Le nuage ? Le machine learning et l’automatisation des tâches à faible valeur. Les pronostics vont bon train sur l’intelligence artificielle. Quels seront les secteurs victimes de son passage ? L’innovation représente autant un soulagement qu’un danger pour nombre de travailleurs virtuels. Pour faire preuve de résilience face à l’impitoyable enfant terrible de R2D2, la réponse se cache dans la connaissance, aussi intellectuelle qu’émotionnelle et culturelle. Car c’est en tant que diffuseurs de savoirs que les digital nomades se sauveront de l’obsolescence programmée.

Les hubs, ces champs des possibles

Une grande métamorphose se prépare au sein de la « gig » économie, vaste terrain de jeu des digital nomades. Comment accueillir ce changement sans perdre pied ? En marchandant la connaissance comme une précieuse commodité.

Au cœur de l’action, les lieux de brassage, et autres « digital hubs », auront leur épingle à tirer du jeu. À condition de jouer les bonnes cartes, car l’antidote se compose à la fois de savoirs et de qualités humaines. La dimension humaine dans toute sa complexité devient l’arme de choix face aux enjeux de l’innovation.

Véritables lieux de rencontre dédiés à la productivité, les coworkings réunissent une diversité de profils et décloisonnent les métiers. On sympathise en comparant les outils de travail et en partageant les galères du côté sombre du nomadisme. Puis, si le courant passe, on se refile le contact d’un comptable sous la parka ou un code promo pour la dernière appli que les early adopters s’arrachent. Si match il y a, on finit même par travailler ensemble. Ces lieux de convergence des savoirs, riches en ébullition intellectuelle, sont précieux. Qui sait, la prochaine licorne naîtra peut-être entre un flat white et une multiprise partagée ?

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Les chiffres le confirment : sur seulement deux ans, la France a vu une progression de 80 % des espaces de travail collaboratifs. Encore plus fort, dans 5 ans ceux-ci constitueraient 10 à 20 % des espaces de travail sur notre territoire. L’immobilier des bureaux s’envole, si bien que des acteurs à la pointe du marché, comme le groupe Accor Hotels, n’ont pu résister à ce juteux créneau.

Innovation et digital nomades, les meilleurs ennemis

L’économie collaborative, terre d’origine des espaces de coworking, se base sur la notion d’efficacité collective. Défiés par la vulgarisation du machine learning, les digital nomades devront se montrer encore plus agiles. C’est l’occasion pour un nouveau moteur économique de se mettre en marche, celui de l’échange des connaissances. Par ailleurs, c’est aussi une chance pour l’ascension sociale de mettre du vent dans ses voiles, là où l’éducation et l’inclusion ont failli à leur mission.

Comme la connaissance fleurie là où on l’entretient, les espaces de cotravail sont de véritables pépinières à idées. Tout comme une société impulse son développement par la valorisation du savoir. Effectivement, ils matérialisent une pensée, une démarche socioculturelle hors les murs, et de l’éternel métro-boulot-dodo. Comme dans un hackathon permanent, le travailleur numérique est constamment dans l’adaptation pour rester pertinent. Les occasions d’exposition à des compétences distinctes et la résolution de problématiques nouvelles se succèdent à haute fréquence.

Pour étendre ses horizons et sortir des sentiers battus, on s’appuie sur un réseau étendu, construit au rythme de ses vagabondages. Dans cette démarche, les travailleurs nomades profitent de la diversité de leur entourage pour appuyer sur l’accélérateur professionnel, ventre à terre. Les complémentarités au sein d’un réacteur puissant feront sans aucun doute partie de la réponse. Appartenir à une communauté de travail aux mêmes ambitions conforte et propulse vers l’avant, même face à une prise de risque. Au cœur de ce fertile terreau germent quelques solutions à la crise existentielle des métiers du digital.

Faire fleurir les idées en coworking

Brad Huchteman via Unsplash

L’intelligence collective : vecteur sociétal

Pour mieux comprendre la psychologie du digital nomade, une étudiante de la KTH Industrial Engineering and Management à Stockholm, Julia Haking, s’est envolée pour Bali, ce haut lieu de migration numérique. Sur cette terre sacrée à la fois bohémienne et ultra connectée, elle aperçoit la lueur d’une société dans laquelle la connaissance fait office de monnaie d’échange.

Ici on ne choisit pas son carré d’open space, mais plutôt l’ambiance, car chaque lieu confère une atmosphère particulière. Sur l’île des dieux, le pionnier du coworking, Hubud, propose un climat à la fois pro et spirituel avec vue sur les terrasses de riz d’Ubud. Tandis que le plus jeune Dojo annonce une formule surf, fun et boulot. Esprit communautaire festif assuré.

Au sein de cet environnement hybride qui confond travail, socialisation et loisirs, Julia Haking pose des questions pertinentes. Le développement professionnel est-il soutenu et encouragé ? Oui. Existe-t-il une émulsion particulière qui pousse les travailleurs virtuels à s’accomplir ? Absolument. Bien, quid des digital nomades indonésiens ? Inconnus au bataillon. Ceux qui se ressemblent s’assemblent donc…

Quand un digital nomade délocalise sa connaissance, il devient une source d’apprentissage ambulante pour ceux qu’il rencontre sur son chemin.

Pollinisation des savoirs

Le world wide web a fait cadeau de nouvelles possibilités professionnelles facilitant l’ascension sociale. La virtualisation de la connaissance depuis 1980, et plus récemment la « gig » économie, ont fait la courte échelle à bien des talents marginalisés : les parents au foyer, les aidants, les retraités, les étudiants et les pionniers du digital nomadisme.

Quand un digital nomade délocalise sa connaissance, il devient une source d’apprentissage ambulante pour ceux qu’il rencontre sur son chemin. Son savoir, ses compétences clés et ses bonnes pratiques en deviennent plus accessibles, autant pour la communauté locale que pour les compagnons de route. De la même manière, les ateliers proposés par certains digital hubs et plateformes en ligne, permettent de monter en compétence tout en profitant de sa géolocalisation changeante. On devient maître de sa propre formation professionnelle. Ne manque que les fameux soft skills.

Pollinisation des espaces de coworking

Rebecca Oliver via Unsplash

CQ 2020

Parmi les compétences clés en 2020, le World Economic Forum a relevé : la résolution de problématiques complexes, la pensée critique, la créativité, la coordination avec autrui, l’intelligence émotionnelle et la souplesse cognitive, c’est-à-dire la capacité à intégrer des intelligences diverses sur un temps court. Ce ne sont là que des compétences acquises par l’ouverture aux autres.

Non plus un simple couteau-suisse, le digital est aujourd’hui un état d’esprit composé de cultures qui se différencient géographiquement et socialement. On attend aujourd’hui des digital nomades qu’ils manient l’adaptation avec verve. Car après tout, la découverte de soi ne s’effectue-t-elle pas par l’apprentissage de l’autre ? La tendance au développement personnel est passée par là.

Forte valeur montante sur le marché du travail, l’intelligence culturelle — CQ pour les intimes — se compose de connaissance culturelle, métacognition culturelle et compétences interculturelles. Elle rejoint l’intelligence émotionnelle, autre ingrédient de la précieuse potion magique du capital humain. Ambiance Eat, Pray and Love.

La beauté, mais aussi le sort, du progrès des infrastructures technologiques et la tendance sociale, font de chaque recoin du monde le home sweet home potentiel d’une armée de baroudeurs numériques. C’est le choc des cultures assuré, pour le meilleur et pour le pire. Malheureusement et contre toute attente, l’inclusion n’est pas forcément au rendez-vous. Pourtant, rien de tel qu’un cocktail de profils hétéroclites pour animer la pensée collective.

Place au Cogiving

L’innovation technologique et les outils collaboratifs portent les relations professionnelles à distance à leur paroxysme. Malheureusement ils connectent si bien ceux que des continents séparent, qu’ils ont mis en danger les liens locaux et l’interaction sociale de proximité — IRL en fait. C’est pourtant d’ordre prioritaire puisqu’inviter les talents isolés à s’exprimer, et à leur tour monter en compétences, construit une communauté globale prête à répondre au défi du changement.

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Après le coliving et le coworking, place au cogiving. On y voit un bénévolat augmenté, une participation adaptée aux besoins du terrain. Ce concept se nourrit de la communauté croissante de digital nomades. Prenons l’exemple de Dojo Bali qui lors d’un hackathon l’année passée avait réuni près d’une centaine de digital nomades 2017 pour plancher sur des solutions viables aux problèmes sociétaux sur l’île de Bali. Forte de cette expérience, ce printemps la communauté a rassemblé des développeurs et codeurs autour d’un impactathon. Une application a vu le jour pour aider une communauté locale à optimiser ses déchets. Elle est à présent utilisée pour suivre la progression au quotidien, le tri des déchets et les coûts de traitement. Elle permet aussi de générer des données pour montrer l’impact du projet à la communauté locale et fédérer le public.

Les voyageurs travailleurs ne chassent pas que les étés indiens, ils partent aussi en quête d’une aventure humaine. Quand le courant passe, les digital nomades partagent leur savoir en échange d’un accueil et une ouverture sur le monde qui les nourrit à son tour. Les lieux de convergence, plus qu’une connexion automatique au wifi, deviennent une véritable plaque tournante des savoirs. Instaurer un apprentissage à double sens, et plus en profondeur, dessine un cercle vertueux pour mieux appréhender l’innovation, peu importe l’hémisphère vers lequel on s’envole.

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Je manie le verbe numérique pour partager les bonnes pratiques social media, et les écueils à éviter. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations, avec ou sans connexion, pour mieux vivre le nomadisme digital !