Cet été, on fait quoi ? On parcourt les festivals ?

Il est venu le temps où votre compte Facebook vibre de notifications du style : « Antoine, Sophie et 13 autres amis ont répondu à des évènements qui auront lieu près de chez vous ». Cette accessibilité presque trop facile n’a-t-elle pas dénaturé l’essence du festival de musique ? Dans les années 1960/1970, la promotion des festivals était réservée aux quelques chaînes de télévision et à l’affichage de rue. Pour aller à un festival, il fallait en entendre parler, ce qui finalement n’était pas à la portée de tous. Aujourd’hui, tous les festivals sont présents sur les réseaux sociaux, chacun à sa manière. Pour l’annonce de la programmation par exemple, certains optent pour un suspens quasi hitchcockien en annonçant sa « line up » au compte goûte, suspens finement maîtrisé par le festival Francofolies. D’autres vont préférer vous en mettre plein la vue d’un coup d’un seul comme le Paléo festival, mais là encore il y a plusieurs écoles, un visuel, une vidéo, une série de posts… Avant même de songer au jour j, la course à l’innovation se fait dès la promotion.

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Ça y est, ils vous ont eu, entre cette communication bien ficelée dont vous êtes la cible idéale et ce saligaud d’Antoine qui vous mentionne sans relâche sur toutes les publications du festival auquel il participe tous les ans depuis qu’il a son bac : vous achetez votre place. Mais loin de vous l’idée de vous déplacer chez le revendeur le plus proche. Non non non, nous sommes au 21e siècle et vous savez vivre avec votre temps. C’est depuis votre canapé (ou votre chaise de bureau) que tout se passe, quelques clics et bientôt le Graal : le mail de confirmation. C’est là que vous recevez un appel de votre amie lucie, il n’y a plus de places alors que la billetterie est ouverte depuis une petite semaine. La raison ? De petits plaisantins opportunistes ont réservé toutes les dernières places pour les revendre à vos amis retardataires à un prix pharaonique. Pas de chance… Mais bientôt ce problème ne se posera plus, grâce à notre récente solution à tout problème du monde numérique : la blockchain. De plus en plus de plateformes naissent chaque jour, proposant de réguler les achats de places, à l’image de BitTicket. Proposant ainsi un identifiant digital unique et confidentiel mais traçable.

Soudain vous vous rappelez que vous n’avez pas votre permis (parce que vous vivez dans une grande ville, alors, à quoi bon dépenser autant d’argent pour finalement prendre le métro ?). Qu’à cela ne tienne, il existe aujourd’hui des plateformes dédiées pour les covoiturages à destination des festivals à l’image de  festivalsrock ou de roulezmalin (certains de ces trajets sont même gratuits).

Let the games begin

C’est le jour J, votre campement est installé, vous avez même eu la chance de trouver un coin de verdure sous l’unique arbre du camping, l’aventure peut commencer. Vous vous dirigez vers les portes de votre paradis temporaire muni de votre smartphone. Un bénévole souriant en k-way scanne votre QR code et vous donne en échange un bracelet. Outre l’aspect esthétique et l’occasion de frimer devant vos collègues en retournant au travail (ou à l’école), ces bracelets peuvent prendre de multiples fonctions. La première, la plus répandue, est celle de remplacer votre billet, et en scannant votre bracelet vous aurez donc accès au festival. Mais certains vont plus loin, en proposant un bracelet de paiement cashless (parfois présenté sous forme d’une carte séparée). Le premier festival à avoir présenté cette technologie est le légendaire Sziget festival qui a fêté son quart de siècle l’année dernière. Depuis, bon nombre ont suivi, avec des processus différents. Pour la plupart, un paiement d’un euro est demandé pour l’obtention de cette carte. À l’exception notamment du festival Jazz à Vienne ou les vieilles charrues, qui en plus vous rembourse automatiquement ce que vous n’avez pas dépensé. Car c’est là où se trouve le problème de ces paiements cashless : certes on ne pourra pas vous voler votre bourse (puisque vous n’en aurez pas), mais si vous avez le malheur de ne pas dépenser la totalité de votre cagnotte, vous aurez un délai pour vous faire rembourser.  Le festival Marvelous Island lui a même pris le parti de ne pas vous rembourser (et toc), mais vous encourage à utiliser cette cagnotte dans un autre des évènements organisés par le groupe. Toujours plus loin, le printemps de Bourges pourrait être l’un des premiers à sortir un bracelet plus poussé qui vous permettrait notamment de vous géolocaliser ou d’avoir les informations du festival en temps réel.

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Buy it, use it, break it, fix it…

Et maintenant on fait quoi ? Outre voir votre chanteur préféré, vous êtes venus ici pour vivre une expérience. Et pour cela, bon nombre de festivals offrent des solutions numériques pour vous divertir, que ce soit des animations, de la scénographie ou tout simplement une utilisation des réseaux sociaux à bon escient. Il existe même un programme, appelé Fest’up, dédié à l’innovation et au numérique dans les festivals. Trois lauréats ont été élus en 2017, et bénéficient donc d’une aide jusqu’à décembre 2018.  Vous avez toujours rêvé de jouer dans un orchestre symphonique, mais vous êtes incapables de différencier un la mineur d’un do majeur ? Le festival international de musique de Besançon vous propose une immersion symphonique dans laquelle seule votre présence suffit pour jouer juste. Décollez ensuite pour le festival Rocamadour et ses litanies, pour vivre une aventure en VR hors du commun. Atterrissage à Bordeaux avec l’ambitieux projet du festival des arts de la ville en partenariat avec la société Axyz. L’originalité de ce projet est qu’il vous transporte, littéralement, jusqu’au festival, à travers une promenade artistique populaire, unique et captivante tout en étant assis dans le tramway.

L’avantage des nouvelles technologies, c’est qu’elles peuvent s’adresser à tous. Et le festival au coin de la rue en a fait sa clé de voûte. Quand je dis accessible à tous, c’est vraiment tous. L’organisation a décidé de proposer des solutions à tous les types de handicaps, qu’ils soient auditifs, visuels, moteurs, psychiques ou mentaux. Ainsi des applications sont dédiées au sous-titrage de chansons, et des interprètes du langage des signes sont présents sur scène pour offrir une performance artistique d’autant plus impressionnante.

Et finalement, il faut bien rentrer chez soi à la fin…  Mais ne vous inquiétez pas, les réseaux sociaux bouclent la boucle et sont là pour que votre aventure ne s’arrête pas de manière trop abrupte. Et côté digital, nous sommes encore aux prémices de technologies telles que la VR. Alors, jusqu’où ira l’immersion dans les festivals du futur ? Est-ce que l’on ne finira pas tous dans un hangar, harnachés de toutes sortes d’équipement et zappant de festival en festival ?

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.