Une histoire de grosse pointure

Le dernier rapport Planète vivante 2018 WWF apporte des nouvelles mitigées. La bonne est que 87 % des Français se préoccupent des problématiques liées à l’état de notre planète et sont prêts à intégrer ces préoccupations dans leur routine. La mauvaise c’est que depuis cinquante ans notre empreinte écologique, de laquelle fait partie la production de carbone, a grossi : 190 % pour être exacte. Il est temps de se mettre au régime !

Quelles solutions s’offrent à nous aujourd’hui pour se responsabiliser et lutter contre le réchauffement climatique, causé par nos modes de vie ? Planter des arbres et financer des projets de la transformation écologique. Le marché de la compensation carbone est en pleine expansion.

Avec le Mécanisme de Développement Propre (MDP), d’un côté les pays en voie de développement bénéficient d’une aide via la mise en place de moyens technologiques permettant de réduire la production des gaz à effet de serre, un pas en amont vers le développement durable. De l’autre les entreprises reçoivent des crédits d’émission, s’apparentant à un « droit à polluer », les confortant dans leur fonctionnement polluant. On voit émerger une dynamique de pollueur-payeur, dédouané de son impact écologique, et qui ne se refuse rien contribue majoritairement à l’empreinte écologique, notamment dans les zones urbaines qui représentent 70 % des émissions de CO2.

Rien ne se perd, tout se compense

Nos modes de vies sont devenus de véritables nids à émissions carbone. Aller au travail, faire ses courses, partir en vacances, chaque aspect de nos vies est traduisible en émission carbone.

La taxe carbone en France aurait dû passer de 44,60 à 55 euros par tonne au 1er janvier 2019, une hausse annulée par le mouvement des gilets jaunes. À savoir, elle était de sept euros en 2014 l’année de son lancement et devrait atteindre 100 € en 2020. Notons que cette taxe est impopulaire même auprès des écologistes qui la voient comme incitative, mais trompeuse. La taxe carbone propose une quantité d’exonérations et de remboursements contre-productifs, rappelle un récent rapport du think tank Institute for Climate economics (I4CE). Parmi les exonérés on trouve le transport aérien et maritime international, la fabrication du ciment, les taxis, les transports en commun et les usages agricoles. Encore plus décevant, même si la taxe carbone permet de financer le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, selon l’I4CE, seuls 46 % des revenus de cette taxe sont affectés à des projets « bas carbone », alors que 44 % sont reversés au budget général des États. Serait-il temps de prendre les choses entre nos propres mains citoyennes et numériques ?

Réduire l’empreinte carbone, des méthodes curatives et préventives

Grâce à une demande en pleine croissance ces dernières décennies, sans doute fomentée par une prise de conscience grandissante au sein du grand public et la montée des exigences RSE en entreprise, le marché de la compensation carbone volontaire explose. Aujourd’hui on transforme la navigation numérique en geste écologique avec les moteurs de recherche Ecosia et Lilo, mais pas que…

Le financement participatif par investissement, non par don, aussi appelé le crowdlending, est en pleine progression. Ce dernier a été rendu véritablement viable en France en octobre 2014 par une modification de la législation et la création du statut d’« intermédiaire en financement participatif » (IFP). Concrètement elle a permis aux particuliers de passer par des plateformes numériques pour prêter à des entreprises. Avec Lendosphere, les particuliers peuvent cofinancer des projets de transition écologique. Depuis décembre 2014, près de vingt projets de transition écologique comme des centrales solaires, des réseaux de chaleur et des parcs éoliens aux quatre coins de la France, ont pu voir le jour pour plus de deux millions d’euros. Pour particuliers et entreprises, cela revient à réduire l’impact carbone de son épargne. Pour boucler la boucle, les projets sont exclusivement portés par des entreprises françaises, le premier avec EDF avait été bouclé en juillet 2015.

Valider des paniers tout en finançant des projets écolos c’est possible. Paygreen finance des projets environnementaux en arrondissant le montant de nos achats en ligne. Son autre service : TREE (Technologie pour le Réajustement Écologique du E-commerce) s’attaque à la compensation financière du CO2. Cet algorithme de compensation carbone dédié au e-commerce finance les actions de l’organisation environnementale partenaire Reforest’Action qui reboise les forêts françaises, on peut aussi parler de reforestation participative. Le calcul prend en compte l’acte d’achat du début à la fin : la navigation du client sur le site (la consommation des serveurs), le poids du colis, la distance d’acheminement et le mode de transport utilisé.

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Volant, boulot, dodo, on en parle ? La mobilité quotidienne, l’un des premiers émetteurs des gaz à effet de serre a peut-être trouvé son antidote. La start-up française Wenow, signataire du Climate Neutral Now une initiative de l’ONU pour lutter contre le changement climatique, nous lance un défi : « conduisez libre de carbone ». Leur définition de la mobilité verte ? L’économie de carburant grâce au coaching à l’écoconduite et un outil de pilotage avec bilan mensuel grâce à la smart data. Le service responsabilise les conducteurs via une Smartbox à brancher dans le véhicule qui mesure les émissions de leurs trajets. Pour les entreprises, elle permet une meilleure optimisation de la flotte de véhicules, identifie les anomalies et sensibilise les collaborateurs à l’écoconduite, via un bilan mensuel avec classement. Enfin, Wenow finance aussi de projets de compensation de carbone labélisés.

Quant aux vacances… « On ne va pas se cacher derrière son petit doigt : si on veut polluer moins, on ne prend pas l’avion », écrivait la journaliste Aurélie Delmas dans Libération en octobre dernier. On notera que les compagnies aériennes ne payent pas de taxes sur le kérosène. En revanche, elles invitent les voyageurs à faire un don pour compenser le carbone émis durant leur voyage, une faible somme comparée au coût du billet. Pour ceux qui n’ont pas le choix, et les moyens, on peut tout de même compenser ses trajets en avion en louant son propre coucou avec Jetsolidaire.

La compensation carbone n'est pas une solution à terme

Alors que le cours du carbone prend une si grande importance dans le monde et pourrait bien devenir la bourse écologique de l’avenir, la France va réduire son objectif de diviser les émissions carbone par quatre pour plutôt viser la neutralité carbone.

On n’est pas dans la responsabilisation, mais dans le dédouanement des pollueurs via des outils, certes simples et accessibles. Cette absolution des fonctionnements peu pieux envers la Terre n’est pas viable à terme, car compenser les mauvaises pratiques ne remplace pas les mauvais business modèles. N’est pas posée la question de réduire la consommation en ligne. Qui dit financement dit dépense quelque part, il y a comme une circularité néfaste dans les solutions actuelles.

On peut à la fois agir en ligne et diminuer ce besoin par une utilisation du numérique plus consciente. Dans une économie où l’empreinte carbone serait déterminante, demander des comptes à ceux qui ignorent si aisément l’impact de leur fonctionnement sur la planète devrait devenir monnaie courante. La relève est dans les starting-blocs et prête à remuer ciel et terre. Peut-être bien même plus instruite que nous, vieux fossiles, sur l’urgence de réduire et inverser, notre empreinte carbone. Le 15 mars prochain défilera à travers le globe une marche pour le climat organisée par les adolescents, pas écologistes en herbe, mais bien au-delà : indignés face à la crise écologique si soigneusement ignorée par les plus puissants. L’exemplarité viendra-t-elle des plus jeunes ?

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Je manie le verbe numérique pour partager les bonnes pratiques social media, et les écueils à éviter. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations, avec ou sans connexion, pour mieux vivre le nomadisme digital !