Bonjour Maxime. C'est quoi Moonkeys ?

Maxime Kouchnir : MoonKeys, ce sont des ateliers après l’école qui se déroulent pour le moment dans nos locaux dans le 15e arrondissement de Paris et qui proposent aux enfants d’explorer plusieurs facettes du digital : le code, l’information et le storytelling.

Pourquoi avoir créé ces ateliers ?

Maxime Kouchnir : Ma femme et moi avons vécu 10 ans aux États-Unis et au Canada avec nos enfants. Quoi qu’on puisse en dire, les Américains ont clairement une longueur d’avance sur ce sujet. Là-bas, le système éducatif intègre les changements induits par les technologies. L’on y enseigne les « soft skills », comme la confiance en soi, le collaboratif, l’esprit critique, la créativité ou encore l’empathie.

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Avec le numérique, les métiers changent et il faut savoir être plus flexible. Nous ne connaissons pas 65 % des métiers de demain. Il va donc falloir être collaboratif et créatif. Notre système éducatif en France n’a en revanche pas avancé à la même vitesse. D’où l’idée de cette école. Puisque les enfants n’apprennent peu ou pas le numérique et ses implications à l’école, proposons-le en activités extrascolaires !

MoonKeys

Apprendre le code, ok. Mais pourquoi ces ateliers « reporter digital » et « storytelling » ?

Maxime Kouchnir : Nous n’avons pas du tout été éduqués à décrypter l’information et analyser sa véracité. Beaucoup d’entre nous prennent pour argent comptant le moindre article. Or tout le monde ou presque s’informe en ligne et surtout les adolescents. C’est ainsi que les fake news se répandent comme une traînée de poudre avec les conséquences que l’on commence à comprendre. C’est ce constat qui nous a donné envie de créer le programme « Reporter digital », en collaboration avec des journalistes du Monde des Ados. L’idée ici, c’est de concevoir un magazine collectif et d’apprendre à prendre du recul, de construire sa propre grille d’analyse, de jeter un regard critique sur l’information. Bref, d’apprendre à utiliser l’écriture en ligne, qui est partout, au travers des blogs, etc. On apprend ainsi aux enfants à décrypter les fake news. Ce thème est pour nous tout aussi important que la programmation. Il s’agit de comprendre le numérique de manière globale.

D’où ce troisième atelier « Storytelling ». Ici, les enfants apprennent à raconter et à communiquer, en imaginant leur propre structure narrative, au travers d’une histoire, et à la mettre en musique avec du stop motion et du montage vidéo. Le numérique, ce n’est pas que le code !

Et le code alors, à quoi ça sert ?

Maxime Kouchnir : Le code c’est le langage des machines et il est important de « comprendre ce qu’il y a sous le capot ». Plus que de la programmation pure, nous mettons l’accent sur la création d’un jeu vidéo et ses étapes. Le code devient alors un outil au service de la créativité. Le numérique n’est pas une fin en soi, c’est un outil, une nouvelle grammaire qu’il faut maîtriser. Et le code est loin d’être le seul maillon de cette grammaire. Donnons une culture générale numérique globale dès l’enfance, en responsabilisant, en rendant autonome dans l’utilisation des technologies en fonction de l’âge.

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C’est pourquoi nous prévoyons aussi un atelier « entrepreneuriat à l’ère numérique » dès février pour les 13-17 ans, l’objectif étant d’inspirer à agir et créer son projet dans un contexte où le numérique rend beaucoup de choses possibles. Oui, tout cela se prépare dès l’enfance.

MoonKeys

Que pensez-vous de l’addiction des enfants aux écrans ?

Maxime Kouchnir : Tout d’abord, ce n’est pas parce qu’on enseigne le numérique qu’on passe tout son temps derrière un écran pendant nos activités. Nous avons beaucoup de moments déconnectés, au moins 30 % du temps, même dans le code. Mais chez MoonKeys, nous considérons que le problème n’est pas tant les écrans que leur utilisation. Nous sommes dans un principe de « healthy technology » comme disent les anglo-saxons, comprenez « hygiène digitale ». Nous aurons beau les interdire, aujourd’hui les écrans sont là, nous ne pourrons plus faire sans. Nous pensons donc que rien ne remplacera l’éducation de l’enfant pour qu’il apprenne lui-même à en faire bon usage.

Et l’espace de travail où vous menez vos activités, comment a-t-il été pensé ?

Maxime Kouchnir : Effectivement, finie la salle de classe telle que nous l’avons connue et la connaissons encore malheureusement ! Pour l’anecdote je rappelle au passage que cette configuration nous vient de la fin du XIXème siècle et est en partie héritée du modèle militaire prussien qui avait besoin de former très rapidement de nombreux cadres militaires. Cela n’a plus de sens aujourd’hui. Chez MoonKeys, nous avons réinventé l’espace de travail pour en faire un espace de réflexion et de création : des couleurs, des poufs, des matières et une certaine l’esthétique. Et nous n’avons jamais plus de 10 ou 12 enfants par activité qui travaillent toujours en équipe.

Sophie Comte
Sophie Comte
Conteuse numérique
Je suis convaincue que le numérique s'adresse à tous, et je vous le raconte ici. Egalement cofondatrice et rédactrice en chef de Chut.