Bonjour Anissa. Raconte-nous, pourquoi ce podcast pour les avocats ?

Anissa Zaïdi : Je pratique ce métier depuis sept ans maintenant et aujourd’hui, je fais deux constats. Le premier, c’est qu’il existe énormément de clichés sur cette profession. Quand j’en parle à des amis, ou tout simplement des personnes qui ne sont pas du métier, je m’aperçois que beaucoup gardent cette image des avocats riches et véreux, ou bien à l’extrême inverse, on pense tout de suite aux avocats désinteressés qui défendent la veuve et l’orphelin. Le deuxième constat, c’est la dimension entrepreneuriale qui est totalement effacée. On nous imagine en train d’appeler nos clients et de plaider, et cela s’arrête là. On se représente très mal ce qu’est ce métier au quotidien, dans sa réalité de tous les jours. J’avais donc vraiment à cœur de montrer les coulisses du métier pour démystifier tout ce qu’il y a derrière l’avocat et sa robe noire. C’est aussi une façon de permettre au justiciable de mieux comprendre les avocats et donc de mieux savoir ce qu’il peut en attendre.

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Et le format podcast m’a paru tout à fait adapté pour en parler. J’aime beaucoup ce format, je suis devenue une grande consommatrice de podcasts ! Il y en a deux notamment qui m’inspirent beaucoup, celui de Siham Jibril, Génération XX et Un podcast à soi de Charlotte Bienaimé. Ce que j’aime avec ce format, c’est qu’on peut faire plein de choses en même temps, conduire une voiture, cuisiner, ranger, se balader. Et puis ce qui m’intéresse, c’est le partage d’expérience, je trouve que cela fonctionne vraiment bien avec un podcast, il se passe quelque chose avec la voix. Et maintenant, je le découvre avec ma propre voix et c’est un vrai plaisir. Confidence pour confidence, cela guérit chez moi une petite frustration. Dans les prétoires, il faut avoir une grosse voix, un gros coffre, qui n’est pas mon cas vu mon gabarit, je n’ai pas une voix à faire trembler les murs ! Bon en vérité, comme je fais des affaires familiales, je n’ai pas besoin de crier, et ma voix est tout à fait adaptée aux plaidoiries de mon métier. Mais avec le podcast, ce que je découvre est différent, j’ai la possibilité de passer les messages que je veux. Et pour l’instant, j’y prends beaucoup de plaisir !

En fait, ce qui t’intéresse, c’est l’avocat entrepreneur ?

Anissa Zaïdi : Exactement ! La dimension entrepreneuriale de mon métier, je ne l’ai pas découverte lors de mes études, mais seulement quand je me suis installée. En tant que collaboratrice, je n’avais pas réellement anticipé cet aspect-là, qui est très stimulant, mais qui est aussi jonché de difficultés. La réalité, c’est que beaucoup de cabinets ne dépassent pas le seuil des 3 ans.  Avec ce podcast, j’ai eu envie d’informer les nouveaux entrants dans la profession, en leur montrant la nécessité d’anticiper l’avenir, en partageant l’expérience des professionnels plus aguerris et les différences de parcours. Les avocats sont tous entrepreneurs à leur niveau, mais nous communiquons très peu entre nous sur ces sujets-là, nos échanges sont davantage liés à des questions sur les dossiers. C’est dommage, parce que je pense que nous gagnerions beaucoup à partager nos expériences entrepreneuriales pour nous donner des idées, nous inspirer. J’ai eu la chance de rencontrer des confrères bienveillants et plus âgés qui forcément avaient plus d’expérience et qui m’ont beaucoup aidée, à la façon d’un mentorat. Mais tout le monde n’a pas cette chance là.

Alors, concrètement à quoi ça ressemble, des Robes et des Voix ?

Anissa Zaïdi : Le principe est simple, c’est un podcast de conversation. Mon idée est d’inviter à chaque épisode un confrère ou une consœur avocats. Tous les interviewés, quels qu’ils soient, se plient aux mêmes questions, à quelques variantes près. Peut-être qu’à terme se dessinera une vérité générale sur la profession. L’entretien dure entre vingt et trente minutes, j’interroge les confrères sur la dimension entrepreneuriale de leur métier, la façon dont il l’envisage, quel rapport ils entretiennent avec leur robe, avec une grande diversité d’expérience, des avocats très connus aux moins connus.

Comment l’exercice est-il perçu par tes confrères avocats et tes auditeurs ?

Anissa Zaïdi : Pour le moment, j’ai interviewé trois personnes. Les confrères ne comprennent pas forcément ma démarche au départ, puis une fois qu’ils ont parlé, ils sont généralement très contents de l’avoir fait. Certains me confient qu’ils ne se rendaient pas compte qu’ils faisaient autant au quotidien. Nous sommes tellement souvent dans le feu de l’action, nous avons la tête dans le guidon, et nous ne prenons pas de recul sur notre activité. Il s’opère ainsi une sorte de prise de conscience, c’est une sorte d’introspection forcée. Et petit à petit, les langues se délient. Quant aux auditeurs, je suis très surprise également, j’ai de bons retours et j’ai même le sentiment que cela pourrait me dépasser. J’ai été contactée par un confrère via Instagram, un réseau que j’aime beaucoup, qui souhaite témoigner dans le podcast. D’autres auditeurs me demandent si je vais augmenter la fréquence des épisodes. Pour le moment, j’en diffuse un par mois. On me dit qu’il en faudrait au moins deux ! Je vais voir comment répondre à cette envie des auditeurs, mais je reste avant tout avocat et j’ai un cabinet à faire tourner, ce qui demande du temps.

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J’ai également été sollicitée par certains candidats au Bâtonnat de PARIS qui proposent de venir répondre à mes questions : cela me semble intéressant pour l’ensemble de mes Confrères. C’est une chance de plus de mieux savoir pour qui l’on vote.  Les témoignages permettraient de mieux connaître les candidats, du point de vue de leur personnalité. Bref, je suis très contente, l’aventure podcast me réserve déjà bien des surprises et j’espère bien que cela ne fait que commencer. C’est tout simplement passionnant !

Sophie Comte
Sophie Comte
Conteuse numérique
Et si on communiquait autrement ? Je m'attèle à ce projet passionnant, en chuchotant sur le web de ma plume numérique. Egalement cofondatrice des Chuchoteuses, agence de création de contenu.