Biomimé-quoi ?

Le biomimétisme, qui signifie en grec « imitation du vivant », consiste à étudier la nature et les différentes espèces qui en font partie, pour s’en inspirer et créer de nouvelles technologies.

C’est un sujet qui revient à la mode, mais détrompez-vous : le concept est vieux comme le monde. Ce n’est ni plus ni moins que l’observation de la nature pour trouver des solutions technologiques. On pense à Léonard de Vinci qui, après avoir longuement étudié le fonctionnement et la structure des ailes d’oiseau, avait dessiné ses fameuses machines volantes. De nos jours, les avions possèdent des ailerons inspirés des requins et rapaces (« sharklets »), améliorant ainsi leur stabilité et leur portance et permettant d’économiser du carburant (jusqu’à 700 tonnes environ de CO2 en moins par an et par avion, selon Airbus). Mais alors, pourquoi remettre le sujet sur la table en ce moment ?

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Tout simplement parce que ces deux cents dernières années — correspondant à l’avènement technologique du monde tel qu’on le connaît actuellement — ont généré de réelles problématiques d’ordre environnemental. Quel monde va-t-on laisser à nos enfants ? C’est bien la question récurrente que se posent les spécialistes. Et parmi toutes ces interrogations, le pessimisme est roi.

Le biomimétisme arrive à point nommé au milieu de ces réflexions sur la destruction de la planète par l’homme due à un mauvais management des ressources.

biomimétisme technologies

Biomimétisme, le champ des possibles

Et si l’humain se décidait à repenser deux cents ans d’industrie technologique au profit d’une industrie qui n’abîme pas et préserve la planète ? Au fur et à mesure que la technologie progresse et que notre connaissance évolue, on est encore plus à même de se rendre compte que la nature, en fait, est complètement high-tech !

Saviez-vous que le fil que fabrique la moule pour s’accrocher à son rocher, ou byssus de son prénom, est le meilleur adhésif connu de l’homme, nous informe Idriss Aberkane (triple doctorant, chercheur et enseignant), meilleur que la superglue et autrement plus puissant que les colles de la NASA ! Étant complètement naturel et non polluant, le byssus est aussi le meilleur fil suturant connu, réservé à la chirurgie de luxe, pour les célébrités notamment. On connaissait l’expression « s’accrocher comme une moule à son rocher », mais on était loin de s’imaginer la moule coriace à ce point !

 

La nature est une bibliothèque, lisons-là au lieu de la brûler

Autre exemple, la diatomée, ce plancton végétal fait de silicium qui remplit nos océans, et qui fait un pied de nez aux meilleures puces électroniques actuelles de par sa petitesse : « dans une goutte d’eau de mer vous avez des puces Intel qui flottent » nous dit Idriss Aberkane, presque sur un ton de provocation.

Et des exemples tels que ceux-là, il y en a pléthore : le Velcro inspiré de la fleur de Bardane, aux combinaisons de nage Speedo façon peau de requin (le meilleur revêtement anti-turbulences), en passant par le coquillage qui possède une céramique telle qu’elle peut blinder un char d’assaut, et j’en passe… Alors, certes, le Velcro et les combinaisons Speedo ne sont pas vraiment écologiques, les deux étant faits de plastique… Ces cas-là relèvent d’un biomimétisme imparfait par opposition à un biomimétisme parfait qui ne générerait aucun impact négatif pour l’environnement.

Au-delà de la simple révolution technologique…

Vous l’aurez compris, utiliser la nature dans le monde de la tech ne sert pas seulement à nous apprendre des choses et nous aider à améliorer les technologies déjà existantes. Le gros plus de ces technologies naturelles, c’est qu’à terme (on l’espère !), elles seront clean, ne pollueront pas, ne produiront pas de déchets, contrairement à la plupart des technologies modernes.

Dans un monde bientôt dépeuplé des ressources qui ont fait sa richesse, il devient urgent de changer de modèle. Mais le biomimétisme ne se réduit pas qu’à la sphère environnementale. Ses enjeux vont bien au-delà.

Le biomimétisme, c’est bien plus qu’une révolution technologique  et environnementale : ce serait avant tout un véritable séisme aux niveaux social et économique, l’avènement d’un nouveau paradigme.

Le biomimétisme s’inscrit dans ce qu’on appelle l’économie de la connaissance. Il s’agit d’observer et de « lire » la nature et non pas de la détruire, comme le fait très justement remarquer Idriss Aberkane, avec sa comparaison de la bibliothèque.

Le biomimétisme vu par Idriss Aberkane

À l’inverse des matières premières qui, elles, sont finies, la connaissance est infinie ; plus précisément, elle peut être extraite de la nature ad infinitum. Plus on cultive et extrait de la connaissance, plus on en dispose. Plus on extrait de matières premières et moins on en dispose. Il s’agirait donc de repenser l’économie, de sorte que la connaissance devienne le nouveau pétrole. L’enjeu du biomimétisme, ce serait donc d’extraire de la connaissance de la nature, utiliser ses connaissances et en profiter au passage pour créer de la valeur économique.

Déchets, ou pas… la lueur d’un monde meilleur avec la Blue Economy

L’objectif de la pollution zéro, une utopie qui pourrait devenir réalité ? Et bien pourquoi pas ! C’est en tout cas ce que soutiennent les défenseurs du biomimétisme. L’être humain est le seul être vivant sur Terre à produire des déchets, c’est-à-dire des choses dont personne ne veut, tandis que la nature, elle, n’en produit aucun. Trois milliards d’années que la nature produit en continu, sans se raréfier ou s’épuiser.

L’idée serait donc de s’inspirer du caractère intrinsèquement cyclique des écosystèmes et d’en tirer profit pour innover durablement. Une telle efficience ne devrait pas passer inaperçue !

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La Blue economy, c’est le biomimétisme appliqué au domaine de l’industrie. On ne va pas se lancer dans l’explication détaillée de ce qu’est la Blue economy ici, mais il semblait nécessaire d’en toucher deux mots en guise de conclusion. Ce modèle économique, imaginé par Gunter Pauli, est basé sur l’économie circulaire, dans lequel chaque déchet pourrait être réutilisé. « Rien ne se perd, tout se recycle », telle pourrait être la devise de l’entrepreneur belge derrière le succès de la marque de produits ménagers Ecover. Car déchets = pollution, mais déchets + connaissance de leur potentielle réutilisation = richesse. Imaginez plus de rentabilité, de meilleures performances, et no more déchets

Alors, et si polluer zéro, ça rapportait gros ? Il s’agit là d’un véritable enjeu sociétal qui se résume tout simplement — oserais-je dire, parce que ça n’a rien de simple dans les faits — à changer notre manière de consommer. S’inspirer du vivant, de leurs formes et procédés, de l’efficience de systèmes économes et intelligents, pour innover proprement et durablement.

 

Après tout, la nature est pleine de ressources et de bonnes idées, alors pourquoi ne pas s’en inspirer davantage et créer un monde meilleur au passage ? On finit en beauté avec cette jolie phrase de Gunther Pauli : « La nature est la meilleure école de commerce au monde ». Alors partons nous former à l’école de la nature, elle a tant à nous apprendre…

Irina Coyssi
Irina Coyssi
Philo-physicienne numérique
Dans cette ère digitale où l’information circule (presque) aussi rapidement d’un bout à l’autre de la planète qu’entre deux particules quantiques intriquées, je m’attelle à dénicher les infos qui sauront attiser votre curiosité et étancher votre soif d’apprendre.