Lundi matin, il s’est passé quelque chose de formidable. A la radio, à la télévision, dans les journaux, on félicitait unanimement des joueurs professionnels de jeux vidéo pour avoir enchainé des parties. Mais pas n’importe où : au Z Event, où ces derniers venaient de récolter, grâce à leur communauté, 1 million d’euros pour Médecins Sans Frontière.

Z’est quoi le Z Event ?

Ce week-end donc se tenait à Montpellier la troisième édition du « Z Event » organisée par les deux streamers (comprendre des « Youtubers jeux vidéo ») Adrien – ZeratoR – Nougaret et Alexandre – Dach – Dachary. Leur objectif ? Rassembler les 40 streamers les plus connus de France et leur communauté autour d’une bonne cause, en organisant un marathon de jeux vidéo retransmis en direct sur internet. Imaginez une compétition sportive diffusée pendant 3 jours sur 40 chaines de télé différentes, avec sur chaque chaine un sport différent, et pour chaque sport une star qui se prête au jeu. Le Z Event, c’est pareil. Sauf qu’au lieu du football ou du tennis, vous pouviez voir des matchs de League of Legends ou Fornite, et à la place de Messi et Serena William, Sardoche et Terracid.

Si n’êtes pas familier avec les jeux vidéo, il se peut que vous trouviez tout cela un peu obscur. Et si vous trouvez déjà cela obscur, alors on vous déconseille d’aller voir les vidéos best-of de l’évènement, pourtant un joli melting-pot de performances vidéoludiques et de vidéos humoristiques pas accessibles à tout le monde. Par exemple la chanson « J’adore le Zboub » écrite pendant les 3 jours du Z Event est devenue l’hymne de l’événement.

 

Obscur, sachez en tout cas que cela ne l’est pas pour Médecins Sans Frontières pour qui le Z event a réuni, grâce aux dons des internautes-spectateurs, plus d’1 million d’euros ce week-end. Si on ajoute à cela les 53 h de direct en continu ou encore les 400 000 personnes qui ont suivi l’évolution des dons dans les dernières minutes : les chiffres ont de quoi impressionner, le succès aussi.

Cette année, l’un des deux co-organisateurs Adrien Z — avaient promis de se raser les cheveux si le million d’euros récoltés était atteint. C’est un beau trophée c’est sûr mais ça n’explique pas tout.

On l’avait vu venir (enfin, presque)

Au fond, ce succès c’est tout sauf une surprise. Alors, on vous voit déjà venir nous dire : « Facile à dire une fois que l’événement est passé » et vous auriez… raison.

Pourtant, il y avait bien quelques signes qui ne trompaient pas. D’abord, les deux éditions précédentes : En 2017, le Z Event avait permis de récolter 500 000 € (tout de même !) pour la Croix Rouge française. L’année d’avant, 170 000 € pour Save The Children. Pas mal pour une première édition.

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Et puis le principe n’est pas nouveau et il a déjà fait ses preuves, notamment aux Etats-Unis avec les Game Done Quick. Toutefois c’est la première fois en France qu’un « téléthon du jeu vidéo » rassemble autant et bénéficie d’une telle couverture médiatique, c’est vrai (malheureusement, une fois que les dons étaient fermés). Mais alors pourquoi maintenant ?

Jeux d’enfants, jeux d’adultes

Mais oui, pourquoi maintenant ? Peut-être tout simplement parce que le jeu vidéo en France a grandi. Un peu comme la génération de joueurs qui l’a vu se démocratiser à partir des années 1990, alors qu’ils n’étaient qu’enfants ou ados.

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Le temps est passé et le « 10e art » fait aujourd’hui partie de la vie de la moitié des Français. On vous donne les chiffres : 51 % des Français jouent régulièrement aux jeux vidéo, 53 % sont des hommes, 47 % des femmes, et le joueur moyen a environ 39 ans. Evidemment, il y a des nuances entre les « hardcore » et les « casual gamers ». Mais il est bien loin le temps où le fan de jeu vidéo était un geek binoclard aux cheveux gras qui préférait tuer des zombies sur ordinateur toute la nuit plutôt que de sortir avec ses amis (de toute façon, il n’en avait pas). Aujourd’hui, les parents qui ont commencé à jouer aux jeux vidéo étant enfants sont en âge d’en avoir eux aussi. Et qui jouent aux jeux vidéo évidemment. Ça change tout. Notamment la taille du marché vidéoludique, qui représentait en 2016 plus de 3 milliards d’euros de chiffres d’affaires. Ou bien le succès de jeux comme Assassin’s Creed (du studio de Montreuil Ubisoft), devenu une véritable licence déclinée en une dizaine d’opus mais aussi au cinéma. Ou enfin le travail gargantuesque derrière Red Dead Rédemption 2, le nouveau bébé des studios Rock Star Game (créateur de la série GTA) qui, au-delà de pulvériser les records de ventes, peut se targuer d’avoir un scénario principal plus long qu’un roman de 2 000 pages…

Un Z Event d’air frais ?

Nouvelle ère ? Difficile à dire, mais c’est probablement le début de quelque chose. Ce Z Event est un marqueur fort car le jeu vidéo est parvenu, au moins le temps d’un week-end, à intéresser une population jeune à une cause humanitaire et à sortir du carcan jeunesse/violence/inutilité qu’on lui avait construit.

Le jeu vidéo se démocratise, et probablement que les événements comme le Z Event aideront à faire changer le regard d’une partie de la société sur ce qu’il est. Mais le chemin est encore long. Il y a un an, le président de la République félicitait les organisateurs du Z Event via Twitter. Cette année, silence radio, mais c’est probablement parce qu’il avait encore la tête aux commémorations du 11 novembre… ou que le montant récolté l’a laissé sans voix.

Adrien Deydier
Adrien Deydier
Explorateur moderne
Je navigue sur les mers agitées du web à la découverte de nouvelles terres nettes pour Internet. Pirate mais pas hacker, en quête d'idées précieuses et de trésors au fond des mots.