Chut, on vous explique

Les sextoys connectés ne sont pas tellement différents des autres, ils sont souples, en silicone, doux, heureusement ! Ergonomiques, waterproof, silencieux, vibrants à des degrés évolutifs et d’une autonomie à faire rêver, trois à quatre heures selon les modèles, pas de risque de tomber en panne à des moments inopportuns. Bref faciles d’utilisation et surtout connectés ! On évite de vous parler des formes et des couleurs pour vous laisser quelques surprises lorsque vous vous lancerez par vous-même.

Alors bien sûr pour une personne novice, la question peut se poser : connecté, ça veut dire quoi ? Ces sextoys sont connectés par internet, parfois en Bluetooth et donc contrôlables à distance via une application à télécharger sur votre smartphone. Exit donc la télécommande que perd Katherine Heigl dans L’abominable vérité. Désormais, le joujou, c’est le smartphone. Mais qui égare aujourd’hui son téléphone portable ?

Une invitation et c’est parti, chacun peut contrôler la vitesse et le type de vibrations sur le jouet de l’autre. On pourrait presque avoir le sentiment d’interagir avec son partenaire. Skype est ensuite un bon moyen pour se voir ou se parler et pimenter la relation.

Comme tous les jouets, les objets de la SexTech ont un petit nom : Max & Nora ou Onyx & Pearl, respectivement pour l’homme et la femme. Mais aussi sa personnalité, disons, son petit plus qui fait que… Onyx & Pearl proposent par exemple une plateforme de visioconférence intégrée afin de se voir et de se parler. OhMiBod ! lui, se synchronise avec votre iPod pour vibrer au rythme de la musique. Sexfit permettra, de son côté, à Monsieur de mesurer toute son activité sexuelle : calories brûlées, nombre d’aller-retour, durée du coït… et aussi de partager toutes ces informations sur les réseaux sociaux. Des performances dans la même logique que la montre connectée des sportifs. Le must !

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Avec le Svakom Siime Eye, Mesdames, c’est à vous de vous concentrer, attention, vous êtes filmées ! Nous frôlons ici le débat à l’Assemblée nationale. Notre vagin, parce qu’il s’agit bien sûr uniquement de celui-là, se met à la mode du selfie et mieux, filme votre orgasme de l’intérieur. Oui, oui. La jouissance d’un nouvel art que vous pouvez envoyer ensuite à votre partenaire ou partager avec d’autres. De quoi vous complexer ou vous désinhiber à jamais.

La sextech joue les affinités

Ne nous arrêtons pas en si bon chemin. La SexTech en quête d’innovations cherche évidemment à s’intégrer à de nouvelles perspectives et invente de nouveaux concepts. Le cinéma toujours à l’affût de nouvelles idées s’est déjà emparé de la réalité virtuelle notamment pour un scénario de la série « Future Sex » visible sur Blackpills. Et il n’a pas fallu longtemps pour que l’idée d’une relation connectée à distance ne vienne se greffer avec un site de rencontres. Encore en recherche de visibilité sur Internet, la société Taïwanaise LovePalz a lancé en 2014 son nouveau Club de rencontres. Selon Viv-Lu, la porte-parole du site, il a pour vocation de satisfaire un fantasme très répandu : «beaucoup de gens rêvent d’avoir une relation sexuelle avec un(e) parfait(e) inconnu(e)». Un tantinet libertins, leurs deux sextoys Zeus & Hera se fréquentent si affinités pour une rencontre connectée. Il faut, bien sûr être aficionado, car équipé pour donner la main à la personne choisie. Comme Onyx & Pearl, Zeus & Hera sont connectés ensemble et reproduiront les mouvements de chacun des deux utilisateurs en les répercutant sur l’autre. Évidemment, cela n’engage à rien, juste à se faire plaisir et on évite ainsi tous les malentendus. Mais peut-on parler de relation par touches de Smartphone interposées ? Cela peut être une première entrée en matière, différente, certainement jouissive et peut être rassurante. Mais ne risque-t-on pas d’être déçu, car finalement est-ce qu’un bon doigté connecté est donné à tout le monde ?

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Passionnée de technologie et de littérature, Christèle le Coq, fondatrice de la société E.Sensorie et entrepreneure dans la SexTech, a eu quant à elle, une jolie idée conçue pour les femmes : relier un sextoy avec une application de lecture à contenu érotique. Fini les lectures coquines qui vous émoustillent sans vous satisfaire. L’histoire s’invite dans votre vie, car au gré des passages, le Little Bird, ce premier sextoy made in France, vous donne la réplique. Ce projet, primé au CES de Las Vegas en 2016 s’est bien envolé sur le marché, mais malgré 23 pays intéressés, la société cherche aujourd’hui un repreneur.

Pirater, mais pas jouer

Tous ces objets connectés n’échappent pas à la problématique d’Internet aujourd’hui : le piratage. Cet article du Monde rapportait en août dernier la découverte d’une faille touchant les connexions Bluetooth en basse consommation de certains objets connectés. Comme le précise Christèle Le Coq, « il est tout à fait possible de visualiser avec votre téléphone les applications d’un sextoy connecté, c’est pourquoi nous avions développé un système de sécurité ». Alors évidemment vous conviendrez qu’il est bien plus marrant d’essayer de hacker l’appli d’un sextoy que le téléphone portable d’Emmanuel Macron. Sauf si celui-ci contient le logiciel adéquat à votre joujou. Des fabricants ont déjà été condamnés pour la collecte de données tels que les fréquences, les programmes favoris ou l’intensité des vibrations. Il faut bien améliorer les programmes pour le plus grand plaisir des utilisateurs, bien sûr ! Mais notre vie et nos affinités sont visiblement sans secret pour tous ces collecteurs de données.

 

Mais ne manque-t-il pas un peu de get in touch à ces connexions sensuelles ? Jusqu’où ira l’innovation SexTech dans ce domaine ? La technologie et la science dans cette recherche du toujours plus et du toujours mieux, peut-elle remplacer la relation amoureuse ? Selon la sexologue Helen Driscoll de l’Université de Sunderland, « les relations “sex tech” ramèneront nos parties de jambes en l’air entre humains au rang de pratique primitive ». Pour d’autres, ces sextoys connectés peuvent au contraire « enrichir la relation, compenser et s’adapter pour apporter un peu d’humanité aux sexclus ». C’est d’ailleurs le prochain projet de Christèle Le Coq. On espère vous en parler très bientôt.

Sandrine Plaud
Sandrine Plaud
Conteuse numérique
Rapporteuse d’histoires dès que les mots et les images s’en mêlent.