L’affichage classique 

Il est par définition un média urbain. Celui qu’on ne peut éviter, même équipé de la dernière mise à jour Ad Block. Il jonche les villes au travers de différents formats : arrêts de bus, 4×3, façades d’immeubles et j’en passe. Il est le support de centaines de messages que nous recevons chaque jour dès lors que nous quittons nos logements pour une bouffée d’air pollué. Support à qui le badaud moyen accorde 3 secondes d’attention si rien de plus palpitant n’a lieu aux alentours. Sachant cela, un bon affichage se doit d’être clair, concis, et le plus eye-catching possible. Et éventuellement, éviter d’utiliser la chair comme seul pouvoir d’attraction.

Pourquoi digitaliser l’affichage ?

La raison la plus ostensiblement logique serait : pour s’aligner sur les usages. L’image animée fait partie de notre quotidien et attire naturellement notre attention, on en mange à toutes les sauces et ça par tous nos écrans. Mais au-delà de ça, plusieurs raisons tacites font pencher la balance du côté digital. Outre les 163 millions qu’a rapporté le DOOH en 2018 (selon les chiffres du bump [Irep + Kantar Media + France Pub]), digitaliser l’affiche c’est l’affranchir de son inertie, l’unique contenu exposé n’a pas à attendre deux semaines pour être remplacé.

Ces panneaux sont aujourd’hui près de 12 000 sur le sol français, ils diffusent des contenus d’une dizaine de secondes qui se succèdent tout au long de la journée, donc une démultiplication des ventes d’espaces, sans besoin d’intervention physique sur la borne #automatisation. Aussi, chaque contenu n’a pas la même pertinence selon l’heure et selon qui y est exposé, les nouveaux panneaux sont donc programmables pour qu’à l’heure où la population la plus sensible à un certain type de messages est fortement exposée à un panneau, ce panneau puisse afficher du contenu ad hoc. Tout ça grâce à de la data.

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Affichage digital de British Airways, en interaction directe avec le ciel.

Qu’en pensent les gens ? 

Non étonnamment, les panneaux digitaux sont considérés par beaucoup comme une agression publicitaire supplémentaire. Avec tout le bon/mauvais que peut y ajouter la technologie. Peut-être que certains y voient un début de l’ère publicitaire montrée dans certains films de science-fiction, où des hologrammes 3D de 4 mètres ou plus vous invitent dans l’énième bar à chicha d’une galaxie très lointaine. Les consommateurs méfiants qui, de base, n’étaient pas fans des affiches papier ne sont pas plus fans de la propagation des affiches digitales.

Sans parler des antipubs qui eux dénudent les abris bus régulièrement. Déjà que 62 % des Français trouvent les publicités digitales trop intrusives (Source : Étude Media Impact de CSA Research), ce sentiment est sûrement voué à empirer.

 

Pour réduire ce sentiment d’intrusion, ne faudrait-il pas réduire les zones d’affichages publicitaires dans les villes ? Il ne s’agit pas d’en faire disparaître la publicité, mais de faire en sorte que celle-ci propose une expérience qui s’inscrit dans le paysage urbain, sans le polluer. Les architectes de la ville de demain ont-ils pensé seulement à une ville sans pub ou dotée d’une publicité alternative, qui enrichirait l’expérience du passant, au lieu de la réduire. C’est certainement cela aussi, la smart city.

Christophe Rédempteur
Christophe Rédempteur
Millénial affranchi
Être de chair et de mots, j’ai troqué mon sang contre un stylo bic. 
Marchand de cerveaux disponibles. Dramaturge.