Blockchain, vers un internet de la confiance ?

Et si la blockchain n’était pas encore la technologie rêvée ? Et si nous n’en étions qu’aux prémices d’une technologie sur laquelle toute une communauté de spécialistes fonde de nombreux espoirs, peut-être en vain ? Face à cette blockchain encore balbutiante, certains spécialistes, à l’image de David Chaum, figure mondiale de la cryptographie et inventeur du digital cash dans les années 90, alerte sur deux points pour lui essentiels :

  • Il est primordial de développer des algorithmes quantiquement résistants, car selon lui, si la NSA, la CIA ou tout autre organisme parvient à développer un système quantique réellement fonctionnel et qu’ils veulent détruire les cryptomonnaies, ils seront en mesure de le faire.
  • Par ailleurs – et c’est ce que David Chaum considère comme le combat le plus important de nos vies et de notre temps, pour nous, mais aussi pour les générations futures – pour que la blockchain ait de l’avenir, la mise en place d’une réelle protection de nos données est essentielle. A l’entendre, lors du dernier Blockchain Paris Summit en avril 2019, les lois et protections actuelles sont insuffisantes. La boîte de Pandore de la surveillance globalisée a été ouverte et si nous n’allons pas vers un TrustNet, alors dans peu de temps, un impérialisme numérique verra le jour sans aucune possibilité de marche arrière.

Cela signifie que, pour que la blockchain soit un outil sur lequel faire reposer une réelle confiance, il faut aller encore plus loin dans sa construction algorithmique et lui permettre ainsi de s’affranchir le plus possible des tiers dit de confiance, afin qu’elle créé des chaînes qui se suffisent vraiment à elles-mêmes.

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La tokenisation au service de la souveraineté : ce qui est à moi est à moi

L’ambition des férus de blockchain est aussi d’en faire un outil capable de redonner le pouvoir au peuple. Et pour se faire, il faut lui redonner la richesse, c’est-à-dire non pas de l’argent, mais ce qui produit et ce qui est source de valeur. L’une des solutions proposées est de tokeniser tous les actifs, c’est-à-dire convertir les droits liés à un actif en jetons numériques sur la blockchain. Qu’il s’agisse d’argent ou de données, le fait de les faire passer par la blockchain permettrait à chacun d’en garder la maîtrise, sans risque, et sans contribuer avec son argent et ses données à l’enrichissement des uns, tandis que nos portefeuilles seraient vides. De cette façon, le peuple devient souverain de ses biens et non dépendant d’une institution. Bien évidemment, cette vérité reste vraie tant que le célèbre dicton « not your keys, not your bitcoin » se vérifie. En effet, si vous ne possédez pas les clefs privées de vos portefeuilles, vous aurez besoin d’un service tiers pour accéder à vos biens.

« L’un des aspects les plus intéressants de la tokenisation des actifs, c’est qu’elle permet de redonner le pouvoir au peuple, commente Omri Ross, Directeur scientifique blockchain d’eToro, plateforme de trading. Prenons un exemple spécifique|…] si on parle d’euros, de dollars ou l’un de ces actifs, aujourd’hui la banque […] contrôle 20% à 40% de vos biens. Facebook a une façon très similaire de faire la même chose avec nos données, il les vend, mais n’en partage pas les bénéfices. Pourtant ces données nous appartiennent, mais nous n’avons pas notre mot à dire ! ».

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Ainsi, avec la tokenisation de nos actifs, nous serions en mesure de reprendre le contrôle sur nos données, nous aurions la possibilité, et même la liberté, de les monétiser, de les donner et les conserver. Imaginez un internet de la valeur : chaque artiste, chaque auteur pourrait monétiser très facilement ses productions tout en ayant la capacité individuelle de prouver qu’il ou qu’elle est propriétaire de ces ouvrages. Cela fait rêver, non ?

« Repenser notre vie »

Pour Bibop Gresta, cofondateur d’Hyperloop T.T, l’une des possibilités qui nous est offerte avec la blockchain est de repenser notre vie. « Notre société est capable de mesurer la valeur intrinsèque des choses que nous créons. La blockchain est une incroyable opportunité, elle permet d’avoir enfin la possibilité de mettre toutes ces choses dans des smarts-contracts, d’en mesurer la valeur économique et de les échanger, d’en faire du commerce et même de les interdire. Et c’est là, la merveilleuse promesse de la blockchain, repenser notre vie, redonner de la valeur que nous pouvons réintroduire dans notre belle société. »

Maja Vujinovic, cofondatrice de Ogroup, aborde cette thématique sous un œil plus sévère et réaliste, mais non moins dénué de conviction pour cette technologie : «la Blockchain n’est pas une technologie, c’est un mécanisme qui nous force à changer les processus ». Les justificatifs apportés par de nombreuses sociétés suite aux échecs de leur ICO pour des raisons de conformité, de statu quo et finalement de « ça ne fonctionne pas ». Ce qui est assez confondant de réalité. Qu’importe la raison finalement, en l’état actuel, la blockchain ne fonctionne pas. À moins que les parties qui l’utilisent ne se fassent déjà confiance mutuellement. Par contre, l’usage des smarts-contracts, lui, est fonctionnel. La réalité selon Maja, c’est que « nous avons besoin d’un cas d’utilisation vraiment réel pour rendre cette technologie pertinente ».

Tous ces désirs et envies du monde de la Tech sont de très bons signes. Néanmoins, sans régulations et lois claires qui entourent ces levées de fonds en cryptomonnaies, le trading, la détention d’actifs en crypto et bien d’autres, ces efforts risquent d’être vain.

 

La blockchain semble apporter un espoir nouveau. Pourtant, des questions centrales persistent. Les riches et puissants laisseront-ils le peuple reprendre leur dû ? Le choix des acteurs sur le développement des technologies blockchain influencera certainement cet avenir. Par exemple, en cas de désaccord fondamental avec les politiques, les citoyens pourront-ils décider démocratiquement de forker leur gouvernement ? Des questions qui apporteront des réponses d’un genre nouveau sont à venir.

Aleksander Brogowski
Aleksander Brogowski
Scribe développeur
Débordant d'énergie, je pars régulièrement en exploration dans la multiplicité des mondes. De la rencontre humaine aux sciences dures, une beauté insoupçonnée s'y cache. La comprendre, l'apprendre et vous dévoiler son secret en vulgarisant son accessibilité anime mes sens de joie.