techniques, leurs propres ouvrages, leurs propres savoir-faire. C’est devenu un grand boom qui s’est emparé du digital, qui est passé du forum aux blogs en passant par YouTube. Vous voulez apprendre à tricoter ? Une vidéo YouTube est là. Vous voulez découvrir comment coudre une manche ? Il y a un tutoriel YouTube pour cela. Vous avez un souci avec une technique de crochet, avec un patron, avec de la dentelle ? La communauté du DIY – comprenez Do It Yourself – est là pour vous aider.

Fais tout toi-même

Lorsque l’on associe DIY, couture et numérique, on pense rapidement à Lisa Gachet, la femme à l’origine de la création du blog Make my lemonade. Ce qui était d’abord quelques tutoriels de papier-carton et des idées déco astucieuses s’est transformé en véritable plateforme de la couture. Avec la naissance de Wear Lemonade, une nouvelle vision de la couture s’est diffusée au grand web (ou au grand jour, comme vous préférez). Lisa et son équipe ne se contentent pas de vous proposer une robe en rouge en taille 38, elle vous propose également le patron de couture qui va avec, pour celle qui préfère faire la robe en bleu et plutôt en 38 en haut et en 40 en bas. Et histoire que tout cela soit plus facile et pour vous accompagner dans la réalisation de ladite robe, Lisa accompagne chaque sortie de vêtement ou presque d’une vidéo YouTube, avec un pas à pas plutôt claire. Voilà déjà trois ans que Wear Lemonade existe, et le succès ne cesse de croître avec bientôt une boutique dédiée. De ce blog qui s’était hissé parmi les plus influents du loisir créatif, Lisa a su créer une marque, un univers, une expérience et donner à de plus en plus de femmes et d’hommes l’envie de se mettre à la couture et au DIY.

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Bien sûr, elle n’est pas seule à s’être lancée dans le monde de la couture en ligne. Citons les grands incontournables, comme Deer and Doe, I am Patterns, Louis Antoinette, Aime comme Marie, République du Chiffon, DP Studio, Named, La Maison Victor, etc. Et pour le tricot, là aussi, de nouvelles marques ont su séduire ces nouvelles adeptes du sur-mesure et du fait main, à l’image de We Are Knitters, Wool and the Gang ou La Réserve design. Leur champ de bataille pour se faire connaître ? YouTube pour certaines et surtout Instagram. Les influenceuses sont là pour venir faire la promotion de ces nouvelles marques de mode, comme Bee Made, Jolies Bobines ou Trendy Tricot, montrant qu’il est possible de réaliser soi-même des vêtements de belle facture et selon ses goûts. Et surtout, ces marques peuvent s’appuyer sur toute une communauté de fidèles ambassadrices, prêtes à partager sur Instagram leurs propres réalisations, sans oublier le bon hashtag.

De l'édition à la télévision

Devant l’engouement des loisirs créatifs sur Internet, les maisons d’édition se sont emparées du filon. Il faut rendre à César ce qui est à César, cela faisait bien longtemps qu’elles étaient justement la référence en matière de loisirs créatifs. Mais voilà, elles ont dû se mettre au goût du jour, regarder de près les tendances digitales, afin de répondre à la demande d’une nouvelle génération avide de patrons et de modèles à reproduire qui soit au goût du jour. Poussées par le digital, elles ont cessé de regarder seulement du côté des expertes en art du fil pour lorgner sur des débutantes, inscrites aux cours gratuits et didactiques de YouTube.

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À côté de cela, les émissions de télé dédiées au DYI ont vu le jour, à l’image de Cousu Main, sur M6, présenté par Cristina Cordula. Après trois saisons, l’émission n’a pas rencontré le public espéré et ne sera pas renouvelée. Cela met plutôt en cause la façon dont a été pensé le programme, pour une communauté habituée aux forums, aux blogs et aux vidéos YouTube. Mais sa création marque bien l’existence d’un phénomène de société. Tandis que les merceries en ligne et autres vendeurs de tissus sur Internet rivalisent avec l’historique marché Saint-Pierre, les salons spécialistes, comme L’Aiguille en fête, et les cours de couture se remplissent de femmes et d’hommes curieux de revenir à une façon plus raisonnée de consommer et de réaliser des vêtements.

C’est assez formidable de regarder la magie d’Internet et surtout la façon dont Internet change notre façon de consommer. Cela part de quelques tutoriels YouTube, qui donnent à des milliers de personnes la possibilité d’apprendre, et de revenir à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, comme le dit la chanson.

 

Alors que la confection de masse était née du besoin des Américains de vêtir rapidement leurs soldats durant la Seconde Guerre mondiale, Internet nous fait rentrer dans un nouveau lifestyle où il devient plaisant de passer 4 heures à coudre une jupe ou 10 heures à tricoter un pull. Tout le monde ne s’y laissera pas séduire, certes, mais dans cet art du slow qui se diffuse petit à petit, le  » slow-à-porter  » pourrait bien avoir de plus en plus d’adeptes.

Aurore BISICCHIA
Aurore BISICCHIA
Conteuse numérique
Cofondatrice des Chuchoteuses, je suis une mordue de l'organisation, une adepte de la communication et un jukebox à mes heures perdues. Amoureuse des arts visuels, je milite pour que la série devienne le 11 ème art et demeure à tout instant passionnée des petits mots comme des grands.