Quel amoureux de la manette n’a pas un jour rêvé d’être payé à jouer à son jeu favori ? Ce serait mentir de dire que cela ne m’a jamais traversé l’esprit. Mais à voir la maîtrise des professionnels dans la pléiade de vidéos sur internet, autant dire que mon niveau est à des années-lumière des stars de Call of Duty, Overwatch ou League of Legends. Eh oui ! Pour les novices en la matière, l’e-sport n’est pas uniquement réservé aux répliques de sports traditionnels comme FIFA ou NBA 2 K. On y retrouve les inévitables jeux de tir, mais également de stratégie, de cartes et bien sûr de combat comme le bon vieux Streetfighter. De quoi toucher un large public de plus en plus nombreux d’année en année.

Bientôt Mario président et Lara Croft en première dame

Certes vous êtes en train de vous dire que Mario a bien de la chance, mais qui ne connaît pas ces icônes du jeu vidéo ? Les progrès d’Internet avec l’arrivée de la fibre ont entraîné une hausse de la qualité et surtout de la rapidité des jeux en réseau. Ils ont connu un engouement considérable, en témoignent le petit dernier Fortnite et ses 150 millions de joueurs dans le monde. Dans un contexte où près de la moitié des Français s’adonnent régulièrement aux jeux vidéo, l’e-sport se développe comme un poisson dans l’eau. Ils seraient un sur dix à assister à des compétitions d’e-sport sur Internet, soit un total de 5 millions d’adeptes aux sports électroniques. C’est en tout cas les résultats d’une enquête de Médiamétrie publiée le 25 septembre 2018. Des chiffres impressionnants qui révèlent la montée en puissance d’un phénomène qui passionne les foules.

Cette étude commandée par l’association France e-sports regroupe néanmoins aussi bien les passionnés que les grands occasionnels. Toute personne ayant visionné une confrontation entre deux joueurs ne serait-ce qu’une seule fois dans les douze derniers mois se voit intégrer dans les chiffres.

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Les réels pratiquants d’e-sport sont recensés au nombre de 931 000 en France à la rentrée 2018. Et bien que l’étude cumule la faible quantité de joueurs professionnels avec le plus grand nombre de joueurs ayant effectué de rares compétitions, l’augmentation atteint tout de même 10 % depuis 2016. Elle témoigne d’un intérêt grandissant pour les nombreux jeux qui se démarquent à travers les diverses compétitions d’e-sport. L’étude permet également de casser le cliché du geek à lunette de 13 ans derrière son écran. Parmi ses amateurs, 49 % sont âgés de plus de 35 ans et sont issus de catégories socioprofessionnelles aisées. Une donnée importante qui permettra aux organisateurs d’évènements d’attirer plus de sponsors autour du phénomène e-sport et de favoriser son expansion.

Lâche la manette, je vais te montrer comment on fait…

Si un joueur d’e-sport n’arbore pas nécessairement les facultés athlétiques d’un champion de basket, il possède néanmoins de nombreuses qualités. Il affiche de remarquables réflexes et doit être capable de prendre des décisions en un temps record, tout en communiquant parfaitement avec ses coéquipiers. Ça vous paraît simple ? Je vous défie d’essayer. Les professionnels sont d’une telle rapidité d’exécution que cela semble irréel. Véritablement impressionnants, les influenceurs en la matière font un tabac en publiant leurs vidéos sur YouTube ou Twitch. Le site e-sport earnings classe les meilleurs joueurs de la planète en fonction de leurs gains. Le meilleur joueur français, Richard Papillon apparaît à la 125e place.

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Car le monde professionnel de l’e-sport se démocratise de plus en plus. Les compétitions se développent à travers tous les pays et on voit même l’émergence d’écoles spécialisées. Les « cashprizes » peuvent atteindre 30 000 € comme à l’e-sport world convention de Metz début septembre. Mais les primes accordées à l’équipe gagnante des plus prestigieux championnats aux États-Unis peuvent atteindre jusqu’à 6 millions. En Asie, certains billets pour assister aux matchs les plus attendus peuvent se vendre jusqu’à 1500 € au marché noir. Rien d’étonnant donc à voir la Ligue de football professionnel lancer un championnat de e-Ligue, tandis que vient de naître la première équipe de France de football d’e-sport.

 

Côté performance, les Français se débrouillent de mieux en mieux, même s’ils sont encore loin des Coréens qui dominent la discipline depuis plusieurs années. Dans une ambiance de folie à l’Espace Grand Arche de La Défense, l’équipe de France a terminé première des qualifications pour les quarts de finale de la coupe du monde d’Overwatch. Avec des places vendues en seulement quelques minutes, le résultat était à la hauteur de l’évènement et retransmit en direct sur la chaîne Twitch devant des dizaines de milliers de spectateurs. Prochaine étape le 2 novembre à Anaheim aux États-Unis pour les phases finales durant la Blizzcon.

Sur le jeu League of Legends, l’un des plus emblématiques, l’équipe française GamersOrigin a décroché la victoire lors de l’ESWC de Metz. Ils ont malheureusement échoué en quart de final une semaine plus tard aux European Masters Summer 2018, remportés par les Espagnols de MAD Lions. Pas de doute qu’ils reviendront plus forts l’année prochaine.

À quand le Usain Bolt de la manette au JO ?

Les jeux asiatiques se sont déroulés du 25 août au 1er septembre et ont vu les premières médailles d’or décernées dans la catégorie e-sport en tant que sport de démonstration. Un premier pas qui lance le débat sur l’apparition de l’e-sport comme discipline officielle en vue des prochains Jeux olympiques. Cependant, le président du CIO a clairement affiché son refus de voir apparaître des jeux violents lors d’une conférence de presse début septembre. Une intervention qui n’est pas sans rapport avec la tuerie de Jacksonville qui s’est déroulé au cours d’un championnat de jeu vidéo dont l’auteur faisait lui-même partie. Thomas Bach avait alors expliqué : « Les jeux de tuerie sont contraires aux valeurs olympiques et ne peuvent donc pas être acceptés. »

Espérons que cette récente prise de position n’entache en rien l’intégration de l’e-sport comme une véritable activité sportive. Les Jeux olympiques de Paris 2024 pourraient encore voir certains jeux en compétition pour une démonstration hors programme.

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Le 23 septembre dernier, en plein match de football du championnat suisse, un collectif de supporters nommé les Ultras Bernois s’est opposé à la création d’une ligue d’e-sport. Une pluie de balles de tennis et de manettes PS4 taguées d’injures s’est alors abattue sur le terrain. Il est clair que l’e-sport compte encore de nombreux détracteurs. À l’exemple des Ultras Bernois, beaucoup ne le voit pas comme un véritable sport. Ils estiment qu’il s’agit d’un frein à l’épanouissement des enfants qui restent devant leur écran plutôt que d’aller faire du vrai sport avec leurs amis. Il est certain qu’on se muscle plus en faisant du foot à l’extérieur que sur console. Quant à se faire des amis, la différence me paraît discutable. Quoi qu’on en dise, l’e-sport gagne du terrain dans le temps libre et le cœur des Français de tout âge.

 

Rien qu’en France, le business de l’e-sport a généré près de 22 millions d’euros de recettes en 2017. Un chiffre qui classe l’hexagone en 3e place européenne et montre bien que les compétitions de jeux vidéo ont encore de belles années devant elles. Et vous c’est quoi votre jeu favori ?

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.