Un peu d’histoire pour commencer, quelle est l’épopée Qwant ?

Guillaume Champeau : Qwant a aujourd’hui cinq ans. L’idée dès le départ était de créer un moteur de recherche capable de respecter les données utilisateurs. À cette époque, en 2012 donc, Google et Facebook ont instauré un nouveau modèle, celui des plateformes, leur principe étant de proposer une galerie de services tous connectés à la plateforme en question, afin de permettre un meilleur ciblage publicitaire basé sur l’utilisation des données personnelles.

Face à cette accélération dans l’exploitation des données, Qwant est né de la volonté de trouver un modèle alternatif, en accord avec les valeurs européennes, dans une logique non marchande de la vie privée. Le constat aujourd’hui est affolant : les GAFA font une utilisation des données qui touche beaucoup trop à l’intimité des utilisateurs, en particulier Google, qui de Gmail à Chrome, sait absolument tout de ses utilisateurs. Et cela ira encore loin avec Google Home. Aujourd’hui, ce que nous souhaitons, c’est une consommation responsable et durable du web. De la même manière que le marché du bio a progressivement permis d’alerter l’opinion publique sur l’importance d’une consommation de produits alimentaires plus respectueuse de leur santé, Qwant lutte depuis cinq ans pour un développement numérique durable.

Qu’est-ce que cela veut dire exactement, garantir l’anonymat et le respect de la vie privée ?

Guillaume Champeau : Le principe de Qwant est de ne collecter aucune donnée. Cela signifie que nous ne stockons aucune donnée, grâce à des techniques qui permettent tout de suite de rendre anonymes les connexions, en chiffrant l’adresse IP par exemple. Cela signifie également que tous les services que nous développons sont conçus selon le principe du « privacy by design » : nous imaginons concrètement comment le service peut fonctionner sans utilisation des données personnelles.

Vous êtes Directeur de l’Éthique : qu’est-ce que cela signifie ? 

Guillaume Champeau : En tant que directeur de l’Éthique, je dois veiller à ce que chaque service respecte notre cahier des charges, plus exactement notre Charte Éthique de protection des données. Il ne s’agit pas seulement d’être réglementaire par rapport au RGPD, ce n’est là qu’un point de départ. Nous allons plus loin, par exemple en véhiculant nos valeurs basées sur la confiance que nous créons avec nos utilisateurs et en les faisant connaitre à l’extérieur.

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Il s’agit aussi de communiquer autour de notre modèle basé sur le développement numérique durable, qui consiste à valoriser une vitesse de croisière saine dans notre développement. La confiance des utilisateurs ne s’acquiert pas à coups de levées de fonds et avec une croissance explosive. Prendre le temps est important pour faire les choses de manière propre et éthique.

 

Le RGPD, est-ce l’avènement d’une véritable prise de conscience dans l’exploitation de nos données personnelles ?

Guillaume Champeau : Depuis ses débuts, Qwant observe une croissance très stable, de l’ordre de 20 % par mois. Mais avec le scandale Cambridge Analytica puis le RGPD, nous sommes plutôt passés à 20 % par semaine. Nous avons donc tendance à penser qu’il y a une vraie prise de conscience. Auparavant les internautes pensaient qu’ils étaient paranoïaques au sujet des données, aujourd’hui, ils savent que leurs peurs sont légitimes. Cette prise de conscience s’est aussi faite grâce à la presse, qui ces derniers mois, s’est emparée du sujet et a mis le projecteur sur les solutions alternatives.

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Et puis, au-delà des scandales qui ont émaillé la toile, il y a aussi une prise de conscience du manque de neutralité du web en général, et des GAFA en particulier. Les algorithmes qui suggèrent du contenu en fonction des affinités créent une « bulle de filtre » qui enferme les gens dans leurs propres convictions. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui les fake news prennent une telle ampleur. Attention, je ne dis pas qu’il n’y avait pas de fake news avant, il y en a toujours eu. En revanche, il était possible de s’en rendre compte. Or, aujourd’hui, les fake news passent au travers des filets à cause des algorithmes affinitaires. Il s’agit là d’un vrai problème démocratique global lié à l’exploitation des données.

Comment faites-vous concrètement pour sélectionner vos partenaires et vérifier qu’ils sont conformes au RGPD ? 

Guillaume Champeau : Dans le cas de certains partenariats poussés, nous pouvons être amené à réaliser un audit, voire un audit technologique pour nous assurer que les données ne sont pas exploitées. Et pour Qwant Junior, nous allons plus loin en demandant à nos partenaires de signer une charte éthique où l’entreprise s’engage à respecter la non-utilisation des données.

Pensez-vous que l’on peut vraiment développer tous les projets que l’on souhaite sans jamais faire une utilisation personnelle des données ?

Guillaume Champeau : Je vais être franc : non, je ne pense pas. En revanche, il est possible de faire une utilisation raisonnée des données. C’est d’ailleurs l’un des principes du RGPD. Et en tout cas, chez Qwant, nous sommes animés par la volonté d’aller le plus loin possible dans cette recherche. C’est par exemple notre ambition avec MaskQ, une technologie que nous développons actuellement et qui permet de personnaliser la recherche à un degré très poussé, sans jamais utiliser les données. Son fonctionnement repose sur la création d’un espace de stockage sécurisé fonctionnant en peer-to-peer. Nous mettons cette technologie à disposition des applications et des startups en open source.

Sophie Comte
Sophie Comte
Conteuse numérique
Je suis convaincue que le numérique s'adresse à tous, et je vous le raconte ici. Egalement cofondatrice et rédactrice en chef de Chut.