On se réveille avec notre smartphone, on s’endort avec un podcast, on se distrait avec une vidéo Youtube, on fait son sport à l’aide d’une application. L’Homme, cet animal de rituels, a trouvé sa nouvelle étoile du berger. Les digital natives qui ont grandi avec la démocratisation du numérique témoignent de l’avènement de ce nouveau style de vie. On définit même sociologiquement les générations selon les technologies : Millenials, Génération X, Y, Z. Pour les plus jeunes, on parle déjà de « génération iPad », un terme qui déchaine les passions. Le débat fait rage : d’un côté, les tablettes permettraient aux enfants d’apprendre beaucoup plus vite et de l’autre, elles les empêcheraient de développer certains aspects comme l’intelligence émotionnelle, l’intelligence relationnelle ou l’empathie.

Délit digital

Mais regardons le problème tel qu’il est vraiment : la question sous-jacente finalement est de savoir si le numérique est mauvais intrinsèquement. Certains comportements abusifs que nous observons sur les réseaux sociaux n’ont rien de nouveau. La différence toutefois est que l’anonymat et le manque de « polis » laisseraient simplement libre cours à un flot continu et non filtré de mots reconnus comme déplacés voire illégaux IRL (In Real Life). Les réseaux sociaux sont un nouvel espace et notre société est encore en train d’en établir les règles et les codes. La récente Loi sur la protection des données, akka RGPD, en témoigne. Tout est encore neuf et à faire, à l’image de YouTube, qui ne sanctionne que depuis peu certains commentaires sensibles : incitation à la haine, sexisme, homophobie, appel au viol, etc. Le réseau fournit quelques outils pour aider les propriétaires de chaines. Il existe notamment un moyen d’interdire certains mots en commentaire, en d’autres termes de « modérer » les injures et propos haineux pouvant ainsi être filtrés en amont.

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Au-delà de la modération de contenu, il y a un vrai rôle éducatif à mettre en place sur la façon d’utiliser les réseaux sociaux, pour la simple et bonne raison qu’ils peuvent nous mettre en danger. On évitera ainsi de partager certains contenus personnels : papiers d’identité, numéro de carte bleue, photographie dénudée, adresse postale, etc. les usurpateurs d’identité, hackers et autres catfishs n’étant jamais bien loin. Les délits et criminels ne sont pas si différents de la vraie vie, ils ont juste une nouvelle plateforme pour sévir.

tablette

Le double effet kiss cool du numérique

Se méfier de nos smartphones, tablettes, ordinateurs, oui ! Mais sommes-nous toujours en totale capacité de nos moyens, quand on sait qu’il est aujourd’hui prouvé que les réseaux sociaux par exemple jouent sur notre chimie ? Paul Zak, neuroéconomiste, a découvert que pour 10 minutes passées sur les réseaux sociaux, le niveau d’oxytocine, l’hormone dite du bonheur, monte à 13%, soit l’équivalent du niveau détecté chez certaines personnes lors de leur mariage. Quant à la dopamine, elle rentrerait aussi en action lors de l’usage des réseaux sociaux. La dopamine, souvent appelé l’hormone du plaisir, est stimulée lors des petits plaisirs comme manger quelque chose de sucré ou lors d’un achat compulsif. Et apparemment Twitter est la nouvelle addiction en vogue puisque selon une étude, il serait plus difficile de s’empêcher de tweeter que de fumer ! Si ces hormones envoient des signaux positifs à notre cerveau, on comprend aussi pourquoi le numérique peut rendre accro. C’est le double effet kiss cool du numérique.

Les bien-faits d’une détox digitale

En parallèle, l’entreprise Kovert Design a récemment réalisé une étude sur les comportements d’un panel de personnes lors d’une digitale detox afin d’en analyser les effets. Verdict ? La concentration nous fait grand défaut lorsque l’on a un smartphone à proximité. L’étude nous dévoile que la digital detox a permis à chacun de créer des liens plus forts çar ils étaient attentifs. Elle a aussi permis de développer des amitiés en créant des souvenirs autour de questions sans réponses que Google aurait eu vite fait d’éclaircir d’un ton académique et sûr. D’un point de vue santé, la digital detox a permis de mieux dormir puisque l’absence d’écran bleu et plus spécifiquement juste avant d’aller se coucher a permis une meilleure qualité de sommeil. L’absence de distraction a aussi encouragé le panel à penser à sa vie et à ce qu’ils voulaient en faire, les activités qu’ils voulaient entreprendre de nouveau. Bref, ils ont pris du temps pour eux et leur projet de vie. La digital detox a ainsi apporté de se recentrer sur eux et les autres, de remettre les relations humaines au cœur des échanges et de façon plus profonde.

Détox digitale, le b.a.-ba

Smartphone, internet, tablette, réseaux sociaux, accessoires de FitBit, Apple Watch. Tous ces objets nous suivent partout, que ce soit par leur portabilité ou parce qu’on ne peut plus s’en passer. Parfois même, malgré notre volonté ! Ne serait-ce donc pas là un signe d’une relation abusive entre eux et nous ? Et si on posait nos limites ? Et quoi de mieux qu’une petite digital detox pour désamorcer une relation toxique !? Si vous pensez que ce n’est pas pour vous ou que vous ne pouvez pas vous le permettre à cause de votre travail, arrêtez tout ! Si Ed Sheeran l’a fait, tout le monde peut le faire. La star a en effet opté pour une détox radicale. Il a commencé par déserter son compte Twitter notamment à cause du bullying, sharing et autres critiques négatives constantes, des comportements abusifs décuplés sur les réseaux qui atteignaient son moral. Aujourd’hui Ed Sheeran n’a plus de téléphone et effectue ses échanges uniquement par mail en se servant de son iPad à des moments fixes. Quand il se lève, sa première pensée est simplement de prendre son petit déjeuner. Il est ancré dans l’instant présent.

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Pour les débutants qui ne savent pas par où commencer et qui ne veulent pas opter pour un changement radical, voici une petite liste non exhaustive de choses simples à mettre en place au début :

  • Coupez ses notifications de smartphone (pas vu, pas tenté !)
  • Déterminez le temps que vous allez passer sur votre téléphone (réseaux sociaux, informations, mails…),
  • Rétablissez la frontière vie privée/ vie professionnelle : pas de mails après une certaine heure le soir et pas de mails le weekend
  • Remplacez les séances de scrolling interminable par une autre activité : celle que vous n’avez jamais le temps de commencer et qui vous fait envie.

Et pour les plus accro qui ont besoin d’accompagnement, il existe des applications digital detox qui permettent d’aider à se réguler. Mute permet d’établir des objectifs précis à atteindre et vous avertit de vos grandes et petites victoires : 3h sans téléphones par exemple ! Et comment ne pas mentionner Freedom et AntiSocial qui portent ici bien leur nom et qui permettent de se déconnecter jusque plusieurs heures et de choisir quels logiciels ou applications bloquer pour ne pas être tenté. Elles ont permis à de nombreux Freelance de combattre leur procrastination et de gagner en productivité.

 

La connectivité est partout dans un monde où il n’y a plus besoin de fils pour rester branché. Dans ce contexte, la digital detox régulière, ponctuelle ou saisonnière, n’est plus un énième concept à la mode, elle s’inscrit dans une recherche d’équilibre, une recherche du temps perdu.

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED