Il existe un florilège de clichés sur le digital nomade. L’un, véritable aventurier 2.0, accumule des expériences culturelles riches et jouit d’un partage de connaissances sans bornes. L’autre serait bobo baroudeur et détenteur de toute une panoplie de gadgets numériques. Il vogue de locations airbnb aux espaces de coworking léchés, de préférence dans un pays en voie de développement. La réalité se situe entre les deux, mais comme vous le verrez plus bas, plus proche de chez nous qu’on ne le pense.

Actuellement, nous arrivons à un sacré virage en épingle dans l’histoire de ces vagabonds numériques : la carte postale écornée.

Les pionniers, partis dans les années 2010, et devenus influenceurs en la matière, mettent fin à leurs pérégrinations. L’heure est au réalisme et au récit de la vie pas si rose liée à ce mode de vie. Les problématiques sont multiples : l’éloignement, l’adaptation perpétuelle, des connexions précaires et l’impression de vivre en apnée migratrice. Le digital nomade serait-il en manque d’IRL ?

D’autre part, l’effet de mode, qui opère actuellement, fait dangereusement tourner cette quête initiatique en échappatoire du quotidien occidental. Remettons les choses d’équerre avec Mélodie Maire, développeuse web et fervente pratiquante du digital nomadisme depuis 2 ans.

Mélodie, qu’est ce qui t’as amené à envisager la vie de digital nomade ?

En 2016, j’ai quitté mon travail et j’ai pris un billet sans retour pour l’Amérique du Sud. Après un an d’une vie libre, sans contrainte et sans agenda, j’ai cherché de nouvelles options pour organiser mon emploi du temps, d’une manière différente du classique travail/week-end. Le travail indépendant me trottait dans la tête depuis plusieurs mois et je suis rentrée en Europe dans un bateau qui s’appelle la Nomad Cruise sur lequel voyageaient d’autres personnes comme moi, qu’on appelle maintenant “nomade digitaux”. Ce retour par les eaux et dans cette communauté a été l’impulsion finale pour me lancer dans ce mode de vie.

Comment la Nomad Cruise t’a-t-elle conquise ?

La Nomad Cruise a été la preuve pour moi qu’un autre mode de vie était possible. Il s’agit là de la concrétisation d’une pensée que j’avais construite au fil de la route.

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L’expérience est basée sur le partage de connaissance. Chaque personne de la communauté peut apporter son expérience, au travers de conférences et d’ateliers, où chacun a la possibilité d’assister à tous les ateliers organisés. Cela ouvre beaucoup de nouveaux horizons et d’idées, pour son activité professionnelle et l’organisation de la vie personnelle qui en découle.

Croisière Digital Nomade

Crédit : Mélodie Maire.

Comment t’es-tu préparée à cette « nouvelle vie » ?

En rentrant en France, je me suis lancée. J’ai dû me former pour adapter mes compétences professionnelles à ce type d’entreprise individuelle. Dans mon cas, étant ingénieure informatique, il s’agissait surtout d’apprendre un nouveau langage de programmation, adapté à des programmes plus petits (moins industriels que ceux sur lesquels je travaillais auparavant comme salariée). Puis réfléchir à mon positionnement en tant qu’entreprise de service, me faire un réseau et construire une clientèle.

Aujourd’hui comment vois-tu la vie nomade ?

Je n’ai pas un mode de vie 100 % nomade et pour moi, c’est ici qu’en réside toute la richesse. Mon objectif n’est pas de sauter de pays en pays tous les trois mois, mais d’être libre et indépendante d’un lieu précis pour mon activité professionnelle. Si je veux partir pour un projet à l’étranger, je le peux, comme je peux tout à fait choisir de rester en France un an pour un autre projet. C’est cette liberté que je recherche et qui m’est précieuse.

Qu’est-ce qui te motive ?

Sortir d’une routine m’a permis de prendre du recul sur beaucoup de choses et de savoir plus précisément le chemin que je voulais prendre. Ce qui me motive aujourd’hui, c’est cette incroyable liberté qui rend beaucoup de projets possibles. Par exemple, cette année j’ai lancé un projet d’écriture au travers d’un blog, j’ai pu partir en Colombie pour un projet culturel et l’année prochaine je reprends des études de musique. Ce sont des projets personnels que je n’aurais jamais pu faire avant, faute de temps et de “liberté géographique”.

Ce changement de rythme pose-t-il de nouveaux enjeux ?

Clairement, ce mode de vie peut parfois être problématique. Quand il n’y a plus de routine, la vie est une succession “d’aventures” et cela demande de prendre beaucoup de décisions, ce qui peut être stressant et déstabilisant. Par ailleurs, on fait souvent cavalier seul.

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Mais tout est une question de personnalité et de moment. Je suis prête à affronter les prises de décisions, car la liberté que j’obtiens en échange est précieuse et me permet d’avancer sur des projets qui me tiennent à cœur. Certains privilégient la stabilité, d’autres la sécurité et c’est très bien. Le tout est de trouver son équilibre.

Y a-t-il un gouffre entre les digital nomades et les sédentaires ?

Je l’ai observé, c’est vrai. Je pense que c’est un pendant auquel il faut faire attention. Il y a des quartiers dans certaines villes où les prix flambent à cause de ces nouvelles formes d’expatriation, où on y parle anglais. Il faut faire attention aux lieux spécialisés “nomades digitaux” qui peuvent parfois couper de la réalité d’un pays. Je crois qu’il faut voyager de manière consciente, choisir un pays pour sa culture, la respecter et y prendre part, qu’on soit nomade digital, touriste ou expatrié, d’ailleurs.

Un conseil pour les curieux de l’aventure ?

Tout simplement : de se lancer pour voir !

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Je manie le verbe numérique pour partager les bonnes pratiques social media, et les écueils à éviter. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations, avec ou sans connexion, pour mieux vivre le nomadisme digital !