Le cabinet de curiosités robotiques

Bip bip bip. Qui est là ? C’est la fiction qui rattrape la réalité. Vous voulez une fleur qui parle ? Pas de problème demander une tulipe ! Vous voulez un dinosaure qui prenne votre réservation ? Demandez le réceptionniste ! Avec des robots aux fonctions et aux allures diverses, l’hôtel japonais Henn na nous offre un voyage futuriste. C’est une véritable expérience que propose de vivre cet hôtel. Avec ces 243 robots pour 8 employés humains, l’hôtel offrirait un véritable vivier d’interactions Homme-machine pour des chercheurs et de feedbacks pour des ingénieurs. Mais ce qui intéressait l’hôtel, ce n’était pas son potentiel de datas, mais sa valeur comme divertissement tout en faisant des économies. Imaginer un endroit où de l’accueil, à la réception, aux bagagistes, aux agents d’entretien, et même à l’assistant dans votre chambre, vous communiquiez avec des robots. C’est toute la chaîne de service client qui est prise en charge par les automates. On imagine bien les clients et encore plus des enfants s’émerveiller devant leur seule présence comme si cela ajoutait quelques paillettes à leurs tâches, somme toute, triviales. Ce n’est pas tout ! Certains robots avaient aussi pour seule fonction de divertir comme les robots danseurs. Cependant, on ne peut pas être au four et sur les planches de théâtre. Entendez ici qu’entre la notion de service et de divertissement, il faut parfois choisir.

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Commedia dell'automa, fini de rire !

Trois ans après l’inauguration, le constat est plutôt amer. Loin de se profiler sur un sombre épisode de Black Mirror, l’hôtel déplore un nombre incalculable de pannes et bugs, mais surtout une insatisfaction générale des clients, à en croire le Wall Street Journal. Fini de rire ! Si le ridicule de certaines situations peut s’apparenter au comique de situation, un mauvais séjour à l’hôtel ce n’est pas toujours risible. Les problèmes s’accumulaient. Les employés humains, qui devaient voir leur travail facilité, se retrouvaient à réparer les robots sans y être formés en plus de réaliser les tâches assignées à l’origine aux robots. Les clients ne pouvaient pas avoir accès à certains services. Comme les robots bagagistes qui n’avaient pas les roues requises pour atteindre certaines chambres. Au-delà de tout cela, telle la vis supplémentaire restante dans un kit IKEA, c’était les problèmes intrinsèques aux robots qui étaient la cerise sur le gâteau. La tulipe Churi notamment, programmée pour répondre à des questions sommaires, se mettait en marche spontanément empêchant parfois les clients de dormir ou de profiter du calme. En bref, toute cette folie douce est vite devenue un capharnaüm ingérable et les gérants ont dû se séparer de plus de la moitié de leurs robots. Il faut croire que certains services restent encore plus faciles à attribuer à des employés humains.

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Le pari était risqué. À l’instar des débuts d’autres divertissements ou arts forains, il n’est pas dit que l’histoire du Henn na sonne le glas des robots employés ou des robots « freaks ». Si le gérant de l’hôtel a sûrement mis la charrue avant les bœufs, on peut cependant reconnaître une certaine témérité au tenancier. Toute entreprise commerciale est risquée surtout quand elle est insolite et pionnière. À travers cette fable moderne, il est intéressant de se questionner sur le rôle réel des robots dans cette histoire. L’incapacité des robots à assumer leurs tâches a primé sur leur capacité à divertir. En sera-t-il toujours ainsi ? Peut-on imaginer un monde où les robots seraient là pour nous amuser ? Ou tels des animaux ou des « bêtes de foire » seraient moqués, enfermés et observés depuis des cages dorées ou des prisons de verre. De quoi la robotique de demain est-elle faite ? Et quelle est la responsabilité de l’humain ?

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED