Twitter et vous, une belle histoire d’amour digital ? Vous nous racontez ?

Marie-Christine Lanne : Twitter a changé ma façon de vivre. Vraiment. Au départ de mon histoire digitale, en 2010 j’écoutais un matin BFM business. Stéphane Soumier recevait Hugues Le Bret, à l’époque Dircom de la Société Générale. Ils revenaient ensemble sur l’affaire Kerviel et tout le buzz que cela avait généré sur les réseaux sociaux. H. Le Bret a eu cette phrase « j’estime que pour un Dircom, ne pas connaitre les réseaux sociaux, c’est une faute professionnelle ». Je me suis sentie concernée, car j’en avais entendu parler, bien sûr, mais je ne les pratiquais pas. Ces outils étaient encore peu installés au sein des entreprises. Cela m’a décidée à m’y mettre. Nous avions une petite équipe de pionniers chez Generali qui avaient fondé les premiers Twitt Apéros de la Banque et de l’Assurance, les TABA. Je me suis appuyée sur leurs conseils et ceux d’une coach digitale, Laurence Galambert. Elle avait créé un blog amusant intitulé « les réseaux sociaux pour les blondes ». Son approche avait l’avantage de dédramatiser le sujet. Je me suis lancée avec ses conseils et j’ai commencé à m’intéresser à la curation de contenus (sur Scoop.it) pour trouver plus vite des articles qui correspondaient à ma ligne éditoriale : les risques environnementaux et les initiatives des gens engagés dans le développement durable dont les actions réduisaient leur empreinte environnementale. Ces sujets touchaient aux engagements sociétaux de Generali.

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Et depuis, je n’ai jamais plus cessé. S’inspirer des actualités ; partager avec mes followers. Comme une respiration. Dans ce monde digitalisé, ce qui vous inspire en inspire d’autres, qui partagent vos contenus, et vous pouvez ainsi devenir influent. En 2014, des trophées de la communication digitale au féminin ont été organisés par TF1. J’y ai été sélectionnée par le système Augure comme la dircom qui créait le plus d’engagement sur les réseaux sociaux. J’ai gagné le trophée de la dircom digitale sans même avoir candidaté …moi qui n’y connaissait rien 4 ans avant. Gratifiant d’être perçue comme une geek à plus de 50 ans ! Aujourd’hui, alors que mon groupe n’est pas un gros annonceur, je suis régulièrement classée parmi les dircoms les plus influents. Preuve que nous avons changé de paradigme dans ce métier. Auparavant, un dircom reconnu était celui qui avait des campagnes de pub primées. C’est toujours un facteur de reconnaissance, mais ce n’est plus le seul !

Pensez-vous qu’il est aujourd’hui nécessaire pour une entreprise d’être présente sur les réseaux sociaux ?

Marie-Christine Lanne : C’est devenu un media plus puissant que certains médias traditionnels. On ne doit plus faire l’économie d’y être. Dans le BtoB, LinkedIn s’impose comme un vrai média où il est bon pour les entreprises – même les TPE PME- de faire valoir leurs savoir-faire ! Quasiment tous les journalistes sont sur Twitter pour sourcer des sujets, des entreprises et des experts. Si vous n’y êtes pas, comment vous en faire reconnaitre ? Instagram est LE réseau social de l’image. Quant à Facebook il rassemble plus de 2 milliards d’adeptes. Ce sont devenus des incontournables pour tout communicant. Le meilleur conseil ? Etre régulier pour développer son image ; se positionner sur un registre cohérent avec l’activité de son entreprise. Mais il ne faut pas se transformer en femme ou homme sandwich. Nous sommes passés au temps de la communication conversationnelle. Cela ne doit pas être un monologue de la marque qui vante ses mérites. Il faut se présenter comme une entreprise soucieuse d’établir un dialogue avec ses parties prenantes et qui s’inscrit dans l’actualité de son secteur. Il faut être intéressant avant d’être intéressé.

Quelle est votre utilisation du digital au quotidien dans votre métier ?

Marie-Christine Lanne : Tout est imprégné par le digital dans la communication aujourd’hui : les contenus, les médias internes de l’entreprise via intranet, etc. Les relations avec les journalistes passent souvent par Twitter : je reçois régulièrement des sollicitations d’interviews pour mon PDG par DM (direct message). Les réseaux sociaux sont un facteur d’amplification puissant de tout plan de communication. Je continue de veiller et poster tous les jours pour relayer l’actualité et les initiatives de Generali. Je suis aussi chargée d’y entrainer nos agents généraux pour qu’ils deviennent des « entrepreneurs connectés » aussi présents dans la dimension digitale qu’ils le sont déjà à l’échelle territoriale. Les gens étant aujourd’hui plus crédibles que les institutions, (baromètre Edelman trust), il faut démultiplier les visages de l’entreprise en dirigeant les voix de ses acteurs sur les réseaux sociaux. Ce sont les meilleurs ambassadeurs des marques.

Quel regard portez-vous sur le RGPD ?

Marie-Christine Lanne : Comme tout nouveau territoire, internet et les réseaux sociaux avaient besoin de réglementation. Car le monde du web est à l’image du monde réel, hélas. Dark web, fake news, miroirs aux alouettes publicitaires : il faut à l’évidence protéger le consommateur et que son jugement soit le moins biaisé possible. Il doit consentir en toute connaissance de cause à l’utilisation de ses données personnelles comme le veut le RGPD. Mais à cette condition, s’il en retire un service supplémentaire qui le satisfait, l’utilisation des données est gagnante pour tous : le consommateur comme l’entreprise qui le sert.

Vous qui portez des engagements sociétaux, rêvez-vous d’un outil digital qui vous permettrait de leur donner encore plus d’échos ?

Marie-Christine Lanne : Il y a déjà beaucoup de choses qui existent : des plateformes collaboratives d’économie circulaire aux systèmes de crowdfunding pour financer des initiatives vertueuses en passant par les défis collectifs sociétaux comme ceux proposés par des plateformes comme Koom. Je pense que ces systèmes sont le terreau de ce qui doit se développer pour résoudre les risques systémiques auquel notre Société est confrontée comme le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources liée aux gaspillages de toutes sortes et l’isolement grandissant des plus fragiles.

Que pensez-vous de la notion de « slow digital » qui consiste à ralentir le rythme effréné de publications, au profit d’un contenu vraiment expert et de qualité ?

Marie-Christine Lanne : Le web a créé en l’espace de deux décennies des usages qui me paraissent irréversibles. 3,5 milliards de personnes sont connectées aux réseaux sociaux et même des scandales comme Cambridge Analytics ne les en détournent pas. Chaque réseau social a son propre biorythme et celui de Twitter est la fréquence car il faut bien émerger alors que 345.000 tweets sont postés chaque minute dans le monde.

On peut vouloir la désintoxication digitale, prôner la déconnexion, etc., il va nous falloir trouver des réflexes adaptés, notamment pour préserver nos enfants de la connexion permanente, mais je ne crois pas que nous supprimerons la prolifération d’informations. Les contenus experts de qualité doivent être destinés à créer la préférence, mais je pense qu’ils n’empêcheront pas les infos ingérables en un clin d’œil qui sont une tendance montante.

 

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Sophie Comte
Sophie Comte
Conteuse numérique
Et si on communiquait autrement ? Je m'attèle à ce projet passionnant, en chuchotant sur le web de ma plume numérique. Egalement cofondatrice des Chuchoteuses, agence de création de contenu.