Donner en faisant ses courses

Plus besoin de remplir des dizaines de papiers ou d’envoyer des chèques pour donner des sous à votre association préférée. L’histoire de Microdon démarre alors que Pierre-Emmanuel Grange débarque au Mexique pour une mission. Sans maîtriser l’espagnol, il répond «  » à la caissière du supermarché et voit alors le montant de son ticket de caisse arrondi en faveur d’une œuvre caritative. Amoureux du concept, le nouvel entrepreneur l’emmène alors dans ses valises jusqu’en France et lance Microdon. « Donner un peu, plus souvent », tel est le motto de cette entreprise qui souhaite faire du don digital, une simplicité.

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Innovant, Microdon propose plusieurs dispositifs. Le plus connu d’entre eux est sans doute L’arrondi qui permet, dans plusieurs enseignes, d’arrondir son ticket de caisse à l’euro supérieur. Pour le fondateur de Microdon, « payer une somme ronde, c’est presque inscrit dans le subconscient collectif ». Pourquoi alors s’embarrasser de quelques centimes s’ils peuvent servir à une bonne cause ? Testé en 2013 pour la première fois dans deux enseignes parisiennes de Franprix, L’arrondi faisait état en 2017 de plus de 2000 magasins partenaires et œuvrait pour une centaine d’associations. Et cela marche même pour les salariés où il est également possible de faire l’arrondi sur leur fiche de paie, dans certaines entreprises.

Plus besoin de monnaie pour la quête

L’église restait jusque peu l’une des grandes délaissées de l’ère digitale. Dans certains pays, dont la France, les dons recueillis lors des quêtes représentent sa principale source de revenus. Et ce sont bien sûr des pièces ou des billets qui tombent dans les paniers en osier.

Depuis 2016, l’application Givt souhaite révolutionner les dons en église. Les créateurs de cette start-up déploraient en effet que le paiement digital, pourtant si simple, n’atteignait pas certaines formes de don. Le but de Givt est donc de rendre le don plus facile. En téléchargeant l’application, le donneur n’a qu’à se connecter au « sac de récolte » ou scanner un code QR. Le don reçu par l’application est envoyé directement, simplement et anonymement.

Une réussite ? Plutôt ! Après seulement deux ans d’existence, Givt avait déjà 130 églises partenaires et permettait plus de 3000 dons digitaux… par semaine. Le montant moyen des dons en église aurait même augmenté depuis le passage au digital.

Des artistes de rue ultra modernes

Vous est-il déjà arrivé de rester bouche bée devant ce jeune guitariste plein de talents au coin d’une rue ou en écoutant cette chanteuse à la voix d’ange qui faisait frémir les passants, sans avoir une petite pièce à leur donner ?

Direction Londres, ville qui regorge d’artistes de rue en tout genre. Depuis les funambules de Covent Garden aux musiciens d’Oxford Street, la capitale britannique abrite bien des talents. Mais quel avenir pour ces derniers si le cash vient à disparaître ?

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En 2015 déjà, « The Busking Project » avait lancé son application BuSK qui permettait de faire de petits dons aux buskers, les artistes de rue tels qu’ils sont nommés en Grande-Bretagne. En mai 2018, le maire de Londres Sadiq Khan, soucieux de protéger les talents qui habitent sa ville, lance un système de paiement sans contact qui permet de payer par carte ces travailleurs comme les autres.

Pour la musicienne Charlotte Campbell, interviewée par le journal anglais The Telegraph, il s’agit d’une parfaite opportunité pour les artistes comme elle de « s’adapter à un futur sans argent liquide ». Quelques mois après, que le projet a pris forme, Campbell remarquait déjà que la mesure avait « un impact significatif » sur les dons qu’elle recevait.

Les sans-abri d’Oxford en mode 3.0

Mais un monde sans argent affecte aussi et surtout une catégorie de la population des plus vulnérables. Il serait difficile d’aborder le sujet du don sans parler des personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Qu’en est-il de leur survie dans un monde où l’argent liquide disparaît peu à peu ?

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C’est également chez nos amis anglais qu’est née en 2017 Greater Change. Regard vif et frimousse d’ange, c’est le jeune Alex McCallion — passé par la brillante université de Oxford — qui a décidé de lancer cette application au service des plus démunis. Grâce à celle-ci, il est alors possible de scanner un code QR détenu par les sans-abri, ou de trouver directement leur profil sur l’app et de leur verser un don du montant de son choix. Pour ceux-ci, c’est également un moyen de ne pas porter directement de l’argent sur soi et de courir ainsi moins de risques de se faire racketter.

Mais Greater Change ne s’arrête pas là et se donne également une véritable mission sociale : briser la stigmatisation autour des personnes vivant dans la pauvreté. Vous avez souvent hésité à donner sans savoir comment votre argent allait être utilisé ? Grâce à cette application, il est désormais possible de connaître les « saving goals » de la personne à qui l’on fait un don. On peut ainsi consulter le profil d’Alice qui souhaite s’acheter quelques meubles pour vivre dans un environnement sain avec ses enfants, être prise en charge pour son cancer et recommencer à travailler après sa guérison. Le don est alors versé à une charity qui aidera chacun d’eux à atteindre leur but, et retrouver plus tard une vie normale. Et ça marche ? Il semble que oui. Sur la page d’accueil du site, on lit par exemple l’histoire de Joe, qui ne vit désormais plus dans une tente, mais loue un appartement et a même recommencé à suivre des cours à l’université.

 

Comme dans de nombreux domaines de la vie quotidienne, le digital s’adapte au changement de notre époque. Aujourd’hui, par le biais d’applications mobiles ou de « micro dons », même sans monnaie, on invente de nouvelles façons de donner.

Camille Letourneur
Camille Letourneur
Plume globe-trotteuse
Quel meilleur endroit que le web pour que les idées voyagent ? Des tweets d'actualité aux pièces de théâtre psychédéliques, je chuchote surtout quelques articles pour d'attentives oreilles numériques.