La queue leu-leu numérique

La cryptomonnaie est née en 2009 (tout comme Vésuve de Brekka, cheval de la garde républicaine française offert en début d’année au président chinois). Elle fonctionne (la cryptomonnaie, pas le cheval) grâce au système de blockchain. Oui, mais c’est quoi, la blockchain ? Et bien comme son nom l’indique, c’est une suite de blocs – comme des lego, mais virtuels – qui forment une chaine. Pas mal comme explication non ?

Plus sérieusement, ce sont donc des « cases » dans lesquelles sont enregistrées toutes les informations correspondant à une transaction. Chaque case communique avec la précédente grâce à son « empreinte digitale », et tout le monde y a accès. Chaque fois que quelqu’un se connecte à la blockchain, il rentre dans la danse. Et plus il y a de danseurs, plus elle est efficace. Je m’explique, à chaque fois qu’une nouvelle transaction est réalisée, chaque personne se trouvant dans la boucle reçoit l’information, celle-ci étant cryptée. Des « mineurs » (on ne parle pas ici des 7 nains ni de votre petit cousin Hector, 6eB) vont grâce à des logiciels analyser, puis valider l’action. Une fois l’action validée par tous, on peut passer au bloc suivant. C’est donc un système décentralisé, qui n’est pas géré par une entité unique, mais par une communauté. C’est un peu l’enfant légitime du peer to peer. C’est plus clair ?

Cryptographie

Maintenant que la chorégraphie est assimilée, parlons des différentes danses. Il existe en effet de multiples dérivés du bitcoin (plus de 1500) et chacune est utilisée à des fins différentes. Pour faire court, le bitcoin est employé pour des transactions rapides peu coûteuses et sécurisées. Et, pour la petite anecdote, on ne sait toujours pas (on ne le saura sûrement jamais) qui est à l’origine du bitcoin. Le seul nom identifié au(x) créateur(s) est celui de Satoshi Nakamoto, qui s’avère être un physicien californien sexagénaire, et qui, de surcroît, n’avait rien demandé à personne.

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On retrouve également le Ripple, qui est utilisé pour envoyer des fonds dans le monde entier, de manière plus rapide et moins coûteuse que le bitcoin. Et enfin, ma préférée (je vous épargne les 1497 autres), le dogecoin. Créée à l’origine « pour le fun », elle doit son nom au célèbre même internet du « doge ». Le créateur lui-même ne peut s’empêcher de laisser échapper un rire lorsqu’on lui demande la valeur de sa capitalisation boursière dans la série Explained (En Bref pour les francophiles) de Netflix. Aussi fou que cela puisse paraître, cette « blague » s’élève à un demi-milliard de dollars en 2018. Pas sûr que les blagues de Toto rapportent autant.

La course à la cryptonationale

Avec cet afflux de monnaie, les premiers effrayés des crypto-monnaies décident de s’y mettre : les États. Et la crainte que ces dernières suscitent est compréhensible. Les différentes crypto-monnaies telles qu’elles existent aujourd’hui assurent l’anonymat des transactions. Et c’est cet anonymat qui a ouvert les portes du côté obscur. Car si grâce au bitcoin, vous pouvez acheter la toute dernière paire de baskets en vogue, vous pouvez tout aussi bien acheter un fusil d’assaut.

Mais une autre question se pose, si l’on crée un système viable qui rend impossible d’acheter tout produit illégal, doit-on faire totalement disparaître la monnaie physique en faveur d’une numérique ?

Même si l’on trouve des pays frileux, comme le Japon, qui pense qu’une devise numérique nationale pourrait mettre en péril le système financier, certains y croient. Chacun à sa manière, différents pays se lancent à tâtons à la conquête de la cryptonationale. Par ordre alphabétique, commençons par la Chine. Ce pays qui a déjà mis de côté cash et autres cartes bleues au profit des plateformes mobiles de transfert telles que Wechat ou Alipay lance la DCEP, la Digital Currency Electronic Payment, qui aura sa propre blockchain (rappelez-vous, les lego). On retrouve également l’Estonie, pays féru d’innovations qui a même déjà lancé une plateforme en ligne pour obtenir la résidence estonienne dans le but de créer des entreprises avec un siège virtuel estonien. Ce n’est donc pas du tout surprenant que cet ancien pays soviétique veuille se lancer dans l’aventure. Mais ce ne sont pas les seuls, la cryptomonnaie nationale pointe le bout de son nez en Turquie, avec le Turkcoin (et non pas Tourcoing). Le Venezuela lui a tenté un pari plus original avec la « petro », monnaie qui est garantie par une partie des réserves de pétrole du pays.

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Et comme souvent, les premiers de la classe sont les pays scandinaves. En effet, en Suède par exemple, où même les mendiants et musiciens de rue possèdent des terminaux pour les paiements électroniques, on est déjà en avance. L’objectif à l’horizon 2020 est de lancer « l’e-krona », une monnaie électronique complémentaire à la monnaie physique. Elle ne fonctionnera pas avec un système de blockchain, mais un logiciel appelé « Tangle », plus rapide et moins consommateur d’énergie. Pourquoi une monnaie complémentaire ? Eh bien parce qu’ils sont malins au royaume de la pomme de terre, et qu’ainsi, en cas de panne de courant, ils pourront toujours aller acheter de quoi préparer un bon Stekt strömming med potatismos och lingonsylt. Personne n’a pour l’instant franchi le pas de la monnaie électronique d’État, mais c’est en bonne voie, et qui sait, peut-être que dans quelques années, nos portefeuilles seront remplacés par des clés USB.

La réelle problématique dans l’adoption d’une crypto-monnaie nationale repose donc grandement sur la confiance, entre humains et surtout entre gouvernements et citoyens. Si ce système a été créé, à la base, c’était justement pour éviter de passer par l’intermédiaire de l’État. Au rythme où vont les choses, on devrait bientôt avoir un exemple concret d’une monnaie d’État uniquement digitale. Et les touristes, on y pense ? Pour ce qui est de notre pays, fleuron de la technologie (#FrenchTech), le chemin est encore long. Comme quoi, le changement, ce n’est pas (tout à fait) maintenant.

Sébastien Michel
Sébastien Michel
Rédacteur protéiforme
Amateur de bon mots, féru d’absurdités en tout genre, fine fleur du sud ayant quitté le soleil pour proposer ses métaphores à la capitale.