ACA, ça veut dire quoi ?

Catherine Pelachaud : Un ACA est un petit personnage virtuel, un logiciel qui a une représentation humanoïde avec lequel l’humain va communiquer et dialoguer. Il est enrichi de données afin de pouvoir décrypter une question et il va pouvoir répondre en fonction de ce décryptage.

J’ai eu la chance en Italie de collaborer avec une psycholinguiste Mme Poggi qui travaillait sur les gestes et le regard. Ce sont des signes qui ont une fonction communicante et sociale. La communication humaine est faite de comportements verbaux comme les mots ainsi que de comportements non verbaux comme la prosodie de la voix, l’intonation, les expressions du visage, les gestes, ou encore la position du corps. A l’ISIR, nous essayons de modéliser la fonction de ces comportements sur nos agents pour leur donner les moyens de les interpréter afin qu’il puisse ensuite décider quoi répondre et comment : quel geste faire, quand, sous quelle forme et en fonction de quelle pensée, etc.

Concrètement, comment fait-on pour insuffler de l’humanité à un robot virtuel ?

Catherine Pelachaud : Dans un premier temps, nous essayons de comprendre comment l’humain communique. Nous enregistrons ensuite des corpus, c’est-à-dire, des personnes en situation de communiquer. Nous les filmons avec une caméra, micro voire aussi Kinect 3D et nous analysons ces données, afin de comprendre, par exemple, les relations qui existent entre une certaine expression du visage et la perception des émotions que l’on peut avoir. Par exemple, quelle est la fonction du rire ? Manifeste-t-il de la joie ou bien s’agit-il de créer un lien social ? Une fois que nous avons la réponse, nous créons des modèles informatiques en mettant en place les relations que l’on a déduites. On les implémente et on obtient un personnage virtuel que l’on a doté d’une forme de raisonnement. C’est comme pour un dessin animé, sauf que le calcul des animations se fait ici en temps réel. Rien n’est préenregistré. C’est en donnant à l’agent la capacité de pouvoir se mouvoir, d’interpréter et de prendre des décisions qu’il devient émotionnel.

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Catherine Pelachaud, directrice de recherche au CNRS à l’Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique (ISIR), Sorbonne Université.

Le robot arrive-t-il à communiquer l’émotion avec l’homme ?

Catherine Pelachaud : Une interaction se crée, mais c’est l’homme qui en est à l’origine. L’ACA va envoyer des signaux et va faire des réponses. Mais ce qui est vraiment intéressant, c’est de voir comment l’humain interagit et interprète ces signaux. C’est ainsi qu’une relation va se créer parce que l’humain va de manière inconsciente imiter et se synchroniser avec le comportement de l’ACA. En d’autres termes, l’homme s’adapte au robot. Ensuite, pour que cela soit intéressant et plaisant, pour réellement faire passer un message et une émotion, il faut que l’interaction dure, qu’elle soit symétrique et que les deux soient actifs. Pour renforcer cette interaction, nous travaillons à simuler l’empathie chez les ACA.

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La recherche dans ce domaine fait partie de ce que l’on appelle aujourd’hui l’informatique affective, une discipline qui étudie les émotions dans l’interaction humain/machine. Cela peut aller de la détection des émotions et des expressions de l’humain, à la génération d’expressions, d’émotions pour les personnages virtuels ou les robots, ainsi que tout ce qui est modèle de décision : savoir quelle expression montrer.

Dans quel domaine développons-nous des agents conversationnels animés ?

Catherine Pelachaud : Les personnages virtuels sont des assistants dits « à court terme » utilisés dans plusieurs domaines, comme les opérations commerciales, pour répondre aux questions des clients, notamment les FAQ, afin d’améliorer l’expérience client. Dans le domaine de l’éducation, des tuteurs interactifs s’adaptent aux enfants, posent des questions et aident à apprendre. Ils peuvent aussi être « d’autres élèves », avec lesquels l’enfant va collaborer. Dans l’apprentissage, on a aussi les serious game, les jeux sérieux. Il s’agit de logiciels d’apprentissage qui utilisent les codes des jeux vidéo, par exemple, pour apprendre à des jeunes à passer un entretien d’embauche. Le personnage virtuel joue ici le rôle du recruteur. Il peut être plus ou moins sympathique, dominant, exigeant. Pour ce type d’application, cela nécessite de travailler sur les attitudes sociales avec des psychologues.

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Des ACA ont aussi été développés pour aider les enfants autistes. Ces agents virtuels stéréotypés vont les apaiser et les aider à reconnaître certaines émotions. Les États-Unis ont développé des ACA pour aider des personnes souffrant de stress post traumatisme. Des études ont fait ressortir le fait que ces personnes arrivent mieux à se confier à ces assistants médicaux, qui les écoutent sans les juger. Il existe aussi des agents pour faire passer des questionnaires. Il a été vérifié que les réponses ne diffèrent pas selon le moyen utilisé : questionnaire papier, face à une personne réelle ou virtuelle. Des recherches sont aussi menées dans les centres d’appel, avec l’utilisation d’algorithme d’intelligence artificielle pour aider les ACA à trouver la réponse adaptée.

C’est quoi, l’ACA de vos rêves ?

Catherine Pelachaud : On a développé des modèles sophistiqués, nos animations sont crédibles, mais encore génériques. On a encore du mal à donner à nos ACA des spécificités individuelles : rendre compte des attitudes personnelles, culturelles et sociales. Nous sommes tous des individus différents. Nous bougeons et communiquons tous en fonction d’une personnalité, d’un âge ou d’émotions. Dans l’avenir, si les Agents Conventionnels Animées et les robots deviennent de plus en plus présents dans notre environnement quotidien, ils vont se transformer en compagnons et vont devoir développer des formes de connivence. Ils ne vont pas nous remplacer, mais ils seront plus proches. Il est donc important de prendre en compte l’importance des émotions et des interactions sociales.

Sandrine Plaud
Sandrine Plaud
Conteuse numérique
Rapporteuse d’histoires dès que les mots et les images s’en mêlent.