Malgré une course toujours aussi acharnée pour la connaissance, le QI moyen connaît une baisse depuis plusieurs années en Occident. Si l’on ajoute l’augmentation des maladies neurodégénératives, vieillir fait de plus en plus peur. Un contexte propice au progrès de la brain tech dont les promesses en matière de possibilités curatives et de perfectionnement oscillent entre admiration et méfiance. À l’image de l’incontournable Elon Musk, de nombreuses personnes envisagent le destin entremêlé de l’intelligence humaine et de l’intelligence artificielle. Même si les projets qui foisonnent pour améliorer les capacités humaines me fascinent, je n’en reste pas moins vigilant devant les dérives qu’ils pourraient entraîner. Entre risques et avantages sur la société ou sur le plan personnel, les capacités des implants neuronaux sont destinées à changer nos vies. À l’aube de leur avènement, il semble déjà ne plus y avoir de retour en arrière possible.

Et toi tu vas avoir quoi comme implant neuronal à Noël ?

Heureusement encore loin d’être un bien de consommation, les dispositifs de neurotechnologie représentent un outil pour modifier et stimuler l’activité des neurones du cerveau. Par des moyens techniques et informatiques, ils sont capables d’analyser les signaux chimiques et électriques du système nerveux. Très utiles pour mieux comprendre le fonctionnement du cerveau, ils permettent une connexion avec la machine au travers d’une interface pour diagnostiquer et agir selon les pathologies ou les besoins. Les progrès dans le domaine laissent penser que le perfectionnement du cerveau humain sera une nécessité inhérente à la future société. À voir l’explosion du nombre de brevets déposés dans le secteur de la brain tech depuis une dizaine d’années, l’avenir semble bien en marche. Une vision qui ne manque pas d’effrayer et de soulever un flot de questions. On parle déjà de neuro données et de la nécessité de garder privé le type de données collectées et exploitées par les neurotech.

Déjà en 2017, le géant américain Facebook annonçait travailler sur une interface cerveau-ordinateur. La responsable de la conception des systèmes matériels du futur de la firme présentait son projet de la première application de messagerie par voie cérébrale. Un dispositif à imagerie optique interprétant les changements au niveau neuronal pour obtenir les mots avant même qu’ils ne soient prononcés. De quoi envoyer un email par la pensée, mais qui engendre une inquiétude considérable sur la confidentialité de nos propres pensées.

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Et si demain une intelligence artificielle nous était hostile ? Au risque de glorifier la théorie du jugement dernier mise à jour par les films Terminator et Matrix, Elon Musk préfère être préparé à toute éventualité. Le milliardaire planche avec tout un panel de scientifiques sur l’interface cerveau-machine Neuralink. Implantée dans le cortex cérébral par voie sanguine, la solution multiplierait les capacités de réflexion. Dans un premier temps, elle se limiterait à corriger certains handicaps et maladies. À terme, Musk espère la voir devenir une amélioration grand public.

De nombreuses entreprises tentent aujourd’hui de développer des processus neurologiques pour faciliter le quotidien de millions de personnes et augmenter les facultés d’apprentissage. La brain tech n’est qu’aux prémices de son évolution et compte bien analyser avec toujours plus de précisions les possibilités cognitives de l’être humain afin de les exploiter au maximum grâce au numérique et à l’informatique. Nul doute que des bouleversements sont à venir sur le plan mental comme physique. Attention néanmoins aux lourdes conséquences que vont engendrer ces nouvelles technologies sur nos vies et celles de nos enfants.

Éthique : des technologies qui peuvent tout changer

Lorsque l’on imagine l’Homme augmenté par des implants neuronaux de toutes sortes, il y a tout de même de quoi s’inquiéter. Difficile d’évaluer le réel impact qu’aura cette technologie sur nos vies. D’un point de vue médical, il semble plutôt bénéfique. Pour ce qui est d’améliorer les facultés mentales, le doute s’installe. Alors que la consommation de médicaments renforçant la capacité de concentration ne cesse d’augmenter, que se passerait-il si demain un dispositif permettait un effet similaire au quotidien ? On ne peut que supposer les conséquences des abus qui pourraient en découler. Deux questions chatouillent autant l’imaginaire que nos craintes. Quelles facultés ses implants vont octroyer aux futurs utilisateurs ? Seront-ils utilisés à bon escient ?

Avec des dispositifs neurologiques, il est envisageable de voir un jour une traduction automatique de n’importe quelle langue directement depuis notre cerveau. Seriez-vous prêt à vous le faire implanter chirurgicalement au risque de voir vos pensées piratées ? Le problème est le même pour une augmentation de l’acuité des sens.

La démocratisation d’un tel phénomène risque également de créer une fracture sociale entre les personnes technologiquement améliorées et les autres. Il est possible que seuls les plus fortunés puissent avoir accès aux implants de dernière génération, accédant ainsi à un niveau cognitif plus élevé et créant de graves inégalités. Il est également envisageable que certains dispositifs deviennent obligatoires pour accéder à des postes ou des emplois. Entrer dans les forces de l’ordre pourrait ainsi nécessiter la mise en place d’un système neuronal précis. Et à votre avis, jusqu’où le secteur militaire se montrerait-il prêt à aller pour créer des super soldats ?

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Les enjeux éthiques, légaux et les implications sociétales qui découlent de l’industrie de la brain tech vont être essentiels dans la qualité de son développement. Pour des notions d’équité ou de dignité humaine, un cadre va rapidement devenir nécessaire pour encadrer les recherches dans le domaine. Diverses organisations internationales ont été créées pour réfléchir sur ces sujets épineux. Le Conseil sur l’avenir du perfectionnement humain a ainsi été formé pour évaluer d’un point de vue éthique les nouvelles technologies en la matière. Composé de plusieurs leaders de la recherche et de l’industrie, le groupe a pour objectif de donner une direction commune aux innovations tout en évitant les dérives. Mettant en avant un intérêt particulier pour empêcher des inégalités de voir le jour, il se base sur trois grands principes.

  • Une augmentation des capacités dans le but améliorer la qualité de vie.
  • L’assurance de bénéficier d’effets durables et non néfastes sur le long terme.
  • Créer des solutions favorisant l’aspect social et l’épanouissement des communautés (et non l’inverse).

 

Les travaux et recherches de la brain tech sont encore loin de toucher notre vie quotidienne. Cependant, les avancées technologiques des neurotechnologies montrent des progrès qui finiront bien par devenir réalité. De nombreuses questions doivent encore obtenir des réponses avant de voir ces implants applicables en business modèle à l’attention du grand public. Le développement comme l’encadrement de cette technologie est façonné par les actions des créateurs, des scientifiques, des ingénieurs, des investisseurs et bien sûr des utilisateurs. Le temps est venu d’en parler avant qu’il ne soit trop tard…

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.