Lors du dernier épisode de notre série explorant le digital responsable, nous avons évoqué l’idée d’une navigation plus consciente et calculé l’impact environnemental de notre activité sur la toile. Aujourd’hui, nous nous familiarisons avec les initiatives positives pour mieux nous protéger et préserver notre planète des ondes nocives du mal du siècle : la surconsommation digitale.

Poupées russes

Tout d’abord, reprenons les bases. Un navigateur n’est pas un moteur de recherche et vice-versa. Le premier affiche les résultats de recherche à l’aide de protocoles (http & https). Dans ce camp, on compte Google Chrome, Mozilla Firefox, Safari, et Internet Explorer pour les OG. Le deuxième, comme son nom l’indique, déniche les résultats de requêtes à l’aide de robots, ces crawlers, spider ou bots. Ceux-ci agissent au service de grands acteurs comme Google, Bing, et Yahoo.
En somme on peut utiliser plusieurs moteurs de recherche sur un même navigateur, puisqu’à chaque moteur de recherche son propre algorithme.

En France, l’écrasante majorité des recherches (plus de 90 %) se font sur Google. Les moteurs de recherche alternatifs qui ont vu le jour au cours de cette dernière décennie sont en vérité des méta-moteurs. Car pour fonctionner, ils s’appuient sur les algorithmes des dits Google, Bing, Yahoo et consorts. Au mieux, ils puisent leurs résultats chez les différents grands acteurs avec la promesse de plus d’objectivité. Exception faite de Qwant qui a développé son propre algorithme.

Mes données mon précieux

L’évolution de la toile est telle qu’il ne se passe pas un clic sans que notre comportement soit suivi, analysé et assujetti à une curation de contenu, à l’insu de notre plein gré. Pour les entreprises, s’engager à ne pas revendre les données collectées au plus offrant n’est plus un gage suffisant de protection puisque finalement, quel contrôle ont-elles sur les GAFAM ?

En vérité, le combat de la protection de la vie privée des internautes remonte à la fin des années 90.

Ixquick, le pionnier d’origine hollandaise voit le jour en 1998 et se revendique le moteur de recherche le plus confidentiel d’internet. À l’aide d’un proxy, il synthétise les résultats de recherche Google, Bing, mais aussi Wikipedia ; tout cela sans collecte d’adresse IP ni implants de cookies de suivi. Sa petite sœur StartPage.com (2009) exploite des résultats Google ciblés, tout en conservant la même protection de la vie privée des utilisateurs. Les deux sont maintenant rassemblés sous l’égide de StartPage.

De son côté l’américain Duckduckgo s’attèle à l’anonymat des requêtes depuis 2007. Ici aussi votre adresse IP reste secrète, car son seul revenu vient des mots-clés achetés pour faire remonter des annonces. L’extension est aujourd’hui reconnue par Apple, qui la propose sur son navigateur Safari. Mais la barrière linguistique la rend moins performante en France.

En quête de pureté

Avec ses 58 millions d’utilisateurs uniques par mois depuis janvier 2018, Qwant nous fait pousser un cocorico retentissant ! Pour les habitués des moteurs classiques, l’interface et sa barre latérale suscitent un certain dépaysement, mais l’expérience intuitive est convaincante. Ici on snobe les publicités intempestives et les cookies pour des clics rémunérateurs plus qualitatifs, ciao retargeting.

Et ça marche, car grâce à des résultats de recherche plus pertinents, les utilisateurs gagnent en proximité, en précision et trouvent ce qu’ils recherchent. Du côté de l’annonceur, le prospect est plus qualitatif. On arrive sur un double intérêt : un rempart contre la manipulation des données et un apporteur d’affaires fructueux.

Qwant inaugurait son nouveau siège à Paris dans le 16è arrondissement ce jeudi 14 juin. L’entreprise n’a peut-être jamais été autant sous les feux des projecteurs, RGPD oblige. Aujourd’hui, elle présente de nouveaux services, dans des domaines aussi variés que le médical, le sport, le paiement ou cartographie et semble prendre une nouvelle dimension, toujours avec l’ambition de créer un « environnement sécurisé global ».

Nous sommes en pleine reconstruction d’un web plus ouvert et juste, tel qu’il avait été voulu.

Les utilisateurs de Qwant sont pour la plupart des initiés, « très au point technologiquement ». En d’autres mots, la protection des données est sûrement un facteur, mais serait aussi accompagnée d’une quête d’une plus grande intégrité de résultats, non optimisés ou dénués de l’influence des meilleurs payeurs. C’est ce cas de conscience qui a poussé Xaphir à se lancer l’an dernier dans l’ambition de remplacer le tri par pageranks de Google par un système basé sur la qualité du contenu. Promettant l’impartialité, ses créateurs originaires d’Épinal intègrent un ensemble de critères, tel que la géolocalisation.

Browse for good : B.A. du jour bonjour

Les méta-moteurs solidaires incitent à une meilleure consommation, en aval d’une empreinte carbone provenant de chaque envoi de mail ou ouverture d’onglet. L’allemand Ecosia fait reverser au moins 80 % de ses profits venant de la publicité à un programme de reforestation WWF. Pendant ce temps, le français Lilo amasse un fonds d’investissement solidaire sous forme de gouttes d’eau, collectées au fil des clics.

 

Lilo n’a pas d’algorithme à lui seul, mais propose un mélange des résultats de Bing, Yahoo et Google. Ces méta-moteurs ne répondent donc pas au maximalisme de la consommation numérique actuelle. Ce n’est pas dans leur intérêt, ici le plus on clique, le plus on amasse de la valeur à réinvestir, là où elle sera utile et salvatrice.

Ces moteurs de recherche protègent vos données

Dis-moi ce que tu recherches et je te dirai où cliquer

Puisque demain nous continuerons de naviguer contre vents et marées, des lanceurs d’alerte prennent le contre-pied de la protection de données et misent sur la transparence. Agrémentée d’une pincée de culpabilité, la démarche est d’éduquer les consommateurs et de les responsabiliser. C’est le cas d’Impakt qui se positionne comme boussole et prend le parti de réorienter la consommation des internautes.

De la même manière, le plug-in Outre-Atlantique Done Good soutient les initiatives qui apportent leur pierre à l’édifice de la consommation responsable, trop souvent malmenées par les Goliath de la toile. Une notification avertit l’utilisateur quand il s’aventure sur le site de marques aux pratiques peu scrupuleuses. Il s’adosse à un agrégateur de produits plus justes, étiquetés selon leur combat : vegan, valorisant une minorité, libre de produits toxiques, etc.

Un pansement 2.0

Plusieurs obstacles se dressent face à ces méta-moteurs éthiques. Tout d’abord se pose la question d’ergonomie, les internautes accoutumés à un confort d’utilisation signé Google subissent une perte de repères sur un nouveau moteur de recherche.

L’avenir présente un autre enjeu de taille : l’innovation. Pour rester à la pointe de la technologie, les méta-moteurs devront dompter l’intelligence artificielle, pour acquérir plus de précision tout en maintenant une protection de la vie privée de ses utilisateurs. On pense notamment au lancement de Qwant junior destinée aux plus jeunes, où la détection et le blocage de contenus toxiques seront déterminants. Il en va de même pour Impakt qui aura tout à gagner du développement du machine learning pour maintenir une qualité de recherche des informations sur les marques.

De par une immatérialité et une omniprésence dans nos vies privées et professionnelles, sous nos doigts filent du CO2, des forêts et des rivières.

Aucune de ces propositions ne répond à la problématique souche : une consommation débridée du numérique. Il faut en appeler à un changement en profondeur : comment consommer moins, mais mieux ?

Qu’attendons-nous ? Un navigateur qui nous ferait réfléchir avant de cliquer ? Des réseaux sociaux cloisonnés ? Une boîte mail avec un maximum d’envois par jours ? Si tout le monde prend sa part de responsabilité, une autre navigation est possible.

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Je manie le verbe numérique pour partager les bonnes pratiques social media, et les écueils à éviter. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations, avec ou sans connexion, pour mieux vivre le nomadisme digital !