Pas facile de bouleverser des années de rendez-vous en face à face avec son médecin de famille, où confiance et amitié se mêlent allégrement. Cependant, les heures d’attentes dans une salle bondée de gens malades pour une simple visite de routine ou un renouvellement d’ordonnance a toujours eu le don de me gâcher la journée. Il n’en fallait pas plus pour me faire basculer du côté des adeptes de la consultation en ligne. Une inscription rapide sur l’application et moins de quinze minutes plus tard, j’étais en visioconférence avec un médecin sur l’écran de mon smartphone. Simple, rapide et pratique, la téléconsultation a de quoi séduire, mais affiche également ses limites.

Je dois raccrocher, j’ai rendez-vous avec mon médecin !

Vous vous sentez patraque, avec de la fièvre et un mal de gorge ? Accédez en quelques clics et dans un temps record aux conseils d’un médecin directement depuis chez vous, grâce à de nombreuses applications. Selon les prévisions du gouvernement, l’année 2019 devrait représenter 500 000 actes de téléconsultation et le double en 2020.

Car rien ne vaut la pratique, j’ai effectué un test au travers de l’application LIVI, récemment arrivée de Suède sur le marché français. Le principe est simple. Après avoir complété votre profil, la page d’accueil vous propose d’entamer la procédure de prise de rendez-vous par simple clic. Elle indique le temps d’attente moyen, généralement situé entre 10 et 15 minutes. Un questionnaire assez complet vous est soumis, ainsi que la possibilité de charger des photos de votre gorge, des yeux ou toute autre zone concernée par votre demande. Une fois le temps écoulé, vous recevez un appel en visioconférence. Le visage du médecin apparait sur votre écran et inversement. Un échange de questions et de réponses plus tard, le diagnostic est posé. La feuille de soin est transmise à l’Assurance maladie par le médecin et une prescription est envoyée par mail ou courrier. Il ne vous reste plus qu’à l’imprimer avant de vous rendre à la pharmacie.

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Essentielle dans les zones de désert médical, la téléconsultation est néanmoins soumise à la qualité du réseau internet. L’arrivée imminente de la 5G va grandement simplifier son accès à la majorité de la population et aux personnes handicapées. Elle est dorénavant remboursée à hauteur de 70 % par l’Assurance Maladie, les 30 % restants à la charge des complémentaires santé. En fonction des horaires et des week-ends, des dépassements d’honoraires sont appliqués de la même manière qu’une consultation normale. Le règlement est majoritairement effectué par carte au travers d’un paiement sécurisé en ligne ou par un chèque adressé au cabinet médical.

En misant sur la démocratisation de cette pratique, la société française H4D a développé des cabines de télémédecine appelées « Consult Station ». Équipées de différents outils, elles permettent de mesurer la température, le rythme cardiaque, la tension, de réaliser des tests auditifs, visuels et autres. Un moyen plus complet pour apporter au médecin les informations nécessaires de manière précise et pour atténuer le scepticisme d’un rendez-vous sans les palpations et les tests habituels.

Après la peur de la piqure… la méfiance du diagnostic par téléconsultation 

Face aux hypocondriaques qui risquent de faire monter le temps d’attente, les « bélonéphobe », eux, vont apprécier se tenir à distance des outils à aiguilles des médecins. Mais il est important de préciser que la téléconsultation est destinée à des symptômes bénins. Toute pathologie plus sérieuse nécessite une consultation classique.

Les plus attachés à la relation de proximité du médecin de famille crieront à la médecine déshumanisée. Le patient ne serait plus qu’un amas de données qu’il faut traiter au plus juste dans un minimum de temps. Un constat qui est alimenté par la méconnaissance de la procédure de téléconsultation. Une enquête menée par la Société française de télémédecine et divers partenaires a mis évidence que 45 % des personnes interrogées ne savent pas, ou très peu, ce qu’est réellement la télémédecine. À cela s’ajoute le problème de la qualité des informations fournies, notamment au niveau de l’historique du patient, qui alimente la crainte du mauvais diagnostic. Il est dans la nature humaine de se méfier de ce que l’on ne connait pas et il va falloir un moment avant d’être aussi à l’aise devant son écran que dans le cabinet de son praticien.

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Il y a un gros travail à effectuer pour vérifier l’ensemble des données obtenues. Plus encore pour assurer leur interopérabilité au travers d’un partage efficace. Un véritable obstacle compte tenu des diverses applications disponibles et qui continuent d’arriver en nombre sur le marché. Elles varient en fonction de la spécialité du praticien, fragmentant d’autant les données vous concernant.

Alors en attendant un système regroupant toutes les informations, on peut d’ores et déjà apprivoiser le principe de la téléconsultation avec des applications bien en place. Parmi elles on retrouve Docavenue, une branche du groupe de logiciels médicaux Cegedim, Leah.care et son site pratique très bien réalisé ou encore MesDocteurs, Qare et LIVI. On citera également la start-up strasbourgeoise TokTokDoc qui se fait une place remarquée dans les Ehpad afin de faciliter l’accès aux soins des résidents. Enfin on ne pourra passer à côté du numéro un de la prise de rendez-vous médicaux en ligne, le site Doctolib, qui a lancé depuis janvier son propre outil de téléconsultation.

Les temps changent et la santé est en plein boum, entrainée par un essor technologique qui ne semble pas près de s’arrêter. Même si les habitudes ont la vie dure, la visite chez le médecin s’adapte aux besoins de la population actuelle et offre un nouveau visage au travers de la visioconférence. Au-delà du progrès, c’est maintenant dans l’usage que la véritable évolution doit se faire. Aucun doute que de nombreux ajustements sont à venir pour gommer les réticences et affiner l’exactitude des diagnostics. Mais quoi qu’on en pense, le changement est en marche et la téléconsultation a de belles années devant elle.

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.