Quoi de neuf, Docteur ?

D’après plusieurs études parues depuis le début des années 2010, nous passerions quatre heures par jour sur nos smartphones. Quatre heures, cela vous parait énorme ? C’est que, parmi les différentes connexions de la journée, il y a aussi celles qui ne durent que quelques secondes (une notification Facebook, un post Twitter, etc.) et qui mises bout à bout, s’avèrent sacrément longues. Rappelons que ce type d’actions répond au symptôme de la « nomophobie », autrement appelé FOMO pour « Fear Of Missing Out ». Ce syndrome a pris toute son importance avec l’avènement de nos intelliphones. Il se manifeste par la peur de rater quelque chose qui nous parait important. Alors que finalement, pris avec du recul, la photo de votre ami Tom en vacances à Venise n’était peut-être pas si importante que cela.

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Pour beaucoup d’entre nous, il est très compliqué de vaincre cette addiction. Il suffit d’une seconde d’inattention, et nous voilà déjà en train de scroller frénétiquement sur Instagram, lançant des likes à tour de bras. Et cela ne nous arrive pas seulement dans les moments de solitude, comme dans les transports mais bien en tête-à-tête avec nos amis. Vous avez sûrement vécu ce moment où votre ami a perdu le fil de la discussion pour errer sur Facebook ? Ce télé-snobage a désormais un nom : le phubbing (contraction de phoning et snunbing).

Alors, la détox digitale, il serait temps de s’y mettre non ?

Keep cool and detox digitale

À tous ceux qui clament qu’ils n’ont plus assez de mémoire pour télécharger une application, et qui par conséquent ne peuvent opérer une detox digitale « active », sachez que votre excuse n’est pas valable. En effet, il existe moult techniques pour se désintoxiquer. Bien sûr, pour les plus vaillants d’entre nous, poser son téléphone dans un coin en silencieux (voire éteint) reste la meilleure solution, mais si vous lisez cet article, c’est que ce n’est sûrement pas votre cas.

On peut tout d’abord commencer par faire un tri dans ses applications, en ne gardant que le nécessaire. Vous me voyez venir, les réseaux sociaux sont la première cause de scrollite aigue. Une fois que le tri est fait, désactivez les notifications (peut-être pas toutes, certes, mais avez-vous vraiment besoin de savoir que 14 personnes participent à un évènement proche de chez vous ?).

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Maintenant, il est temps de brouiller votre cerveau, parce qu’on le sait, la routine tue :

  • Premièrement, changer fréquemment la disposition de vos applications vous permettra d’éviter que votre pouce se dirige naturellement vers votre appli favorite sans raison apparente.
  • Votre cerveau devrait déjà être secoué, mais vous pouvez aller plus loin : le mode noir et blanc. En effet, l’absence de couleurs sur son smartphone rend le tout plus fade (quelle surprise) et donc moins attrayant. De plus, l’appareil en lui-même n’est pas toujours indispensable, il est préférable de le délimiter à des périodes ou des endroits précis.
  • Et si vous avez d’aide pour ne plus être tenté de prendre votre téléphone, il existe la distractagone. Derrière ce nom complexe, se cache une petite boite, sorte de coffre-fort à peine plus grand qu’un smartphone, destiné à conserver ce dernier hors de votre portée pendant une certaine durée. Si vous avez programmé 2 heures sur le timer, impossible de récupérer votre téléphone plus tôt !

Se connecter pour mieux se déconnecter

La volonté, c’est une chose, mais pour surmonter une addiction, nous pouvons aussi avoir besoin d’être aidé. Quoi de mieux pour se dé-digitaliser que… des applications ? Cela peut paraitre farfelu, mais il en existe bon nombre, et certaines se sont fait une place de choix dans le domaine de la detox digitale.

Moment

Pour lutter contre l’appcoolisme, la plus prisée est l’application Moment. Dans un premier temps, l’appli tourne en fond de manière constante pour épier votre utilisation smartphonistique. Tout est comptabilisé, le nombre de fois où vous déverrouillez votre téléphone, où, quand, combien de temps… Une fois le diagnostic fait, vous voilà face à votre vie digitale (âmes sensibles s’abstenir), l’occasion de prendre les mesures nécessaires pour changer votre utilisation du téléphone. Et si voir la vérité en face ne suffit pas, l’application vous propose contre quelques euros des challenges, alertes et autres conseils pour décrocher.

Space

Dans le même genre, on retrouve Space, une application qui passe au crible vos connexions, mais de manière intelligente. Enrichi de neurosciences, Space aide à détecter les applications les plus chronophages, celles qui nous rendent vraiment accros. Le petit plus de Space, c’est le ton, rassurant et sans jugement. Les développeurs sont partis du principe que les applications dont nous sommes accros sont conçues pour l’être, ce n’est donc pas de notre faute si nous sommes dépendants. Un utilisateur Google ira même jusqu’à dire dans les commentaires sur Google Play : « L’appli qui devrait être remboursée par la Sécu ! ».

Timewaste Timer

Comme vous le voyez, ces applications detox digitale ont pour objectif de nous ré-éduquer à l’utilisation des smartphones. Et lorsqu’on parle d’éducation, il y a souvent deux écoles : récompense ou sanction. Pour cette dernière, il existe Timewaste Timer, au slogan évocateur « Punish yourself for wasting your life on Facebook ». Le concept est simple, après inscription, vous serez ponctionné d’un dollar à chaque fois que vous passerez plus d’une heure par jour Facebook.

Hold

Côté récompense, parce qu’ils ne manquent jamais de bonnes idées, ce sont nos voisins nordiques qui apportent une solution plutôt bien pensée. Avec l’application Hold, le temps passé hors ligne est récompensé. Moins vous passez de temps sur votre téléphone, plus vous cumulez des points, qui se transforment en petits cadeaux (à savoir une canette, un café, une place de cinéma, etc.).

Petit BamBou

Si tout cela ne vous suffit pas, ou qu’en plus d’être digital detoxisé, vous voulez être pleinement détendu, dirigez-vous vers Petit BamBou. Ici, vous serez accueilli par un sympathique Sensei au crâne dégarni qui usera de toute sa sagesse pour que vous atteigniez la plénitude, smartphone à la main. Et pour ceux qui souhaite ne plus avoir de contact avec leur téléphone, Petit BamBou a également édité une série de livres sur la méditation.

 

La détox digitale a le vent en poupe, à tel point que même les grands manitous de la tech s’y intéressent. En effet, d’ici fin 2018, Google comme Apple ont annoncé sortir de nouvelles fonctionnalités allant dans le sens de la désintoxication numérique. Shush pour Google et DigitalHealth pour la pomme. Facebook lui-même serait en développement d’un outil pour lutter contre l’addiction… à Facebook. La question est : pourra-t-on vraiment faire confiance à ceux qui nous ont rendus malade ?

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.