Sans pour autant devenir un transhumaniste engagé, l’idée de porter en moi de minuscules dispositifs ne me gêne pas plus que la couleur de mes chaussettes du jour. Surtout si ces derniers préservent ma santé ! Le monde évolue et les nanotechnologies continuent leur inexorable avancée afin de tenir leurs promesses attendues en matière de guérison. L’e-santé voit sa croissance crever les plafonds et il n’est pas surprenant de voir les plus grandes sociétés s’intéresser au secteur. Mais tandis que Google travaille sur un système de nanoparticules magnétiques capables d’identifier vos maladies avant même qu’elles ne vous menacent, la médecine utilise habilement les nanosciences pour découvrir des traitements révolutionnaires.

La plus petite arme au monde contre le cancer n’est pas la moins efficace

Ne vous fiez pas à la petite taille de ces nanotechnologies. Si David a battu Goliath, ce n’est pas par la force, mais bien par ce qu’il en avait dans la tête. Et c’est justement le point fort des milliers de chercheurs à travers le monde qui planchent sur de multiples applications médicales à l’aide des nanoparticules. L’un des fers de lance de cette technologie n’est autre que la lutte contre le cancer. Un fléau qui, selon l’institut national du cancer, représente 382 000 nouveaux cas recensés et 157 400 décès rien qu’en France sur l’année 2018.

Premier pas, mais pas des moindres, les équipes de l’Institut australien de bio-ingénierie et de nanotechnologie (AIBN) ont mis au point un système de dépistage unique du cancer. Il s’avère peu couteux et une simple prise de sang est nécessaire pour un diagnostic en 10 minutes chrono. Pour y parvenir, les chercheurs de l’AIBN ont déterminé une signature épigénétique que l’on retrouve dans les cellules de nombreuses formes de cancer. En parallèle, ils ont découvert que les fragments d’ADN cancéreux une fois repliés en nanostructures 3D collaient à l’or comme un aimant. Ils ont donc conçu un test à base de nanoparticules d’or qui changent de couleur en présence d’ADN cancéreux. Pratique et lisible à l’œil, cette méthode, déjà fiable à 90 %, devrait se perfectionner avec le temps.

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Ce n’est pas une nouvelle de premier ordre, de nombreux cancers restent aujourd’hui incurables à défaut de pouvoir les atteindre sans causer plus de dégâts. Les propriétés des nanotechnologies offrent un nouvel espoir pour contourner le manque d’efficacité des solutions biochimiques et des démarches classiques. Selon François Berger, professeur de neuro-oncologie et de biologie cellulaire à Grenoble, une approche physique est possible pour soigner la tumeur à l’aide des nanotechnologies.

Dans un premier temps, elles ont un rôle de détection plus efficace de l’ADN cancéreux à travers le sang. Car contrairement aux nanoparticules regroupées sur des puces microscopiques, une analyse par biopsie ne discerne pas les cellules éloignées de la zone visée.

La nanotechnologie peut également être utilisée afin d’améliorer l’efficacité des rayons de la radiothérapie en absorbant ces derniers pour mieux les rediriger localement et préserver au maximum les parties saines. Un nouveau procédé consiste à faire vibrer les nanoparticules au travers d’un faible champ magnétique. Une vibration qui va contribuer à engendrer les mécanismes de mort cellulaire des tissus cancéreux. Bien que 70 fois plus petits qu’un globule rouge, les nanoparticules sont capables de transporter un médicament sans être stoppées par les filtres du foie. Elles engendrent un effet ciblé et délivrent le principe actif directement dans les régions les plus touchées. Des progrès qu’on espère bientôt voir couronnés de succès sur des cas concrets !

Des nanotechnologies en tartine matin midi et soir !

Le médecin du futur pourrait bien être nanoscopique et circuler librement dans notre corps pour nous maintenir en bonne santé. Une vision pas si utopique lorsque l’on voit les diverses innovations nanotechnologiques qui foisonnent aux quatre coins de la planète. Pas sûr que l’on soit au bout de nos surprises…

Commençons avec les problèmes de myopie et d’hypermétropie qui concernent plus de 30 % de la population française. Entre le manque de lumière naturelle et l’usage grandissant des écrans, le phénomène tend à s’accentuer. Or une équipe de scientifiques israéliens a développé un processus pour corriger ces troubles de la vision, qui a déjà fait ses preuves sur des cornées d’animaux. Il débute par une opération laser de quelques millisecondes pour adapter la correction oculaire, et se poursuit par une application mensuelle de gouttes contenant des nanoparticules. Leur action va permettre de réorienter la lumière en corrigeant jusqu’à trois dioptries pour une vision plus nette. Il n’y a bien qu’à l’industrie des lunettes que la nouvelle ne va pas faire plaisir !

Dans un tout autre secteur, c’est cette fois l’université canadienne de Waterloo qui se distingue avec un moyen de prévention révolutionnaire contre la chlamydia. Ils réalisent une thérapie génique avec la nanotechnologie afin d’empêcher les bactéries de pénétrer dans les cellules génitales. Annoncé dans les Scientific Reports, le traitement réduirait de 65 % le risque d’être touché par l’infection sexuellement transmissible la plus répandue au monde.

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Parmi les divers domaines à l’étude utilisant les nanotechnologies, on peut aussi ajouter les articulations. Passé 65 ans, l’arthrose touche notamment 65 % des Français et s’avère incurable en plus d’être fortement douloureuse. Des chercheurs de l’université de Genève ont fait un pas vers une solution avantageuse en modifiant la structure du gel d’acide hyaluronique pour une forme de nanoparticules. Déjà testées sur des souris, elles ralentissent l’évolution de la maladie et favorisent une meilleure mobilité des articulations durant plusieurs mois. Une seconde méthode consiste à utiliser la kartogénine sous forme de nanocristaux, qui une fois dans les articulations, libèrent petit à petit le principe actif. Chez nos amis les rongeurs, ce dernier processus a non seulement stopper la dégradation du cartilage, mais l’a également fait gagner en épaisseur.

Je ne sais pas vous, mais les raideurs articulaires arrivent parfois plus tôt qu’on ne le pense. Et si une simple capsule peut faire disparaitre les douleurs d’un lendemain de compétition sportive… dites-moi où signer !

Pas de doute, les nanotechnologies vont révolutionner la médecine dans les décennies à venir. Seul ombre au tableau, le manque d’étude de leur impact sur l’organisme. De là à imaginer qu’il suffît d’avaler une simple capsule pour se voir guérir de toutes les maladies, on est encore dans le domaine de la science-fiction. Néanmoins, il est certain que des applications ciblées vont continuer à voir le jour. Par leur biais, le secteur de la santé risque bien de progresser vers des sommets qu’on n’aurait jamais pu imaginer auparavant.  

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.