Le Tinder de l’emploi

Camille a 28 ans, elle est originaire d’une petite ville du sud de la France et en recherche d’emploi depuis quelques jours. Elle décide de rejoindre Olivier à Paris, un ami qu’elle a rencontré pendant ses études supérieures. Seulement Olivier, lui, a un travail. Les journées de Camille sont donc solitaires. Mais qu’à cela ne tienne, la ville est grande et regorge d’activités. Dans le métro, en scrollant frénétiquement sur Twitter apparaît devant ses yeux la promotion de l’application « SHAPR » qui se présente comme un Tinder des professionnels. Intriguée et démunie d’emploi, elle décide de tenter sa chance. Tinder, ça lui parle. Comme tout bon Millenial qui se respecte, elle a utilisé puis rejeté l’application en 2014 mais elle n’a pour autant pas oublié son fonctionnement particulièrement attrayant.

Quelques clics plus tard, elle télécharge donc Shapr qui lui propose des opportunités de travail par dizaines, le tout façon swiping. Créée par trois Français passionnés de relations humaines (les fondateurs de Shapr sont également à l’origine du site Attractive world), l’application permet de trouver un emploi, mais également des investisseurs ou encore des partenaires pour un projet professionnel. Aujourd’hui, elle se targue d’avoir créé plus de 4 millions de matchs en 2017.

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Camille swipe à tout va et voilà qu’à la fin de la journée, ce ne sont pas moins de trois entretiens qu’elle obtient pour le lendemain. Suite à ces rendez-vous, elle décroche un poste et s’empresse de l’annoncer à Olivir dès le soir venu. Il la félicite, mais ne tarde pas à lui poser la question du logement. Son 18 m2 ne permet pas une collocation digne de ce nom. Malgré la liesse générale, Camille a donc une nouvelle problématique : se loger.

Le Tinder du logement

Dès le lendemain, téléphone en main, Camille se met en quête d’une application sur laquelle elle pourrait swiper des appartements. Cette technique a fonctionné pour le travail, pourquoi pas pour le logement ? Consciente qu’un appartement à Paris n’est pas si simple à obtenir, elle s’oriente vers la collocation. C’est alors qu’elle découvre Whoomies. Le profil utilisateur sur cette application se compose des centres d’intérêt, des habitudes et des modes de vie. L’application fait ensuite un tri et vous propose des profils avec lesquels vous pourriez potentiellement matcher. Lorsqu’il y a match, la conversation s’engage et la collocation devient envisageable. Quelques swipes plus tard, elle tombe finalement sur la colocataire de ses rêves. Julie, 29 ans, un profil de jeune cadre dynamique. Le premier contact se passe bien et les deux jeunes femmes trouvent un appartement qui convient aussi bien à l’une qu’à l’autre. Mais à peine ont-elles emménagé que la relation se dégrade. Camille songe même à mettre Julie devant le fait accompli en postant sa chambre sur BADI, une application qui permet de proposer/trouver une chambre dans des collocations existantes, en France ou à l’étranger.

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Il est temps pour Camille de voler de ses propres ailes. Là encore, sa porte de sortie se fait en swipant. Cette fois-ci, elle ne cherche pas de colocataire, mais seulement un appartement. Quelques clics plus tard, l’application Pinql est installée. Le principe est simple. Il suffit de se créer un compte en renseignant ses préférences : budget, localisation, superficie… Le fameux dossier volumineux comportant tout le pedigree du locataire est ici digitalisé, pour plus de facilité. Une fois tout cela intégré à l’application, l’aventure peut commencer. Un swipe gauche indique que le bien ne vous intéresse pas, et inversement avec le swip droit. Enfin un swipe vers le haut marque votre indécision. Quant au propriétaire, il reçoit une notification lorsqu’un potentiel locataire a swipé à droite son bien. C’est lui qui décide alors s’il y a match ou pas. La proposition d’un rendez-vous peut se faire directement depuis le planning de l’application et l’état des lieux y est également enregistré.

 

swipe

Maintenant qu’elle est confortablement installée dans sa situation professionnelle, Camille peut se permettre une plus grande ambition en termes de logement. Elle finit par matcher avec un propriétaire qui semble fort sympathique. De plus, l’appartement correspond parfaitement à ses attentes et grâce à l’application, elle évite des frais d’agence. Quelques jours plus tard, elle s’installe dans son somptueux 40m2. Alors certes, sa famille ne cesse de lui répéter que par chez eux « pour le même prix, tu aurais une maison avec un petit jardin ». Mais cette vie semble lui convenir. Il est temps de déballer les cartons.

Le Tinder de la musique

Camille dépose fièrement sa guitare au milieu de son salon/cuisine/buanderie. Parce que Camille est une artiste. Malheureusement, elle se sent esseulée dans son art. La musique est pour elle quelque chose qui se partage. C’est alors que le swipe vient encore une fois à sa rescousse. Pour le coup, pas besoin de recherches. Elle avait entendu dire qu’une de ses camarades de promotion de l’EDHEC avait créé une application. Deux messages plus tard, on lui en donne le nom : MelloPlot.

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Ici pas besoin de photo ni de description, seule la musique parle. Cette application connecte amateurs et professionnels de la musique. On remplit son profil en renseignant le type d’instrument joué, le niveau de maîtrise et le style musical. Il est possible de s’enregistrer immédiatement sur l’application et sans avoir besoin de match chacun, il est possible d’écouter 30 secondes d’un morceau provenant de n’importe quel profil. Lorsque deux artistes matchent, nous parlons ici d’accord parfait. Et lorsqu’accord parfait il y a, la collaboration peut débuter. Match après match, Camille commence doucement à se créer un petit réseau d’amateurs et de professionnels de la musique. C’est alors qu’un de ses nouveaux amis musiciens lui parle d’une application. À peine le mot « swipe » est prononcé qu’elle se jette sur son téléphone pour la télécharger. The best song.

L’application se résume en quatre points. Lorsqu’elle est ouverte, une musique se lance immédiatement. Ensuite l’utilisateur décide de swiper à gauche pour changer, ou à droite pour sauvegarder la chanson dans sa playlist perso. Chaque chanson fait ensuite augmenter la notoriété de l’artiste et enfin un classement est établi et actualisé régulièrement. C’est un moyen moderne et ludique de permettre à un artiste de gagner en notoriété. Et si c’était le début du succès ?

 

Camille nous le prouve, le swipe prend de plus en plus de place dans nos vies. Bientôt toutes nos applications pourraient fonctionner selon ce procédé. Et si le swipe devenait institutionnel ? Peut-être qu’en 2027 nous voterons en swipant. Si le choix nous est laissé en tout cas, nous connaissons la décision de Camille.

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.