Il y a encore quelques mois, vous m’auriez parlé de pollution numérique, je l’avoue, j’aurais probablement pris le sujet à la légère. Nous sommes nombreux à raisonner ainsi, probablement parce qu’il nous est difficile de concevoir que le numérique pollue. Bien sûr, nous sommes sensibilisés à la pollution engendrée par la conception d’un téléphone portable nécessitant certains métaux rares qui appauvrissent l’environnement ainsi que les recharges de batterie consommatrices en énergie. Mais au-delà du produit lui-même, la pollution numérique, c’est aussi toute l’activité en ligne liée à internet et principalement les mails qui sont en cause. Quoi de plus anodin que l’envoi d’un e-mail qui ne nécessite qu’un simple clic, invisible et impalpable ? Pourtant, d’après un rapport de l’ADEME, un mail avec une pièce jointe de 100 Mo consomme autant d’énergie qu’une ampoule restée allumée pendant une heure. Faites le compte : en 2017, 269 milliards de mails ont été envoyés…

Pollution numérique, une prise de conscience progressive

Disons-le franchement aussi, si la pollution numérique n’est pas encore le hashtag chouchou des twittos, c’est aussi parce que les médias parlent encore peu du sujet. Et pour cause, il y a bien quelques études réalisées dans le domaine, mais elles sont encore en nombre insuffisant. C’est ce qu’expliquait récemment Inès Leodarduzzi dans le podcast Génération XX, un témoignage que j’ai trouvé passionnant sur la question de la pollution digitale, soit dit en passant.

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La jeune entrepreneure y explique que lorsqu’elle a voulu s’informer sur le sujet, il lui a été très difficile de se documenter : la pollution numérique engendrée par internet est encore très récente et nous manquons de recul pour fournir une analyse pertinente. Pourtant le numérique va très vite et en 10 ans, le trafic sur internet a progressé de manière exponentielle. Animée par l’envie de donner de l’écho à cet enjeux majeur de notre époque, Inès Leodarduzzi a créé la première ONG entièrement consacrée à la pollution digitale : « Digital for the Planet ».

Faites entrer l’accusé : le mail

Mais au fait, c’est quoi exactement la pollution numérique, et qui sont les coupables ? Nous invitons le mail à comparaitre à la barre des accusés. Le mail, plus écolo que le courrier papier ? La réponse est non. Le mail est clairement le fléau de la pollution digitale. Câbles, data centers, serveurs : pour envoyer un mail, vous avez besoin de tout cela et en particulier d’un espace de stockage des données, qui représente une pollution dite « dormante ». Les data centers représentent près de 10% de la totalité de l’électricité consommée sur le territoire français, toujours selon l’ADEME. Oui, les data centers sont très gourmands en énergie et nécessitent d’être climatisés en permanence. L’autre problème, puisqu’ils sont plusieurs, c’est celui de la pièce jointe : le coût carbone d’un email avec une pièce jointe d’1 Mo est de 19 grammes de CO2.

Heureusement, on ne vous demande pas de vous couper du monde et de stopper tout envoi de mails, en tout cas, pas encore ! Mais il est possible de mettre en place quelques bonnes habitudes qui n’ont rien de compliqué :

  • Vous pouvez par exemple supprimer les mails dont vous n’aurez plus d’usage. Afin de permettre à nos data centers de souffler un peu.
  • Vous pouvez aussi éviter l’envoi de pièce jointe par mail. Un service comme WeTransfer peut tout à fait faire l’affaire. Mais je suis sûre que vous l’utilisez déjà.
  • Si vous avez envie d’aller plus loin, vous pouvez vous aider d’une appli comme CleanFox. La startup de la green tech, qui revendique près d’un million d’utilisateurs, se propose de cleaner votre boîte mail à votre place. Un gain de temps considérable quand on pense que près de 80% des mails ne sont pas lus.

Les tchats professionnels : mieux collaborer et moins polluer

Vous vous sentez prêts à passer la vitesse supérieure ? Le digitalo-écolo qui sommeillait lit ses lignes, avides de bonnes idées ? Optez donc pour un tchat professionnel, beaucoup moins polluant. C’est l’occasion d’adopter de nouveaux usages ! Il paraîtrait même que l’avenir de la collaboration se trouve dans cette nouvelle façon de communiquer. Nous sommes déjà conquis par les réseaux sociaux, et les tchats ont envahi nos vies, qu’il s’agisse de Messenger ou de WhatsApp. Un tchat pour communiquer, même au bureau, est finalement bien plus en phase avec nos habitudes. Qui plus est, le tchat vous permet de hiérarchiser l’information. Vous pouvez par exemple garder l’envoi du mail pour les échanges formels. Mais dès que vous entrez dans un échange informel, le tchat est à dispo.

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Le marché des tchat pro est en plein essor. Vous connaissez probablement Slack qui a permis au service de se démocratiser grâce à sa forte notoriété ? Il en existe pléthores, dont certains proposent d’autres fonctionalités tout aussi intéressantes. Talkspirit par exemple, qui se présente davantage comme une plateforme collaborative où vous pourrez centraliser tous vos échanges et organiser les projets en groupe de travail. L’entreprise aujourd’hui affirme même qu’elle est parvenue à complètement supprimer l’usage des mails en interne. Qui sait, c’est peut-être ça l’avenir ?

Des moteurs de recherche écolo

Et si votre crédo, c’est plutôt d’agir en faveur de la reforestation des territoires, alors il sera peut-être opportun d’opter pour un moteur de recherche responsables. A ce titre, il existe :

  • Ecosia, qui permet de récolter des « arbres » que le moteur de recherche s’engage à planter. L’entreprise allemande ne date pas d’hier. Agissant depuis 2009, elle dit avoir pour objectif de reverser 80% de ses bénéfices à des associations œuvrant pour le reboisement.
  • Lilo, qui distribue des gouttes d’eau à ses utilisateurs, à redistribuer aux associations sélectionnées par le moteur de recherche pour protéger l’environnement.
  • On ne parle pas de Qwant ici, qui protège surtout nos données. Mais ça, c’est encore un autre sujet, qu’on espère aborder bientôt avec vous.

 

Voilà, la prise de conscience digitalo écolo pousse lentement, mais sûrement. Et si les mails et les moteurs de recherche alternatifs ne sont pas pour tout de suite, il est peut-être temps simplement d’éteindre son ordi, pour qu’il vive le plus longtemps possible.

Sophie Comte
Sophie Comte
Conteuse numérique
Je suis convaincue que le numérique s'adresse à tous, et je vous le raconte ici. Egalement cofondatrice et rédactrice en chef de Chut.