La data au service de l’humain

Christine Raynard, ancienne cheffe de projet au département Développement durable et numérique chez France Stratégie, a donné sa définition des Smart Cities en 2017 : « la Smart City est une ville qui collecte et traite des données en vue de développer des services numériques qui lui permettent d’optimiser sa gestion au quotidien, qu’il s’agisse du trafic, de la fourniture d’énergie, ou du traitement de l’eau et des déchets par exemple, mais aussi la gestion de crises. Les habitants de leur côté disposent d’informations en temps réel qui leur facilitent la vie ».

Oui, qui dit « smart », dit data. Les grandes méchantes Big Data, celles qui contiennent toutes les informations existantes sur nous en ligne. Aujourd’hui, elles sont encore principalement récupérées et exploitées par les GAFAM. Mais l’un des principaux challenges pour la création de smartcity sera de faire en sorte que tout cela soit géré par l’Etat. Pour commencer, il est nécessaire de créer un véritable e-service public, propre à chaque ville. En effet, une ville est régie par 6 axes de développement, à savoir l’économie, la mobilité, l’environnement, les habitants, le mode de vie et l’organisation. Les villes ont des objectifs différents, qu’elles peuvent partager entre elles pour se regrouper et se smart-développer ensemble.

Lire aussi : Mobilité, l’innovation dans les transports, écolo d’abord

A noter que pour un développement efficient, la smartcity doit se baser sur trois leviers capitaux qui régissent toute mutation d’une ville. C’est l’association des domaines économiques, sociaux et environnementaux qui permettent un développement durable. Si l’un de ces socles n’est pas pris en compte, le développement risque d’être bancal.

Une révolution déjà en marche

Au rythme auquel notre monde avance, on estime qu’en 2050, plus de deux tiers de la population mondiale vivra dans une ville. Il faudra donc bien d’ici là que nos villes puissent accueillir autant de personnes. Et l’espace n’étant pas expansible à l’infini, il faudra trouver des solutions pour parvenir à faire vivre plus de personnes dans le même espace et dans de bonnes conditions. Ces solutions voient déjà le jour depuis quelques années. Car le changement, cela prend du temps. Comme on l’entend dans beaucoup de domaines aujourd’hui, il est nécessaire pour chacune des stratégies que l’humain soit au cœur du processus. La data au service du citoyen et non l’inverse.

Lire aussi : [Tourisme 2.0] Voyage au bout de la connectivité

Pour commencer par un brin de chauvinisme, la France a déjà mis en place quelques tentatives d’amélioration. Même si son plus grand challenge, vous en conviendrez, sera l’e-administration. Une des actions les plus notables a été réalisée à Paris, et concerne le budget participatif. En 2017, 7,5 % de la population parisienne ont participé à cette expérience en votant en ligne pour un budget citoyen. Ce score n’est pas négligeable, mais reste largement améliorable. Descendons plus au sud, à Lyon. En 2015, la ville a mis en place « Hublo », un système de supervision global d’exploitation de l’eau. Il permet d’avoir une vue d’ensemble sur toutes les actions, les travaux, la météo… en bref, tout ce qui a un rapport avec l’eau potable.

Continuons notre exploration encore plus au Sud, à Barcelone. C’est dès 2014 que la ville a décidé de prendre les choses en mains avec l’installation de lampadaires intelligents, équipés de LED et de capteurs qui détectent lorsqu’une personne passe à proximité, ajustant ainsi la luminosité et par conséquent la consommation énergétique. Ces lampadaires nouvelle génération auraient permis une économie d’énergie de 30 %.

Sur ces trois exemples, on démontre bien que les préoccupations et objectifs divergent en fonction des villes. Singapour par exemple époustoufle bon nombre de ses touristes avec ses supertrees équipés de modérateurs de température, de gigantesques arbres artificiels situés au Garden Bay, véritables havres de paix et de nature au cœur d’une mégalopole mondiale. La ville de SongDo en Corée du Sud est quant à elle, un projet privé, où tout est planifié pour être smart. La ville est précurseur dans ce domaine puisqu’elle a été créée spécialement dans cette optique. Malgré tout, elle semble pour l’heure davantage perçue comme un parc d’attractions que comme une ville à part entière. Car elle comptabilise tout juste 100 000 habitants, alors qu’elle pourrait en accueillir le triple. En déménageant là-bas, vous parlerez plus facilement à votre voisin par écran interposé qu’en le croisant au coin de la rue. L’on peut également citer Vilnius qui base son développement sur la numérisation de la population, Mexico qui se smart-développe avec un objectif sécuritaire et bien d’autres encore…

Il faut que ce soit green, ok ?

Peut-être que vous aussi lorsque vous entendez « Smart City », vous avez immédiatement en tête les voitures volantes du 5e élément. Et bien nous n’y sommes pas encore, mais nous approchons cette réalité à grands pas. En effet, nombreux sont les projets tous plus fous les uns que les autres à voir le jour. Nous parlons ici non pas de la ville de demain, mais celle d’après-demain.

Et qui mieux pour créer la ville du futur que le grand Facebook. Le réseau le plus célèbre du monde a enclenché depuis déjà maintenant trois ans un projet appelé « Zee ville », estimé à 177 milliards d’euros. Mais cette smartcity n’est pas destiné au monde entier, mais bien à celui de Mark Zuckerberg. En effet, Zee ville s’adresse aux employés de Facebook. Allons-nous découvrir les corons 2.0 ? Réponse à la fin des travaux.

Lire aussi : Reconnaissance faciale, souriez, vous êtes fichés

À l’inverse, si un architecte ne laisse aucun doute sur l’aspect ultra futuriste de ses créations, c’est bien Vincent Callebaut, quadragénaire belge que Wikipédia classe dans le mouvement architectural « Utopiste écologiste futuriste visionnaire ». Rien que cela. Dans le genre smartcity, il imagine des villes flottantes au Brésil, des centres commerciaux en bois en Chine ou encore des tours énergétiques vertes à Paris en 2050, des projets absolument vertigineux.

Et il n’est pas le seul à avoir une imagination débordante. Prenez le cabinet d’architecture Luca Curci, il promet une ville dans le désert ultra intelligente, peut-être inspirée de Tatooine ? Dans leur large panoplie de projets architecturaux, il prévoie également une ville verticale, une smartcity qui trônerait au milieu des eaux du Moyen-Orient.

Restons dans cette zone géographique pour parler de Neom. Rien à voir avec le héros de Matrix, nous parlons bien ici d’un projet de ville en Arabie Saoudite. Ce pays qui l’année dernière a donné la nationalité à un robot féminin répondant au nom de Sophia, est capable de toutes les contradictions. En effet, si les femmes y sont soumises à des règles très strictes, l’on découvrira dans la vidéo de présentation de Neom des femmes qui travaillent, voilées ou non, au même rang que des hommes. Et si la Smart City était vraiment intelligente ?

 

Revenons dans le présent, avec des projets aussi impressionnants que cela, qui n’aurait pas envie d’une intelliville ? Faible doit être le nombre de réfractaires. Mais avant d’arriver à des cités futuristes, la mutation doit se faire lentement et avec précaution. En effet, la technologie est un formidable moteur de progrès, mais également une source de problèmes, en matière de cybersécurité notamment. Pour qu’une ville soit intelligente, il faut que son économie, sa mobilité, ses citoyens, son environnement, son administration et son mode de vie le soient également. Alors, à vos marques, prêts, smartez !

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.