L’ebook n’est pas prêteur, c’est là son moindre défaut

La technologie e-Ink permet de s’approcher du format papier en confort de lecture, toutefois, le plaisir de tourner une page n’est pas le même. D’autant qu’il est souvent agréable de tenir en mains un livre dont on apprécie la lecture, comme une façon de garder les mots et les émotions associées près de soi. Mais au-delà de la sensation de lecture, l’ebook déçoit également sur d’autres facteurs clés. En effet, bien souvent, un livre peut avoir une seconde vie, voire une troisième ou une quatrième. Il peut faire le tour d’une famille, d’un groupe d’amis et s’échanger de mains en mains, dans un cercle vertueux de lecture. Mais voilà, sauf à prêter votre liseuse à vos proches, un ebook, cela ne se prête pas vraiment. Et si vous avez une liseuse Kobo, mais que votre ami ou sœur à une liseuse Kindle ou un iPad, vous allez souvent vous retrouver devant un sacré problème de compatibilité.

Par contre (petite cerise sur le gâteau du géant Amazon), si vous avez un kindle et que votre ami a un kindle, sachez que vous pouvez lui prêter un livre, pendant une période de 14 jours. Attention, cela ne vaut pas forcément pour tous les livres du catalogue, et les maisons d’édition françaises rechignent encore à se plier au jeu de l’emprunt. Quant aux autres liseuses, l’option n’est pas du tout disponible pour l’instant. C’est que les autres enseignes ne sont pas prêteuses. Certains éditeurs, à l’image de Bragelonne, proposent toutefois de seulement tatouer leurs ebooks, plutôt que de les verrouiller via DRM. Le tatouage donne la possibilité de retrouver l’acheteur originel d’un livre en cas de piratage ou de partage massif. Pour le tatouage, cela veut dire que le fichier acheté contient votre nom et votre prénom (on peut donc vous retrouver et vous poursuivre si besoin), tandis que le DRM bloque tout bonnement la copie du livre numérique.

Emprunter un ebook en bibliothèque, c’est possible !

Heureusement, face à ce marché de fourmis peu partageuses, de plus en plus de bibliothèques ont décidé d’entrer dans la danse du prêt de livre numérique. Comment cela fonctionne ? Comme pour le livre papier, les bibliothèques achètent un catalogue d’ebooks. Elles peuvent ensuite prêter les livres d’un utilisateur à un autre par chronodégratdation. Le livre prêté n’est visible que par l’emprunteur actuel, et les autres devront attendre la date de fin de prêt, afin de pouvoir accéder à l’ebook désiré. Pour ce type de prêt, il faut avoir une liseuse qui accepte les DRM Adobe. Avec une liseuse Kobo par exemple ou une tablette de type iPad, ou encore un ordinateur ou un smartphone, vous pourrez accéder à ce type de prêt. Pour parler chiffres, selon la plateforme de prêt aux bibliothèques numéro un, Overdrive, ce sont 155 millions d’ebooks qui ont été prêtés via son réseau en 2017, soit 11 % de plus d’en 2016. Il faut ajouter à ce chiffre, 68 millions de prêts de livre audio.

Pour le mode d’emploi, vous pouvez choisir une bibliothèque en ligne, à laquelle vous allez vous inscrire soit sur Internet soit en vous rendant dans une bibliothèque physique. Vous devez ensuite télécharger et créer un identifiant Adobe, pour accéder au service Adobe Digital Editions. Il devient alors possible de télécharger l’ebook sur votre ordinateur pour le transférer sur votre liseuse. Notez que la durée du prêt est généralement de 3 à 4 semaines.

Livres et ebook, la recommandation au cœur

Comme nous vous le disions ici, le livre est soumis à certaines règles en France pour sa publicité. Ne vous attendez pas à voir une publicité télé sur un livre entre un spot de voiture et de parfum. Même poussée par la Commission européenne, la France a refusé de faire du livre un produit semblable à des cacahuètes. Toutefois, à tâtons, la publicité des livres s’est infiltrée dans les affichages du métro ou dans les magazines. Mais la vraie façon de faire la publicité d’un livre hier comme aujourd’hui, c’est la recommandation et le bouche-à-oreille. Osons même parler d’influence !

Et pour preuve, bien souvent, vous faites attention au point de vue de votre libraire pour choisir un livre. Vous regardez les émissions de télé qui invitent des auteurs pour parler de leurs ouvrages. Il n’y en a pas pléthore, et cela se résume souvent à La Grande Librairie sur France 5 ou On n’est pas couché sur France 2 pour les auteurs connus. Heureusement, la radio vient dès lors en renfort pour inviter des auteurs en promotion, venus parler de leur livre au détour d’une thématique ou d’un sujet d’actualité.

Mais sur Internet, l’influence est tout autre. Elle se partage via des plateformes comme Babelio, Booknode, Livraddict ou BlablaLivre, elle se découvrent au travers de nouveaux influenceurs de la littérature, à l’image de ces BookTubeurs comme Margaud Liseuse (63K abonnés) ou Bulledop (62K abonnés) entre autres et prend ses quartiers sur Instagram avec le bon hashtag. Elle se dévoile également dans les rubriques spécialistes du genre, à la façon d’un Konbini Book Club qui dépoussière la rubrique livre standard des magazines en tout genre.

Les petites étoiles sur le store d’Amazon ou d’Apple sont devenues des indicateurs de qualité, tous comme les vrais et faux commentaires qui viennent inciter les lecteurs avides de nouvelles lectures de se laisser tenter. La recommandation se viralise et fait et défait les succès de l’ebook, les réseaux sociaux en support. C’est que les auteurs ont leur page Facebook, leur compte Twitter et leur site Internet pour être sûrs de mettre le marketing de communication de leur côté. C’est qu’un livre papier comme un ebook, cela s’écrit, se corrige et cela se vend aussi, quoi qu’on en dise.

L’ebook n’a donc pas fini de nous surprendre et de changer les codes de la vente de livre, tous comme les usages de lecture. On espère surtout qu’il fera naître de plus en plus de lecteurs et lectrices avides de s’embarquer dans de nouvelles histoires douces, dures, touchantes, affolantes, drôles ou effrayantes pour que vive la lecture !

Aurore BISICCHIA
Aurore BISICCHIA
Conteuse numérique
Cofondatrice des Chuchoteuses, je suis une mordue de l'organisation, une adepte de la communication et un jukebox à mes heures perdues. Amoureuse des arts visuels, je milite pour que la série devienne le 11 ème art et demeure à tout instant passionnée des petits mots comme des grands.