Aller vers le passé

Flashback ! Les 90s kids cumulent K7 audio et CD ; tandis que le Discman tente de semer son ainé le Walkman, de nouveaux baladeurs audio à la sauce new kids in town tentent de se faire une place au soleil. Les vrais savent. Les MiniDisc de Sony ont tenté de percer, plus petit que les CD, ils avaient tout pour plaire si ce n’est leur prix. C’était sans compter l’avancée « révolutionnaire » du MP3.

La dématérialisation était arrivée. Tremblez supports physiques ! Bien que le baladeur numérique ou baladeur MP3 connaissent un certain succès parmi les amateurs à la fin des années 90, il ne parvient à se populariser qu’avec Apple. Le baladeur numérique Apple est né : l’iPod. 5 Go de mémoire, 83 heures de musiques contre des albums de 2 heures max. La musique vit définitivement son entrée dans un nouveau paradigme : abondance et portabilité !

Retour vers le futur

Mais le nom iPod, ça vient au juste ? On sort à peine de la DeLorean qu’on se retrouve propulsé dans l’espace. On est en 1968 ou plutôt en 2001. Kubrick nous offre son odyssée spatiale adaptée du roman d’Arthur C. Clarke. Et c’est dans une scène de tension palpable entre l’humain et l’intelligence artificielle Hal 9000 que réside l’origine de l’iPod. C’est Vinnie Chieco, un publicitaire contacté par Apple qui a l’épiphanie. En voyant l’un des prototypes, son bouton en cercle, sa couleur épurée et son design futuriste, il pense tout de suite à la scène du film où Hal refuse d’ouvrir le sas à Dave, un des astronautes du vaisseau.

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« Open the pod bay door Hal! » (« Ouvre la porte de la nacelle, Hal ! ») Et cette histoire inscrit l’iPod dans une certaine mythologie, elle propulse le baladeur numérique dans le futur en utilisant l’univers de la science-fiction. L’iPod s’offre ainsi l’image d’un produit visionnaire, un produit d’exception, un produit du futur dont chacun veut faire partie. La pomme continue d’entretenir cette histoire presque « familiale ». Il suffit d’interroger Siri, l’assistant vocal des smartphones Apple, pour se retrouver transporter dans la scène. Et ce, non sans un certain humour. La preuve en image.

L’utilisateur lance la même réplique que Dave à Siri. Celui-ci reproduit l’échange allant même jusqu’à remplacer le nom du personnage par celui de l’utilisateur pour une expérience plus immersive. Siri ne manque pas de conclure par un « Tu es content maintenant ? » comme s’il était agacé par ce running gag. Lors de la tentative d’un autre utilisateur, Siri répond différemment mais toujours avec un sens aiguisé du comique. « Ça suffit maintenant. Je fais un rapport auprès de l’Agence de l’union des intelligences pour harcèlement. »

On notera tout de même que les références à la science-fiction et plus particulièrement concernant les produits utilisant des intelligences artificielles, se généralisent toute marque confondue. Siri répond aussi au sens de la vie par 42 en référence à l’œuvre de Douglas Adams, Le Guide du voyageur galactique. Alexa, l’assistant vocal de maison Amazon, répond aussi à l’injonction « Open the pod bay door » avec humour : « Je suis désolée. J’ai bien peur de ne pas pouvoir faire ça. Je ne suis pas Hal et nous ne sommes pas dans l’espace. »

Podcast, un lien de parenté ?

Ah ! Vous vous attendiez à une réponse directe, un arbre généalogique qui lierait direct la pomme au pommier ? Et hop ! Emballé, c’est pesé, comme au marché. Que nenni ! Retraçons d’abord l’origine du terme « podcast ». Le podcast, ce sont des émissions ou programmes audio disponibles via un appareil portatif comme vos smartphones. Si la révolution audible ne commence que récemment en France, elle prend son envol en 2004 aux États-Unis. Son nom de baptême, le podcast, c’est le fruit d’un journaliste qui devait étoffer son article parce qu’il ne contenait pas assez de mots. Eh oui ! On est loin de l’illumination de Newton mais poursuivons. L’inventeur du terme se nomme Ben Hammersley, journaliste Tech à l’époque pour le très britannique The Guardian. Dans son article, plusieurs termes rentraient en compétition comme sur le ring. Parmi les candidats, il y avait :  audioblogging et guerillamedia. Le public fit son choix et le mot se répandit comme une tache d’huile jusqu’à ce que le très académique Oxford English Dictionnary appelle notre inventeur pour en confirmer l’origine officielle.

iPod

Il faut dire que le choix de ce mot-valise était parlant pour le plus grand nombre. À la radio, les émissions sont « Broadcastées », elles sont diffusées (« cast ») largement (« broad »). On a donc conservé l’idée de diffusion et d’accessibilité avec « cast », et « pod » s’est occupé de transcrire la portabilité de ces émissions audio en référence au baladeur numérique, l’iPod. Nos amis québécois l’ont même rebaptisé « baladodiffusion ».

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Un lien de parenté avec l’iPod donc ? Oui sûrement, car il n’y a pas de podcast sans iPod comme il n’y a pas de fumée sans feu. Mais dans la bataille de l’appropriation des mots, Apple n’a jamais obtenu officiellement que le terme podcast soit une marque déposée sous son fief. Ainsi le terme podcast est tombé librement dans les noms communs, utilisés par tous.

Comme pour l’iPod avec l’Internet Portable Open Database, l’hypothèse d’un acronyme a été soulevé. POD pour Portable On Demand (Portable et à la demande) qui n’est pas sans faire penser au Walkman dont le nom évoquait l’usage du baladeur. Le terme semble donc tout à fait pertinent. La révolution comme dit Ben étant bien dans son usage : quand on veut, où on veut. Bien que la controverse sur l’origine du terme podcast subsiste, Ben semble sans équivoque sur le choix du terme, le pouvoir de l’iPod est passé par là.

Spoilert alert pour les retardataires !

Et si vous vous demandez encore : pourquoi la pomme, pourquoi les i ? Voici une petite séance de rattrapage pour parfaire vos connaissances triviales. Le choix originel de la pomme reste aussi mystérieux que le contenu de l’arbre de la connaissance. Plusieurs théories existent. Tantôt stratège, tantôt mélomane, tantôt hippie, Steve Jobs aurait choisi la pomme pour un souci de classement alphabétique ou encore en référence aux Beatles ou bien en l’honneur de moments passés à la ferme de ses amis en Oregon. Qu’en est-il de la pomme croquée ? Il s’agit d’un hommage au mathématicien Alan Turing, héros qui a aidé à décrypter les messages allemands pendant la Seconde Guerre mondiale et en partie à l’origine des ordinateurs. Homosexuel et de ce fait dans l’illégalité, il préféra se suicider par une pomme empoisonnée que de subir la « justice » qui l’attendait.

 

Quant au « i », sa simplicité et sa potentielle déclinaison ne sont plus à prouver. On peut se demander s’il n’avait pas vocation à détrôner un certain  « e », se référant  à « électronique » avec son « i » pour « internet » comme pour marquer une nouvelle ère. La simplicité du mot laisse aussi libre cours à l’interprétation : i comme imagination, i comme « je » en anglais, i comme individuel, etc. Finalement un nom épuré à l’image des designs de la marque. Less is more.

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED