Aujourd’hui, vous lancez Qwant Maps. Racontez-nous.

Tristan Nitot. L’application de cartographie était l’un des services les plus attendus de la part de nos utilisateurs. Nous avons donc lancé Qwant Maps en version alpha en janvier 2019 et l’avons testé pendant 6 mois. Nous présentons aujourd’hui sa version bêta qui a fait beaucoup de progrès en termes d’expérience utilisateur. Cet outil de cartographie, comme tous les produits Qwant, ne piste pas vos données. Inutile donc de chercher une bannière demandant d’« accepter nos cookies », c’est bien simple, nous ne voulons pas de vos données ! Nous le prouvons aujourd’hui, il est possible de proposer une technologie de géolocalisation tout en garantissant l’anonymat de la recherche. Les serveurs de Qwant sont comme des guichetiers amnésiques : vous leur demandez s’il va faire beau demain, ils vous répondent. Vous leur posez la même question quelques minutes plus tard, ils ont déjà oublié qu’ils vous ont répondu. En bref, nous pouvons savoir où vous êtes, mais qui vous êtes.

Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ?

Tristan Nitot. Nous travaillons avec OpenStreetMap, un logiciel open source qui se présente comme le Wikipédia de la donnée géographique. C’est un outil collaboratif géré par des bénévoles. Il donc possible de contribuer et d’enrichir les données, d’ailleurs nous encourageons nos utilisateurs à le faire. Nous avons également un partenariat avec Pages Jaunes pour toutes les informations concernant les horaires des boutiques, etc.

Comment avoir un service à la hauteur des attentes des utilisateurs sans collecte de données ?

Tristan Nitot. Effectivement, les utilisateurs recherchent de la personnalisation, ils aiment le confort de ne pas avoir à chercher. Bien qu’ils trouvent intrusifs qu’on utilise leurs données ! Imaginons que vous cherchiez régulièrement les horaires de votre magasin de sport situé près de chez vous dans le 15e arrondissement de Paris, et que lorsque vous tapez « magasin de sport Paris », le moteur de recherche ne comprenne pas cette récurrence et vous propose toujours tous les magasins qui se trouvent dans Paris et non le vôtre en premier dans le 15e, vous risquez d’être déçu.

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Pour pallier ce problème, nous avons imaginé Qwant Masq, une technologie qui permet d’enregistrer vos données personnelles en local, sur votre ordinateur ou votre smartphone, ou même les deux. En local, cela signifie que c’est tout l’inverse du cloud, les données ne sont stockées nulle part ailleurs que sur vos supports. Et comme toujours avec Qwant, les données sont chiffrées, donc protégées.

Qwant Maps

Après Qwant Maps, Qwant Masq donc… Comment les deux fonctionnent-elles ensemble ?

Tristan Nitot. Avec Qwant Masq, vous pouvez créer des favoris, enregistrer votre restaurant préféré, l’école de vos enfants, toutes les informations qui vous concernent vous et vos proches. À vous de choisir quel appareil vous voulez autoriser sur Masq : votre tablette, le smartphone de votre conjoint, votre ordinateur. Ils peuvent tous être synchronisés sur Masq, mais encore une fois c’est vous qui décidez. C’est en quelque sorte un coffre-fort numérique.

Avec Maps + Masq, nous sommes capables de proposer la quadrature du cercle avec la protection des données et la personnalisation, donc une vraie convivialité du produit. La technologie Masq a d’ailleurs de plus grandes ambitions. Elle sera bientôt disponible sur Qwant search, le navigateur, entre autres, et a vocation à se développer.

L’économie de l’attention dessert les idéaux démocratiques

Pourtant le modèle économique de Qwant repose sur la publicité. Comment pouvez-vous proposer des publicités si vous ne collectez pas les données ?

Tristan Nitot. Avec Qwant, nous proposons de la publicité contextuelle. C’est très différent d’une publicité basée sur l’attention ciblée. La nuance est encore mal comprise par de nombreux utilisateurs. Google et Facebook captent des données précises et font une utilisation maximale de l’attention. Nous pensons à tort être les clients de Facebook et Google, mais nous ne sommes pas payés pour visionner la publicité qu’ils nous proposent. Nous ne sommes que du bétail pour eux, alors que de vraies personnes achètent notre attention.

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La publicité contextuelle ressemble davantage à la publicité d’antan, comme à la télévision, où c’est la même pub pour tout le monde. Le ciblage existe, mais il est beaucoup plus large et il ne viole pas la vie privée.

Qwant Maps Mask

Finalement, nous avons besoin d’une éducation au numérique ?

Tristan Nitot. Les problématiques numériques sont les mêmes que les problématiques que l’on rencontre partout ailleurs. Mais le problème du numérique, c’est qu’il est invisible.

Je vous parlais de bétail tout à l’heure, revenons-y. L’agriculture, c’est tangible, si je vous en parle, vous voyez les vaches, les champs et les moissonneuses batteuses. À l’inverse, le numérique, on a du mal à se l’imaginer. Pour montrer que ses effets eux, sont bien réels, je m’amuse souvent à faire la démonstration de l’accéléromètre de mon smartphone. Il suffit que je secoue mon téléphone quelques secondes pour générer de la donnée, la vitesse de la secousse, etc.

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Tout cela me fait penser aux mesures d’hygiène qui ont été mises en place dans les hôpitaux. Il y a 150 ans, il était plus risqué pour une femme d’accoucher dans un hôpital que chez elle. Pourquoi ? Parce qu’on n’avait pas connaissance des microbes, ces micro-organismes invisibles à l’œil nu. Puis avec Pasteur et ensuite, Joseph Lister, l’antisepsie a fait son apparition. On a commencé à se nettoyer les mains, à nettoyer les blouses au phénol, un alcool très fort, etc. Le taux de mortalité dans les hôpitaux a alors chuté. Cela a donné lieu par la suite à des campagnes d’éducation dans les écoles et dans les ménages. Depuis ce temps-là, nous prenons des douches régulièrement, nous nous lavons les mains avant de passer à table… Aujourd’hui, ces mesures d’hygiène quotidiennes sont ancrées dans la société. Mais il a fallu toute une éducation pendant de nombreuses années pour apprendre ces réflexes.

C’est pareil dans le monde du numérique. Nous ne savons pas comment fonctionnent les outils, nous avons besoin d’une éducation au numérique et d’outils comme Qwant qui favorisent en quelque sorte une meilleure hygiène numérique. J’ai toujours cru en la capacité d’émancipation du numérique, mais j’avoue qu’en ce moment, je déchante. Ces business model basés sur l’économie de l’attention, qui capturent vos données personnelles et réalisent un profilage, tout cela dessert les idéaux démocratiques. Or, nous avons le pouvoir sur le numérique. C’est un matériau malléable qu’il faut apprendre à utiliser.

Les entreprises ont-elles changé leur regard sur l’utilisation des données depuis le RGPD ?

Tristan Nitot. Oui, les entreprises commencent à comprendre les enjeux. Passer par Qwant est même devenu un élément différenciateur. Les régies nous donnent de très bons retours. Parce que les utilisateurs y ont adhéré par réel intérêt, et non parce qu’ils y ont été poussés à force de matraquages ciblés.

Sophie Comte
Sophie Comte
Conteuse numérique
Je suis convaincue que le numérique s'adresse à tous, et je vous le raconte ici. Egalement cofondatrice et rédactrice en chef de Chut.