Nous voilà donc projetés dans l’Atelier des Lumières pour découvrir l’expo Klimt. L’espace hors norme de cette ancienne fonderie créée en 1835 opère aujourd’hui sa seconde révolution industrielle. Réaménagé en espace culturel, le 38 de la rue St Maur vient de réussir sa reconversion. Pour Gianfranco Iannuzzi, la première inspiration de ses expositions est l’espace. « Réinventer une identité, redonner une fonction à des lieux historiques, les investir avec de l’art ou de la culture pour les ouvrir à tous et procurer des émotions. Ce que j’aime, c’est sublimer des lieux abandonnés », commente-t-il.

140 vidéo projecteurs pour une vision à 360°

Une exposition donc immersive où le visiteur, tel un Lilliputien, va pouvoir se promener dans ce lieu grandiose et « se positionner comme un acteur qui doit intervenir pour trouver seul son point de vue, son angle ».  C’est la deuxième volonté de Gianfranco et de son équipe : amener un nouveau regard immersif sur l’art en « inversant la relation passive du spectateur que l’on retrouve systématiquement au théâtre, au cinéma ou lors d’une exposition, pour le mettre au centre de la scène ».

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Chacun participe ainsi à ce voyage original où tous les sens sont sollicités. Les couleurs et les images fractionnées et dématérialisées des tableaux de Klimt et de Schiele s’enchaînent, se fondent et se déplacent tel un ballet onirique au rythme des maîtres du Romantisme comme Richard Wagner, Johann Strauss, Chopin, Malher ou Beethoven. Chacun se retrouve enveloppé et assimilé au centre d’une œuvre virtuelle féerique qui épouse à 360° toutes les surfaces intérieures de ce lieu devenu magique. Ainsi, le public est libre de se promener là où il veut, chacun captant différemment les choses. Le spectacle est partout autour de lui et les images, sur lui, sont en quelque sorte, imprimées. Il fait partie intégrante de l’œuvre et participe parfois par superposition à la composition même de certaines projections comme lorsqu’il s’intègre aux piétons déambulant dans les rues de Viennes du début du siècle.

Expo klimt : une éducation à l’art via le numérique

Des enfants jouent avec les lumières et les forment. « C’est beau ! », s’exclame une petite fille d’à peine quatre ans. On imagine presque Alice au pays des Merveilles. Pour Bruno Monnier, président de Culturespace : « le mariage de l’art et du numérique est l’avenir de la diffusion auprès des générations futures, capable de s’adresser à un public plus jeune et plus large que celui des musées classiques ». Peu habitués à ce nouveau concept, des gens s’assoient et regardent en face d’eux comme au cinéma. Pour Gianfranco Iannuzzi, « c’est une éducation ; plusieurs personnes m’ont dit être retournées voir l’exposition et y avoir découvert autre chose ». Pour Annie, ancienne professeure et spectatrice, l’effet immersif de l’expo Klimt est visionnaire et lui inspire « un bon moment culturel de notre humanité ». Le principe est bien là et nous fait réagir. Innover, transgresser les normes quitte à twister les mots comme le disait Jean Ferrat, « pour qu’un jour, les enfants sachent ».

Le numérique pour mieux sortir du cadre et des normes

Les paysages retrouvent le souffle du vent. Une forme se dessine sous la plume d’un pinceau virtuel et un détail se démultiplie dans l’espace. L’Arbre de Klimt prend vie, pousse et s’élève dans la démesure. Les couleurs rouges, oranges, et or fusionnent, explosent et coulent le long des murs.  Comme le souligne Bruno Monnier, « le rôle d’un centre d’art est de décloisonner. C’est pourquoi le numérique doit prendre sa place dans les expositions du XXIe siècle ». Les différents cadrages cinématographiques du célèbre tableau, Le Baiser, projetés simultanément sur l’ensemble des murs, donnent une vision décuplée de l’œuvre et permettent d’appréhender l’histoire et l’émotion de ce baiser différemment. 

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Pour ces expositions d’art immersif, Culturespaces a développé en 2012 le procédé AMIEX® (Art & Music Immersive Experience) basé sur des techniques de pointe, des logiciels d’animation et d’effets spéciaux. Le numérique apporte ainsi à l’exposition Klimt une qualité d’image par sa résolution et une aide à la création, pour la conception, l’animation, la composition, la diffusion et le mixage. Mais pour Gianfranco Iannuzzi, « nous sommes avant tout des artistes ». En fonction du lieu et des surfaces, l’équipe composée aussi par Renato Gatto, Massimiliano Siccardi et le compositeur Luca Longobardi, écrit une histoire à partir des images des différents tableaux, construit un scénario et établit un story board.« Dans un premier temps, on visualise l’ensemble de toutes les surfaces du lieu en 3D ». Et si le numérique apporte de formidables possibilités et que la création « se réinvente au fur et à mesure des avancées de la technologie», ils n’improvisent ni le montage ni le rythme ni la création.  L’exposition sur Klimt a nécessité un an de travail et un mois à l’Atelier des Lumières pour finaliser cette œuvre époustouflante.

Expo Klimt

Comme au théâtre, le public applaudit. Des personnes filment et se prennent en photo. Les souvenirs s’immortalisent. Une nouvelle image serait-elle en train de naitre ? Celle du public intégré à l’œuvre de l’artiste ? L’art retrouverait-il un cadre pour s’immortaliser dans l’écran de nos téléphones portables ?

Sandrine Plaud
Sandrine Plaud
Conteuse numérique
Rapporteuse d’histoires dès que les mots et les images s’en mêlent.