Ebook et autoédition, un duo gagnant ?

Il est vrai que l’ebook bouleverse les codes de la lecture, et pas seulement du côté des lecteurs et des maisons d’édition. Les auteurs ont vu également leur paysage changer. Car oui, à une époque, il était difficile d’espérer percer en s’autoéditant. En effet, il restait encore toute la diffusion du livre à réaliser, dans un secteur assez fermé, où les grandes librairies et autres sociétés de distribution régnaient en maître. L’ebook a changé la donne et a permis à de nombreux auteurs de s’autoéditer en quelques clics. Amazon (avec Kindle Direct Publishing) et Apple facilitent même le processus en permettant à tout auteur de faire entrer son livre dans leur catalogue, dès lors qu’il respecte une charte de bonne conduite. Chez Amazon, l’autoedition représenterait même 30 à 40 % de ses ventes de livres. Le logiciel iBooks est là également pour accompagner l’écriture ou la conversion de livre au format de l’Apple Store, tandis que des applications comme Ulysses ou Srivener épaulent les écrivains en herbe dans leur récit. Et pour ceux qui auraient besoin d’aide à la mise en page et qui souhaiteraient publier sur Amazon, Blurb est là, prête à produire canevas et ISBN (Le Numéro international normalisé du livre qui permet d’identifier chaque édition d’un livre).

Après, comme pour tout, il ne suffit pas de s’autoéditer et de publier son livre sur Amazon ou sur Apple pour devenir le nouveau best-seller. Il faut aussi se faire connaître et c’est là qu’un travail de communication important est à réaliser. Comment sortir du lot alors que de plus en plus d’auteurs proposent leur prose dans une nouvelle cacophonie littéraire ? Là encore, l’offre Amazon à 10 euros, peut être une bonne façon de vous faire connaître du grand public. En tant qu’auteur, vous pouvez accepter que votre livre fasse partie de la bibliothèque Amazon dédiée à cette offre spéciale et ainsi taper à l’œil de quelques lecteurs curieux. Bons commentaires et autres étoiles sont alors les bienvenus. La recommandation, même sur plateforme, est certainement le socle du succès. D’autant que le succès en autoédition existe. La preuve avec Agnès Martin-Lugand, auteure de Les gens heureux lisent et boivent du café qui a vendu 8500 ouvrages sur Amazon, en trois mois, lors de sa sortie. Repérée ensuite par Michel Lafon, elle a vendu depuis deux millions de livres. Parmi les autres exemples de livre lancé en autoédition, citons également 50 nuances de Grey (avec des qualités littéraires contestables), qui s’est prolongé par un succès au cinéma. De quoi donner des rêves de succès à l’écrivain qui sommeille en vous.

Romance, polar, imaginaire, jeunesses, ces stars de l’ebook ?

Il existe des maisons d’édition qui ont vu leurs chiffres décoller grâce à l’ebook. Le format a notamment démocratisé le roman à l’eau de rose avec les éditions Harlequin en figure de proue, la fantasy a trouvé son modèle avec les éditions Bragelonne au rendez-vous, tandis que la littérature jeunesse a pris plus de place chez Hachette et Gallimard. Dans les succès d’édition, citons notamment Emily Blaine, jeune auteure de romance, qui a vendu plus de 400 000 livres en 2017. Chez Bragelonne, les grosses OP (catalogue de 500 ebooks à bas prix) se succèdent, donnant la part belle à l’ebook et rendant accro les lecteurs avides de nouvelles sagas. D’autant que dans ces romans feuilletons, il suffit d’un tome pour accrocher le lecteur et en faire un lecteur fidèle sur les tomes à suivre, surtout dans un domaine littéraire où il n’est pas rare de voir 5 à 10 tomes par aventure, voire plus. Les fans de L’Epée de vérité ou encore de Games of Thrones sont là pour en témoigner.

Il faut dire que le lecteur d’ebook est un grand lecteur et qu’il aime enchaîner les livres les uns après les autres. Dès lors, une dimension prix intervient et il est vrai que les livres de genre sont souvent moitié moins chers, voire plus, que les romans de littérature classique. Et les maisons d’édition n’hésitent pas à attirer les lecteurs non avertis à coup de premier tome gratuit, qui donne facilement envie d’acheter la suite. Idem pour les livres autoédités, bien souvent proposés à bas prix, voire très bas prix, de l’ordre de 1 à 5 euros, à comparer aux 12 ou 14 euros d’un roman Gallimard au format numérique. Le prix reste le nerf de la guerre et les lecteurs d’ebook, boulimiques de lectures, n’hésitent pas à se laisser tenter par des tarifs assez bas. C’est d’ailleurs aussi grâce au prix qu’Agnès Martin-Lugand a fait la différence, en proposant son livre à moins d’un euro les deux premières semaines. L’implication de son réseau, puis le bouche-à-oreille ont fait le reste, ce qui lui a permis rapidement de tripler le prix de vente du livre à l’époque.

Notons qu’il existe un autre secteur où l’ebook se démarque de la vente papier. En effet, en 2016, dans le segment « Universitaire et Professionnel », la vente d’ebook représentait 41,70 % des ventes, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 188 millions d’euros, selon les chiffres du SNE. Dans ce secteur, l’ebook s’est donc parfaitement bien implanté, et les lecteurs préfèrent stocker sur leur tablette ou leur liseuse un livre sur le neurolearning ou sur une nouvelle façon de coder, plutôt qu’en bibliothèque. La liseuse devient alors un support de formation et d’autoformation, où il est possible de passer d’un manuel à l’autre, sans alourdir son cartable de grand.

Et le livre audio, une nouvelle idylle ?

Il y a aussi un petit nouveau qui accompagne également ces nouvelles offres d’ebook, c’est le livre audio. Il a débarqué avec Amazon (encore une fois) et sa marque Audible. Et il tente de se frayer un chemin dans l’univers littéraire français. Bien sûr, l’exercice n’est pas le même, puisqu’il faut un comédien pour lire tout un livre, dans un format qui sera ensuite découper en chapitre ou partie. Très pratique pour les personnes souffrant de problème de vue, le livre audio a le mérite de permettre d’entrer par une autre porte, celle de l’ouïe, dans de nouveaux mondes imaginaires. Il surfe également sur la vague podcast qui séduit de plus en plus le public français et permet une immersion dans une histoire, dans une nouvelle expérience relaxante, qui repose nos yeux fatigués des écrans. Comme pour le podcast, bien souvent, avec le livre audio, on prend le temps de cette écoute intime pour se laisser emporter par la voix, le temps de 30, 45 minutes, ou plus.

Le Syndicat National de l’Edition a d’ailleurs réalisé une étude Ipsos sur l’essor du livre audio, et les chiffres sont assez éloquents. Les adeptes du livre audio apprécient un moment de détente, ce sont généralement des grands lecteurs, qui lisent sous plusieurs formats, du livre classique à l’ebook notamment. Et c’est ainsi près d’un Français sur 5 qui a déjà écouté un livre audio, et 1 sur 10 qui en achète. Si le smartphone et autre tablette facilite l’écoute, le CD est encore un mode d’écoute des 58 % des auditeurs de livre audio. On compte généralement 1 à 2 livres audio écoutés par an, en moyenne pour les afficionados. Devant ce nouvel engouement des Français, Amazon n’est pas le seul à s’être intéressé à l’audiobook, Google et la Fnac sont également rentrés dans la partie.

Encore une fois, le digital bouleverse les usages et ouvrent les portes à de nouveaux modes de diffusion. Si l’ebook progresse en France, il permet également de redonner de la valeur aux livres en tant qu’objet, de celui que l’on veut conserver, transmettre, toucher, relire et garder en mémoire, tandis que d’autres feuilletons littéraires passent et s’effacent.

Aurore BISICCHIA
Aurore BISICCHIA
Conteuse numérique
Cofondatrice des Chuchoteuses, je suis une mordue de l'organisation, une adepte de la communication et un jukebox à mes heures perdues. Amoureuse des arts visuels, je milite pour que la série devienne le 11 ème art et demeure à tout instant passionnée des petits mots comme des grands.